Tuer l'idéologie pavillonnaire et l'idéologie de la maison bourgeoise

On vient de le voir sur le forum Neoprofs, la Déscolarisation de la société pose subséquemment, et inévitablement, toutes les questions liées à la base de la vie : alimentation, habitat, eau potable, soins, etc. etc. Et c'est bien normal, puisque la Déscolarisation est le phénomène qui nous fait passer de l'hétéronomie (individuelle et collective) dans tous les domaines, à l'autonomie (individuelle et collective) dans tous les domaines, avec toutes les peurs que cela génère de passer d'enfant politique à adulte politique (de mouton à philosophe, d'esclave à homme libre, etc.).

Sur le forum Néoprof, Justinette (une amie à nous), a eu le malheur de donner son opinion concernant des liens qui seraient fondamentaux entre alimentation et cancer, et cela a été récupéré (quelle aubaine !) pour faire de Justinette un monstre et pour pouvoir fermer une web-discussion (sur la déscolarisation) de 57 pages (mais il leur fallait bien trouver un prétexte, ça devenait trop dur pour eux). Établir des liens fondamentaux entre alimentation et cancer pose d'emblée les questions les plus difficiles à résoudre en matière d'autonomie, questions (qui sont donc bien des questions ! et/ou des opinions !) qui seront toujours insupportables pour ceux qui ont absolument besoin d'une hétéronomie la plus parfaite possible pour tenir debout dans la vie. Ça rejoint la citation de Catherine Baker que j'avais donnée le 8 décembre sur ce site : 

L'école fait partie des tabous, des choses sacrées intouchables, comme l'Hygiène, l'Information, le Progrès et toutes ces terrifiantes idoles qu'on nous impose. Au sens propre, les gens refusent de s'interroger par crainte d'un au-delà. Ils acceptent tous ou presque l'idée que quelque chose leur soit supérieur et ait des droits sur eux : la Société. (...)

. Ou celle qu'on donne souvent de Ivan Illich :

L'enseignement fait de l'aliénation la préparation à la vie, séparant ainsi l'éducation de la réalité et le travail de la créativité. Il prépare à l'institutionnalisation aliénatrice de la vie en enseignant le besoin d'être enseigné. Une fois cette leçon apprise, l'homme ne trouve plus le courage de grandir dans l'indépendance, il ne trouve plus d'enrichissement dans ses rapports avec autrui, il se ferme aux surprises qu'offre l'existence lorsqu'elle n'est pas prédéterminée par la définition institutionnelle.

Ainsi quand les médias et organes étatiques officiels donneront le feu vert à la population pour faire des liens entre alimentation et cancer, la masse des moutons se permettra de le faire, mais pas avant !! (Et si cela devait survenir : ce sera évidemment les organes officiels de l'État (ou affiliés) qui délivreront ensuite la "bonne" alimentation sous cellophane, au distributeur, sur présentation du formulaire cerfa numéro 456A4X).

Oui, on peut le dire, il FAUT le crier même, en occident, en ce début de XXIème siècle (comme depuis la fin de "la Révolution française de 1789"), le corps social et la grande majorité des individus, ne se désirent pas autonomes, mais absolument l'inverse ! Et ils ont été éduqués dans ce sens (conséquence du projet "Jules Ferry" depuis 1880).

Celui qui cherche, à développer l'autonomie individuelle et collective, et qui pour ce faire remet en question "l'éducation" (en général et encore plus celle à la Jules Ferry) peut provoquer des remous assez importants dans les âmes, les esprits et les coeurs. Jean-Pierre Lepri le révèle assez clairement dans le propos suivant extrait du livre "Fin de l'éducation ? Commencements...") :

L'éducation est la "science de ce que tout le monde connaît " — parce que nous y sommes tous "passés" —, et qui, par son caractère même de vécu, est-ce qui est le moins connu et le plus chargé émotionnellement — de sentiment et de ressentiments, de souvenirs et d'amnésie, de nostalgie et de peurs... Cette expérience personnelle de l'éducation pourrait alors expliquer les émotions, voire les passions, que soulèvent généralement les questions d'éducation : elles ont à voir, en effet, avec notre intimité constitutive, nos racines, notre être profond — et notre bien être (ndlr : en 2 mots).

Mais cette critique radicale de l'Éducation au service d'une autonomie individuelle et collective retrouvée serait une sorte de "mauvais moment à passer" pour que "la première étoile apparaisse" dans cette nuit du monde, car le monde meurt de notre esprit de déresponsabilisation, de délégation, de soumission, et de démission.

Nous allons donc continuer de parler d'autonomie véritable  et de permaculture, sur ce site et aujourd'hui, je voudrais insister une nouvelle fois sur la nécessité de tuer en nous à tout jamais l'idéologie pavillonnaire et celle de la maison bourgeoise. En effet, notre "éducation" a notamment été utile au système capitaliste pour introduire en nous un certain mode d'habitat dont on a un mal fou à se défaire : le pavillon bourgeois. Il est important de percevoir que l'idéologie correspondante fonctionne même si vous habitez en appartement, même si vous habitez un 2 pièces en ville. Cette idéologie demeure en vous, soit sous la forme du désir, soit sous forme d'ersatz liés à votre habitation actuelle quelle qu'elle soit. On peut le percevoir notamment à partir des nouvelles formes de constructions péri-urbaines réalisées par des "promoteurs", qui fleurissent un peu partout en plaine. La stratégie de ces promoteurs consiste bien à faire miroiter des sortes d'ersatz de pavillon bourgeois à travers des constructions de merde qui se situent sur le plan esthétique à mi-chemin entre l'immeuble de "cité" et le chalet de montagne... (grâce à des choix de matériaux et architecturaux qui feront illusion). Il y a un lien congénital entre cette idéologie pavillonnaire bourgeoise et le monde du crédit bancaire (les gens prennent principalement des crédits pour atteindre la forme de l'habitat bourgeois). Je pense qu'on a un travail à faire individuellement et collectivement pour nous débarrasser de cette idéologie. Et pour ce faire, la meilleure méthode est d'introduire d'autres désirs en terme d'habitat qui n'aient plus rien à voir avec l'idéologie pavillonnaire bourgeoise. Je pourrais évoquer là tout de suite, les types d'habitats les plus opposés au pavillon bourgeois, par exemple les habitations troglodytes, mais premièrement, je manque de savoir à cet endroit, et en plus, le gros défaut est que si l'éloignement avec la culture actuelle est trop grand, les gens ne pourront pas du tout s'y mettre. C'est pourquoi je voudrais emmener tout le monde vers la petite maison de 20 mètres-carrés au sol, sur deux niveaux (ce qui fait 40 mètres-carrés habitables), sur terrain agricole, en ossature bois et murs en paille (que vous pouvez faire en plusieurs exemplaires afin de créer des "modules"). J'en parlerai régulièrement sur ce site, car ça me paraît un point tout à fait clé de l'autonomie.

Voici pour donner à désirer, et pour donner à tuer l'idéologie pavillonnaire, quelques photos de la construction simple qu'a réalisée Mathilde :