« Au bonheur des Dames » à l'école, pour se soumettre au capitalisme

aubonheurdesdamesFranchement, à l'heure actuelle, si y'a un bien un livre à lire dans ses jeunes années (— parmi les milliards de milliards de livres imprimés dans le monde —), à la fois pour découvrir le plaisir de lire et pour l'importance des enjeux proposés c'est bien : « Au bonheur des Dames » de Émile Zola... Et ça tombe bien, c'est un classique des collèges et des lycées. Largement étudié en ces lieux, on donne ainsi goût à la lecture à des millions de collégiens et de lycéens. En effet, c'est tellement vrai : rien de mieux qu'un pavé en forme de saga aristocratique multi-personnages, multi-intrigues, multi-situations pour donner à tous le goût de lire mais surtout « Au bonheur des dames », ça permet de faire le lien avec les dossiers sur H&M et celui sur Apple étudiés en classe de 4ème et de plonger les élèves dans ce qui fut la genèse de la société d'hyper-consommation actuelle. Zola qui, rappelons-le, se moque littéralement de mon ami Tolstoï dans une préface à l'édition française de « Quelle est ma vie ? » (Paru avec le titre : Le travail et l'argent). Ce doux rêveur Tolstoï a la bêtise d'imaginer un monde sans argent et sans exploitation et il se fait un peu rappeler à l'ordre par le raisonnable Zola ! Je ne sais pas si Tolstoï a lu « Au Bonheur des Dames » mais il aurait dû, il aurait sûrement découvert que le triomphe du capitalisme est irrémédiable (et c'est donc cela qu'il faut faire passer comme message aux plus jeunes). Ha, que nos enfants deviennent tous aussi raisonnables que Zola, ce serait si agréable au lieu qu'ils cherchent à rejoindre Notre Dame des Landes (Tiens y'a une Dame de ce côté aussi ! — mais une seule ! —).

Pour vraiment comprendre pourquoi il est urgent que les plus jeunes étudient ce livre... voici la section « Le Capitalisme » sur Wikipédia dans l'article sur « Le bonheur des Dames » :

Zola étudie tous les rouages d'une société capitaliste où l'argent est le moteur principal des relations économiques et humaines. Son attitude envers lui peut être illustrée par son commentaire au sujet de son roman du même nom : « Je n'attaque ni ne défends l'argent, je le montre comme une force nécessaire jusqu'à ce jour, comme une force de civilisation et de progrès. » Il étudie donc la mécanique financière du grand magasin, le rôle joué par les grandes banques, l'importance de la production à grande échelle. Il analyse avec minutie le montage financier qui permet l'expulsion de Bourras, qu'il qualifie avec lucidité de « canaillerie dans toute sa légalité ». Depuis son roman La Curée, sa vision a changé : la fortune ne se crée plus sur une malhonnêteté ; elle est le fruit du travail et de la compétence de grands capitaines d'industrie comme le baron Hartmann ou Octave Mouret. Les stratégies commerciales qu'il décrit sont encore d'actualité et, dans cet univers mercantile, préfigurant la société de consommation, la femme est un enjeu économique, une « mine de houille » à exploiter. Cependant, le rôle de l'argent à tous les niveaux de la société, le principe de l'intéressement, les primes données à ceux qui découvrent les erreurs des autres induisent une lutte perpétuelle entre individus. Zola précise : « La lutte pour la vie est entière — chacun va à son intérêt immédiat. »Dans cette guerre continue, les plus faibles, ou ceux qui n'arrivent pas à s'adapter, sont écrasés. C'est ce qu'on appelle le darwinisme social. Les employés inefficaces sont renvoyés, les petits commerces détruits. La position de Zola sur cet envers du décor est ambiguë. L'attention qu'il met à faire éprouver au lecteur de la compassion pour les petits laisse penser qu'il est mal à l'aise à ce sujet. Denise, qui est sa porte-parole, souffre de cet état de fait mais finit par reconnaître que « ces maux irrémédiables […] sont l'enfantement douloureux de chaque génération ». Zola tente de lutter contre cette vision pessimiste, il cherche à voir, dans cette concurrence et ses effets, une condition nécessaire au progrès : si le meilleur gagne, tout le monde en profite. Il tente, avec le personnage de Denise, de montrer que cette grande machine capitaliste peut également profiter aux travailleurs, qui peuvent bénéficier de conditions sociales améliorées. Mais certains lecteurs ne s'y trompent pas : Henri Guillemin, par exemple, y voit un « capitalisme triomphant » sous « un badigeon paternaliste ».

Ô Éducation Nationale, que tes choix sont limpides !