L'École est finie, c'est les vacances !

​(et comme ça chaque année, du berceau jusqu'à la tombe - Vive Jules Ferry !).

Pourquoi ce qui s'est nommé « Nuit Debout » est en train de finir ?

La question n'a pas tellement de sens, tant la réponse est évidente et prévisible depuis le début : nous sommes maintenant fin juin, bientôt en juillet. C'est tout. C'est fini parce que "l'École est finie" dans tous les sens du mot École (Études, Examens, Travail, Stage, Érasmus, Professorat, Thèse, etc. etc.) Et les gens de "Nuit Debout" (comme 99,9% des gens) sont totalement branchés sur l'agenda et la saisonnalité étatique-scolaire. Ils y sont soumis à un point inimaginable (dont malheureusement ils n'ont pas conscience).

Imaginiez-vous sérieusement que la faune de « Nuit Debout » aurait pu être présente de la même façon un 28 juillet et un 17 août ??! Alors que le 28 juillet, Benoît est chez sa mère en PACA, Lydie est en vacance en Corse avec son ami du Pérou, et le 17 août, Franck est sur le festival d’Aurillac (il était sur Avignon en juillet), tandis que Matthieu fait un circuit VTT avec ses potes de Bretagne dans le Queyras (et puis Benoît prépare son déménagement car il vivra à Montpellier l'année prochaine, et Lydie va rejoindre en Allemagne, l'allemand qu'elle a rencontré à Nuit Debout) !  Leur comportement Place de la République était un comportement d'avril, de mai et de juin, mais un avril, un mai, et un juin de l'État-scolaire, pas du cosmos (donc, juin finissant, quelque-chose se termine à tout point de vue, oui, c'est sûr). Ce fut un printemps SCOLAIRE ! La grande majorité des gens de « Nuit Debout » ne sont pas des habitants, ils n'habitent pas, et à fortiori ceux de Paris ("Les parisiens sont tous des provinciaux montés à Paris" B. Charbonneau). Dans le calendrier scolaire-étatique, il y a une rupture de juin à juillet, l'individu termine un cycle, terminent ses "classes", rend ses rapports/travaux/mémoires, et s'organise pour changer radicalement d'activité, de relations, de rapport au temps, et de lieu pour juillet et août (et pour après). Toute la société suit le calendrier scolaire (cesser de suivre ce calendrier est un sacrée pas vers l'émancipation radicale). La majeure partie de ce qu'on appelle notre conditionnement et notre aliénation repose sur cette temporalité étatique-scolaire.

Quand le collégien rend sa copie de brevet, l'étudiant rend son mémoire, pendant que la plupart des salariés et des fonctionnaires rendent aussi quelque-chose (Les profs rendent les copies corrigées et les appréciations... etc.) ! Dans le calendrier du cosmos, il y a au contraire une sacrée continuité de juin à juillet. Les gens de « Nuit Debout » sont des scolarisés-étatisés, ultra-normés sur la temporalité de l'État (et sur la spatialité de l'État : les villes et les transports à grandes vitesses). Certains d'entre-eux disent être contre l'État, pourtant ils sont scrupuleusement soumis à son calendrier, à ses ruptures, à ses dates, à ses flux, à ses institutions, et à son organisation... Et vendredi soir, c'est le week-end ! Et la deuxième semaine de juillet y'a un festoche dans la Drôme ! Et en août, je fais un p'tit boulot dans un centre de vacances ! Et en septembre, je recommence, ce sera la rentrée !! Je serai scolarisé jusqu'à ma mort ! ("Du berceau, jusqu'à la tombe", disait Jules Ferry)

L'État, chef d'orchestre des vies, qui bat la mesure, fait rentrer, fait sortir, introduit, éteint, fait varier, à sa guise. Et les gens s'exécutent. Il s'agit de la musique la plus sinistre du monde. 3 pages et demi de partition en boucle.
 
Sylvain