Les heures les plus froides

Il y en a malheureusement qui n'ont pas honte​.
Les peuples dépensent des milliards de milliards de milliards de milliards dans l'armement, le nucléaire, les aéroports, les autoroutes, les tunnels, la publicité, la drogue, et le porno. Les ménages, eux, dépensent des sommes folles pour des montagnes d'objets inutiles et autres addictions ou doudous toxiques (et sacrifient leurs vies pour les capitalistes et les banques). Les villes, quant à elles, dépensent sans compter pour des centres-commerciaux, des stades de foot, des zéniths, des palais des congrès, et des aménagements bling-bling parfaitement inutiles. Bref, l'humanité toute entière met la puissance-argent et toute son énergie au service du fat, de l'inutile, du vicieux, du toxique, et pour le grand concours mondial de celui qui a la plus grosse, et lorsque tu veux simplement rassembler les êtres sous un toit communal pour vivre la fraternité — pour vivre ce qu'il y a de plus important à vivre sur terreon vient systématiquement t'attraper avec les frais de chauffage et puis ensuite la lumière et les chasses d'eau des WC. Ce qu'on appelle étrangement : LES FLUIDES.
Ouais, c'est clair, on a un problème de fluide... on n'a pas le même fluide je crois bien ! ...
 
Si nous savions vivre — si nous vivions tout court —, nous mettrions la puissance et les moyens prioritairement sur ce poste-ci : la rencontre humaine fraternelle (et donc gratuite). Et évidemment pas pour construire encore des Zéniths au service de la consommation de spectacles marchands, mais pour qu'on ne réponde plus jamais à chaque personne désireuse de faire apparaître un moment de fraternité : vous comprenez, Monsieur, c'est que y'a le chauffage à payer...
... et puis la lumière...
... et puis... l'eau... des WC ...
 
S'il n'y avait pas tous ces milliards de milliards de milliards de milliards dans les domaines précités, on comprendrait peut-être, oui, et encore !! car depuis la nuit des temps, avant la chute, la communauté humaine se rassemble autour du foyer central, et cela n'a jamais constitué une quelconque problématique, c'est quelque chose de naturel. Le peu d'énergie dont on dispose, sous quelques formes que ce soit est directement convertie en Fraternité, en Amitié, en Convivialité, en Charité sans se poser aucune question.
Dans une humanité vivante, il y a toujours de l'énergie pour la Fraternité, l'Amitié, la Convivialité et la Charité.
Dans une humanité vivante, on sait que même si on n'a pas de feu, on se prendra dans les bras pour se réchauffer.
Je pense que la moyenne des gens n'a pas mon expérience à ce niveau car mes activités depuis 15 ans m'ont régulièrement amené à mettre mon énergie au service de la rencontre humaine de façon simple, communale et conviviale. Et j'ai donc une expérience beaucoup plus aiguë que la moyenne concernant ce type de réponse épouvantable : vous comprenez, Monsieur, c'est que y'a le chauffage à payer... la lumière... l'eau... Je vous invite à essayer de vous frotter à ce mystère en tentant d'organiser des temps dans la salle communale.
Mais de quel mystère je parle ? Que cette personne, qui vient opposer le coût du chauffage à la Fraternité, à l'heure où l'humanité dépense tout son énergie pour l'horreur, la cupidité et le vice : n'ait pas honte ! Ne meurt pas de honte sur le champ !
Mais c'est qu'il s'agit en fait d'une parabole ! Celui ou celle qui nous donne cette réponse nous répond en fait à la lettre concernant la chaleur. Ce qu'il nous dit est en fait une redondance : il n'y a pas de chaleur pour la chaleur (la Fraternité). La raison est assez simple : l'État redoute toujours qu'on chauffe la chaleur afin d'éviter l'emballement de la chaudière centrale : la force d'Amour universelle — qui détruirait instantanément l'État —.
La personne qui parle du problème de chauffage nous répond en fait que rien n'est fait, et ne sera fait, dans cette société pour la chaleur, c'est-à-dire pour la Fraternité. Il nous dit en fait clairement (mais via une parabole) que avoir chaud ensemble, s'aimer, ça va être compliqué, ça demanderait même pas mal d'argent. Il nous dit aussi qu'avoir chaud, ce n'est pas à l'ordre du jour et qu'avoir froid dans son cœur est beaucoup plus à la mode. Oui, nous vivons bien les heures les plus froides.
Et là où le froid qu'on ressent dans le cœur se transforme en tempête glaciale, c'est quand on se rend compte que la fraternité, de fait, consomme évidemment infiniment moins de bûches de bois que la division et le chacun chez soi. Si 15 foyers se transforment en un seul, ça tend vers une demande énergétique globale quasi 15 fois moins importante. Oui, quand chacun prend le chemin de la salle communale, il peut diminuer son propre chauffage, voire le couper.
Mais il faut continuer d'avoir des oreilles pour entendre correctement tout ce que cette personne nous dit quand elle nous dit qu'il y a un problème de chauffage. Car elle ne s'arrête pas au chauffage, elle nous parle aussi de la Lumière et de l'Eau. Oui cette personne nous dit qu'il n'y a point de Chaleur, de Lumière et d'Eau disponibles pour la communauté. Cette personne nous dit que tout ce qui fait la vie, que tout ce qui est la vie, et que tout ce qui donne la vie, coûte trop cher... Le message est à peine voilé ! Nous ne vivons pas seulement les heures les plus froides, mais donc aussi les plus sombres et les plus sèches !
Cette personne nous dit que ce monde qui dépense des milliards de milliards de milliards de milliards dans les armes, la pub et la drogue, n'a plus rien du tout pour la Chaleur, la Lumière et l'Eau ; c'est-à-dire pour l'Amitié, la Charité et la Convivialité.
Trop tard, on a tout dépensé pour la Mort ! Il ne reste plus rien pour la Vie !
Et quand vous vous apercevez que tous ces gens qui n'ont pas honte, sont tous « les gens bien intentionnés » (État, Agents, Église...) vous pensez, la larme à l’œil, à l'ami Georges : https://www.youtube.com/watch?v=rrZPVQN8QDY
 
Sylvain Rochex - 29 octobre 2017