Pour couronner le tout ! La propagande, le mensonge à grande échelle

[ajout : 02/02/2015. Nous avons résumé bon nombre de point de cet article dans la vidéo suivante : ]

descoetdroit

 

Pour couronner le tout ! Une propagande, un mensonge récurrent (quotidien dans les médias de masse), concernant le droit lui-même.

Certaines personnes, proches de la critique radicale de l'Éducation Nationale, et fortement intéressées par les idées de « Déscolarisation » me disent parfois : « C'est étonnant, mais c'est vrai que les gens ignorent bien souvent que l'école n'est pas obligatoire, mais que c'est l'instruction qui l'est. ». Je leur réponds que ce n'est pas du tout étonnant puisque l'information massive qui est donnée ne correspond jamais à ce qui est marqué dans le droit. La possibilité de l'instruction libre n'est non seulement jamais donnée, mais en plus on laisse entendre tous les jours exactement le contraire (voir cette page web qui recense un certains nombres de cas graves de cette désinformation). Dans ces circonstances, comment les gens pourraient-ils s'y retrouver, connaître leurs droits réels et les explorer ? Là aussi, c'est une affaire de classe sociale qui est en jeu : une certaine classe ira lire le droit, sans se laisser abuser par la propagande. Les autres écouteront bien sagement ce qu'on leur dit à la télé.

caverneDans la séquence ci-dessous (passation de pouvoir entre deux ministres (B. Hamon et la jolie Najat) en août 2014), il faut écouter à partir de 2 minutes 1 seconde (normalement, j'ai calé la lecture à ce moment précis). C'est un exemple récent, mais on pourrait tout aussi bien aller chercher dans la myriade de séquences médiatiques qui contiennent le même genre de propos (pourquoi pas sur 50 ans). A cela il faut additionner l'effet de diffusion et de répétition dans l'ensemble de la société : si la Ministre dit cela sur BFM TV and co, il faut donc ajouter qu'une foule d'agents de l'Éducation Nationale, de parents et d'élèves répéteront ces propos un peu partout.

Nous allons voir que tout ceci va extrêmement loin, car nous allons voir que même pour les petits bourgeois qui ne se laisseraient pas abuser par cette propagande, le droit lui-même est bien étrange sur cette question. Car si l'école n'est pas obligatoire, l'instruction ne le serait pas davantage. Je vous laisse tout d'abord visionner la séquence (à 2 minutes donc) et puis cliquer ci-dessous pour lire la suite.

 

ANALYSE :

Nous entendons donc de la bouche de Najat, un refrain, un malheureux lieu commun : « L'école, française, gratuite, obligatoire, laïque et Républicaine ; c'est notre bien le plus précieux. ». Oui, de nombreux lieux communs de nos jours sont de purs outils de propagande ; c'est bien d'ailleurs le but de toute propagande de finir en lieu commun.

Premièrement, il nous faut revenir, comme souvent dans notre mouvement à l'étymologie de [ÉCOLE]. L'école, c'est le mot français qui vient de skholè qui signifie le loisir (donc le temps-libre, l'otium en latin) que chacun peut se donner à lui-même, pour s'occuper de lui-même, pour prendre soin de lui-même, souci de lui-même (Épimeleia), se cultiver, se développer, lorsqu'il n'est pas harassé par un travail qui répond à la nécessité. Depuis la nuit des temps, la "nécessité" (pour survivre) contraint l'homme, mais depuis la nuit des temps aussi, il a réussi de mille manières à lutter contre le poids de cette nécessité, pour faire apparaître un "temps libre", pour lui-même, pour s'occuper de lui-même. Et ce temps, opposé à un travail qui répond à la nécessité, il l'a baptisé : Skholè.

Premier problème énormissime donc, Madame la Jolie Ministre : comment ce temps-libre de la skholè, qui s'oppose justement, PAR DÉFINITION, au temps-contraint, pourrait-il être OBLIGATOIRE ?! Oui, notre monde est à l'envers, totalement (on le sait, mais bon !). Sur tous les sujets cruciaux, il est à l'envers. Perdre son pouvoir signifierait l'avoir... (Cf : notre fausse démocratie), et " l'école est obligatoire "...

« L'école obligatoire », est donc un autre OXYMORE parfaitement cristallin. (Comme "démocratie représentative").

Mais Najat parle-t-elle donc vraiment de la skholè ? Elle parle de l'école, mais c'est quoi l'école ? Ou plutôt, c'est devenu quoi ? Comme toute propagande, on entretient une confusion : Najat parle évidemment de l'Institution scolaire, de l'Éducation Nationale, qui est l'institution qui soi-disant veut prendre en charge la skholè. L'école est devenue l'Institution scolaire. L'école (la skholè) est en fait devenue son contraire. Ainsi en employant le mot école, la Ministre emploie un mot avec deux acceptions contraires : le concept d'origine et son application, son détournement par les Pouvoirs actuels. C'est exactement la même chose concernant le mot de "démocratie", tout se fonde sur la confusion entre le concept originel (sain, vertueux) et la version "moderne" et détournée (malsaine et vicieuse).

Autre manière de le dire, la manière pharmacologique : les hommes ont conçu un pharmakon à partir du concept de skholè. Celui-ci, comme tout pharmakon révélerait tantôt une face de remède, tantôt une face toxique. Et ce serait lorsqu'il est dans les mains du pouvoir, en tant qu'élément essentiel du pharmakon de propagande, qu'il révélerait sa complète toxicité.

L'analyse pourrait s'arrêter là, c'est déjà suffisamment énorme, mais ça va beaucoup plus loin puisque dans le droit français (qui conserve encore certains reliquats microscopiques de l'intelligence antique), l'école n'est effectivement pas obligatoire et nous allons voir en empruntant des éléments à une analyse de Jean-Pierre Lepri que l'instruction ne le serait pas non plus !

Le texte qui prévaut, car ratifié internationalement, c'est celui de la Convention Internationale des droits de l'enfant qui stipule : « Les États parties reconnaissent le droit de l'enfant à l'éducation. » (nulle obligation nulle-part). Dans le code de l'éducation français, cela apparaît sous la forme [Art. L. 131-1-1] : « Le droit de l'enfant à l'instruction... ». Outre le fait que dans un cas nous parlons d'éducation et dans l'autre d'instruction, le plus intéressant est qu'il s'agit donc bien dans les deux cas d'un droit, ce qui n'a rien à voir avec une obligation (c'est même d'une certaine manière le contraire). Ça se gâte donc à partir de l'article L.131-2 puisque ce droit se transforme bizarrement en son contraire, c'est à dire en obligation : « L'instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publiques ou privées, soit dans les familles par les parents... ».

Jean-Pierre Lepri nous l'explique bien :« Ce "droit" à l'instruction, déjà illégal donc, est subrepticement transformé en "obligation", dans l'Art. L. 131-2. Or un droit n'est nullement une obligation. Dans le cas d'un droit, il s'agit de sanctionner quiconque empêcherait un enfant d'apprendre. Dans le cas d'une obligation, la loi sanctionne quiconque ne donnerait pas une instruction. Aucune loi française n'a, d'autre part, expressément institué une "obligation d'instruction", si ce n'est dans ce glissement sémantique douteux, à l'occasion du passage d'un article 1 à un article 2. Cet article 131-2 est donc en contradiction avec l'article princeps 131-1 qui le précède - et en contradiction avec le texte international ratifié. »

Nous sommes nombreux à savoir que les parents qui pratiquent ce qu'on appelle l'instruction en famille, subissent des contrôles très désagréables et parfois violents (et tout un tas d'emmerdements judiciaires : voir notamment le blog de la famille martin, mais il y en a pléthore du même genre). Tous ces emmerdements seraient donc sans fondements légaux (mais ils sont utiles pour les Pouvoirs - pour créer un gouvernement par la contrainte, par l'usure). De plus, ces contrôles se fondent sur "le socle commun des savoirs" qui sont définis dans l'annexe de l'Art. D. 122, ce qui correspond non à une loi mais à un décret (comme nous le révèle JP. Lepri). Donc, l'instruction est un droit non une obligation et si le socle commun est un décret et non une loi : « Un quelconque contrôle de l'acquisition de ces savoirs, par qui que ce soit, est à fortiori sans fondement légal. Et, en outre, une éventuelle "obligation de résultat", pour les familles, comme l'école, n'a pas davantage de fondement légal. » (JP Lepri).

Et Jean-Pierre Lepri nous offre la note de bas de page suivante : « Avec 26% des élèves en difficulté en français à l'issue de leur scolarité primaire - et 30% en mathématique - et avec près d'un million d'enfants dyslexiques, les 400 000 enseignants du primaire seraient passibles des tribunaux - ainsi que 2 000 000 parents. Sans compter les dyscalculiques, dysorthographique, dyspraxiques, dysphasiques... » ...

Jean-Pierre Lepri rappelle trois autres textes juridiques pour enfoncer le clou :  - La Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, art. 26.3, qui affirme : « Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants » ; - la Constitution Européenne (Charte des droits fondamentaux), art. 14-3, établit le « droit des parents d'assurer l'éducation et l'enseignement de leurs enfants conformément à leurs convictions religieuses, philosophiques et pédagogiques. » ; - et le Conseil constitutionnel qui a légitimé la liberté d'enseignement, dans sa décision 77-87 DC du 23 novembre 1977, art. Premier.

Sur ce sujet, Christiane Rochefort, dénonce elle les bêtises contenues dans la charte des droits de l’enfant de l’UNESCO (bêtises qui réalisent finalement la synthèse parfaite de cette hypocrisie mondiale) : « Une mention spéciale à " L'enfant a droit à une éducation gratuite et obligatoire ". Ce monstre grammatical d'un droit obligatoire aurait dû faire frissonner ses créateurs à la première lecture. Si seulement ils avaient jeté un regard sur le point de vue des enfants. Il semble qu'ils n'aient pas : la phrase est tout à fait correcte si elle est lue au seul usage des adultes, à qui reviennent l'obligation et le bénéfice de la gratuité.» C. Rochefort.

Une fois que l'on a dit tout ça, et c'est pas peanuts, je vous invite à écouter à nouveau les propos de Najat ci-dessus... « L'école, française, gratuite, obligatoire, laïque et Républicaine ; c'est notre bien le plus précieux. ». Le but est manifestement de tromper l'ensemble grégaire de la masse servile... L'école n'est pas obligatoire, mais chaque "français moyen" doit le penser quand même. Chaque individu sent bien combien la vie en société est faite de contraintes, d'obligations, de lois et de règles. Eh bien, chacun est appelé à intégrer que l'école en est une de plus, une, tout simplement : parmi toutes les autres. Ceci étant dit, je ne peux m'empêcher d'observer avec une extrême méfiance l'expression ajoutée par Najat (qu'elle reprend en prime à la toute fin de son discours) : « ... notre bien le plus précieux. » ... et de m'interroger sur la nature de ce pronom possessif... Elle parle de qui ? Du peuple ou des 1% les plus riches ? Quand on s'intéresse à la naissance de cette institution vers 1880, où il s'agissait alors d'une invention précieuse pour les Possédants pour rendre le peuple obéissant, on est en droit de s'interroger sur ce propos de Najat en 2014.

Résultat de toute cette propagande : le pays compte seulement environ 30 000 enfants non scolarisés à l'Éducation Nationale, mais 90% d'entre-eux le sont par d'autres moyens (CNED,...). Et in fine, il n'y a dans ce pays qu'une poignée de 3000 enfants privilégiés réellement libres, quoique ces derniers restent sous le joug de leurs parents, ce qui demeure un gros problème. C'est pourquoi notre mouvement de « Déscolarisation » n'est pas pour l'instruction en famille mais bien pour retrouver une skholè parfaitement libre, via un espace public, ouvert, libre et égalitaire où chacun peut s'épanouir librement, y compris les adultes, car enfin, et j'en terminerais là-dessus, quelle magistrale pathologie collective d'avoir séparé deux catégories d'âges concernant la skholè : les enfants et les adultes. D'ailleurs, les adultes d'aujourd'hui, prolétarisés à l'extrême, consommateurs, électeurs passifs, harassés de travail, abrutis par la télé et autres divertissements, complètement pommés, auraient plus que jamais besoin d'une authentique skholè !

 

Sylvain Rochex, 25 janvier 2015

 

N.B : Pour ceux qui voudraient connaître le cadre juridique "pratique" pour pouvoir Déscolariser dès maintenant son enfant, je vous renvoie vers le Site des Enfants D'abord page juridique.