L'école de la peur (et plainte contre l'Éducation Nationale)

sdfCatherine Baker et les autres ont beaucoup écrit là-dessus : à l'école, on a peur et on apprend à avoir peur. C'est un régime de peur intégrale. Il y a toutes sortes de peurs quotidiennes bien-sûr, mais parlons de cette peur globale qui sous-tend ce système - et il s'agit forcément de la peur qui domine toujours toutes les autres -  : la peur de mourir. Cette peur suprême est précédée de la peur de l'exclusion sociale, mais on sait très bien avec quelle célérité, on passe de l'une à l'autre, et comment finalement elles se confondent toujours anthropologiquement.

Chaque scolarité répond au schéma animal et dogmatique (le mot est archi-faible) suivant : « Je dois apprendre, et vite, je dois savoir, c'est-à-dire savoir répondre correctement aux questions en fonction du modèle, c'est-à-dire obéir, pour avoir des diplômes, qui me permettront ensuite d'avoir un "travail", un "métier", lequel me rapportera de "l'argent" (plus ou moins selon si j'ai bien travaillé à l'école ou pas) et par ce moyen, je serai accepté, je serai à l'abri du besoin, je ne dormirai pas dans la rue et j'aurai de quoi de manger. Et si j'excelle, je serai récompensé, je pourrais même vivre dans le confort, voire dans le luxe. Ma scolarité réussie est ce qui m'éloigne de celui qu'on appelle "un SDF", de la déchéance, de l'absence de toit et de nourriture, et me rapproche de la reconnaissance des autres et donc de la sécurité matérielle et affective. Si j'échoue à l'école, si je suis un raté, je pourrais en mourir, comme ce SDF mort de froid. Je finirai tout seul, à manger dans les poubelles, sans dents et ma vie sera très brève, remplie de souffrances physiques et morales. » Tous les adultes, en vertu de ce "réseau de mafiosi" dont parle Léandre Bergeron, sont de connivence pour entretenir ce schéma dans les enfants. Ha cet amour-menteur pour les enfants ! Je te fais peur pour que tu obéisses et que tu te conformes, mais je t'aime. L'amour n'est qu'un outil de premier choix, parmi les outils de servitude : "c'est pour ton bien", parce que je t'aime. L'amour des parents pour leurs enfants, c'est aussi intense que "la subversion du christianisme" ou que l'imposture de notre régime politique. Une illusion, une très fine manipulation, une mystification, on nous paie de mot, et nous, on marche, on fait confiance, alors qu'on nous conduit à l'abattoir.

Voilà donc ce qu'on appelle "civilisation", "société", "République", "vivre ensemble","la famille qui nous protège", un état de chose qui repose à tout instant sur la peur de mourir, la peur d'être exclu, la peur d'être dernier, rejeté par les siens, la peur de ne pas correspondre vu les risques encourus pour sa survie. Voilà donc cet état de chose (société, famille) que l'on affuble sans cesse de jolis mots fleuris qui n'est qu'un régime de peur intégrale : MARCHE OU CREVE. Voilà avec quoi la jeunesse de ce monde chemine. Voilà, ce qu'il y a dans le coeur de la jeunesse de ce monde à chaque instant (et dans le coeur de chacun de nous). Et sans refondre totalement (inverser !) cette matrice diabolique, nous voudrions conserver des aspirations à un monde qui serait beau comme ci ou comme ça ? Quelle blague !

Ce site internet propose d'ausculter LA MATRICE de notre société et des individus. Dès le départ, cette matrice nous intime au plus profond de nous-même que la distance, fusse-t-elle, infime, que nous prenons vis-à-vis du modèle social en vigueur nous rapproche (même un tout petit peu) de la mort. A chaque fois que nous nous écartons de ce qui est admis, attendu, VLAN, une logique implacable est là pour nous faire incorporer qu'on prend un risque pour notre survie future. C'est beau l'amour ! C'est beau la fraternité quand même !

En conséquence, ce régime de peur, donne naissance à des individus dont les caractéristiques premières seront l'insincérité, le mensonge permanent vis-à-vis de soi et des autres (pour correspondre), la vente mutuelle, la construction d'un personnage (de masques), de carapaces, l'incorporation de rôles  - rien de plus adéquat qu'un rôle, qu'une fonction voulue par l'État, pour s'éloigner de la peur de mourir puisqu'on sera accepté sans détour, donc on se précipite sur les rôles -.

Les individus n'en sont pas puisqu'ils sont tous gorgés de schismes en tout genre : pour ne pas mourir, pour être accepté, on s'auto-découpe tous, à la machette, en fines rondelles. Les psychés sont de véritable temple du refoulé et du refoulement. L'histoire de nos 20 premières années à tous est une histoire intégrale de refoulement. Et la "société" est composée in fine de gens qui sont les fantômes d'eux-mêmes, qui ne sont JAMAIS eux-mêmes.

Le sentiment de l'échec scolaire est égal à la peur de mourir. C'est un système totalitaire qui emporte chacun d'entre-nous. Avec Mathilde, nous allons essayer d'aller en justice pour attaquer l'Éducation Nationale concernant l'ensemble de nos scolarités (pour créer un premier historique en la matière). Si vous lisez ce billet, vous pouvez peut-être vous joindre à nous pour qu'on organise une plainte collective.