Maman de série

mamanDis-donc, toi, Maman ! Toi, que j'observe quand tu vas chercher tes enfants à l'école, t'as pas l'impression que t'es morte ?

Je te vois faire, tu fais la Maman du royaume capitaliste, tu joues un rôle sordide, éculé et laid. Oui, je te trouve laide. Tu fais tout bien comme il faut. Tu joues ton rôle avec tant de zèle ! Tu es la Maman Soldat du système, la Maman caricaturale. Houlala tu n'as pas le temps de te poser des questions et de rencontrer l'étranger ou une parole étrangère, tu fais juste ce qu'il convient de faire, ce qu'il faut faire, là maintenant, tout de suite. Tu vas au travail, tu pousses la poussette, tu vas chercher tes enfants à l'école, tu changes les couches, tu ramasses le doudou, tu achètes des jouets et des bonbons, tu copines avec celles qui te ressemblent, tu prépares à manger, tu veilles aux devoirs, tu grondes, tu expliques, tu consoles, tu vaccines, et tu vas voter dimanche prochain.Tu es Maman-prolétaire en fait. Maman automatisée et automatique. Maman conditionnée, réglée comme une horloge. Maman comme on les fabrique en série. Oui, une Maman de série, avec bien-sûr, quelques gadgets en option.

Tu joues à l'adulte. Ça y est ! C'est ton tour !! Enfin, voici l'heure de ta vengeance ! A toi, de t'empresser de prendre ton petit pouvoir d'adulte et de Maman en connivence avec les autres adultes dit "responsables" ("le réseau de mafiosi des adultes" dont parle Léandre Bergeron, le cancer de notre société). A toi, de reproduire (bon nombre de choses qui t'avaient pourtant fait souffrir et que tu t'étais juré de ne pas reproduire quand ton tour viendrait). A toi d'envisager l'existence humaine uniquement en vertu d'une sinistre roue qui tourne. Tu n'as pas le temps pour la Révolution, la créativité, la subversion, et la réflexion, voire même tu les détestes puisque ça s'oppose radicalement à ta mécanique bien huilée et sans âme, de Maman capitaliste en série conforme. Y'a une âme à ton machin là ? Tu es le clone de celle d'à-côté, il n'y a aucune créativité à ta démarche, aucune recherche, aucune invention, et il y aurait une âme ?

Concernant les choses importantes de l'homme adulte : l'alimentation, le logement, la santé, l'eau, l'assainissement, la sécurité, ... tu ne te poses pas de question, tu ne cherches pas l'alternative, car tu cours au plus pressé, au plus standard. Tu cours, bras ouverts, vers les institutions (dont tu es un rouage), vers l'officiel, vers le conforme, vers ce que tout le monde fait, vers ce qu'il faut faire (notamment et surtout pour ne pas être rejetée, pour ne pas être regardée de travers ou incomprise). Tu écoutes religieusement les profs, les médecins, les élus, le curé, le pédiatre, les psychologue et tous les hommes de pouvoir (tes alter-égo). Car tu veux en être et tu en es, c'est ton seul désir. C'est pour toi que tu es Maman. Pour exister socialement. Pour te réaliser au service du système capitaliste. Tu es l'outil numéro un du conservatisme, son instrument.

Bien-sûr, dans ton salon ikéa, un verre de vin rouge à la main, avec tes amis, tu diras plein de jolies paroles sur ton désir d'un meilleur monde et la "nécessité de changer les choses", alors que ton quotidien n'est composé que d'actions conformes, attendues, liées à une adaptation crasse et totale, à l'ensemble du système capitaliste. Tu vis de l'idéologie du travail, de l'idéologie technicienne, de l'idéologie pavillonnaire et individualiste. En 2015, tu es une des proies privilégiées des "bouddhismes" et ta photo de profil sur Facebook, c'est TON gosse.

Tu domines tes gosses d'une foultitude de manières (chantage à l'amour et à la survie permanent). Ce sont tes choses à toi. Bien-sûr si on t'écoute, tu les adores ! Tu te sacrifies pour eux ! Alors que tu te sacrifies pour le système uniquement dans ton propre intérêt à court-terme. Tu es la Maman qu'on croise partout, la Maman de base, fière d'être cette Maman de base. Mais tu n'es pas une mère, tu n'es pas celle qui donne la vie, celle qui oeuvre pour l'autonomie de sa progéniture autant que pour le bien-être et l'autonomie de la communauté toute entière. Tu n'es pas une mère car tu méprises la terre et participe de sa destruction. Si tu fais des jardinières de Géranium, tu mets des gants pour ne pas te salir (comme si, la terre, à laquelle tu devrais normalement t'identifier était sale...) Tu oeuvres pour que ta progéniture devienne esclave comme toi du système. Tu oeuvres pour que ta progéniture devienne elle-aussi esclave du travail et des multinationales (et ainsi de suite !). Tu oeuvres pour que, comme toi, ta progéniture soit hétéronome en tout, dépendante de l'argent, électeur servile, propagandée à l'infini. Tu oeuvres pour que ta progénitures devienne adorateur du système technicien. Pour que ta progéniture devienne un consommateur de plus. Pour que ta progéniture devienne aussi une Maman de série (ou un Papa). C'est pour cela que tu t'actives. Tu n'es pas une mère, tu es un agent du système qui s'ignore. Tu es la "Maman Capitaliste", qui oeuvre pour un système qui détruit chaque jour, chaque heure, la terre et qui stérilise tout.

Je n'ai qu'une chose à te dire : arrête-toi. Arrête de "travailler", retire tes enfants de l'école, occupe-toi d'abord de toi, et protège la terre, plante des arbres, cherche ton autonomie, la vraie, celle de tes enfants et de tous.

Arrête ton cirque, ton manège. Met fin à ce rôle infâme, caricatural et hideux.

Sur le même sujet : lire notamment "Les enfants d'abord" de Christiane Rochefort et "L'enfant et la raison d'État" de Philippe Meyer (ou encore "l'enfant et la vie familiale sous l'ancien régime" de Philippe Ariès.)