Christian Bobin et « l'heure de la main vide »

bobinCe très très cher Bobin a écrit, l'air de rien, dans l'ensemble de son oeuvre, quelques propos bien cinglants contre le système scolaire ou bien des passages poétiques sur un rapport libre aux apprentissages. J'en ai introduit un premier dans le module en haut à droite de ce site :

Ce qui me paraît le plus insupportable, c'est que l'école me séparait de moi-même. Christian Bobin

Mais je voulais ce soir, surtout partager ce propos divin de Bobin (pas directement lié à la déscolarisation, mais chacun fera les liens qu'il souhaite) :

Trois mots donnent la fièvre. Trois mots vous clouent au lit : changer de vie. Cela est le but. Il est clair, simple. Le chemin qui mène au but, on ne le voit pas. La maladie c'est l'absence de chemin, l'incertitude des voies. On n'est pas devant une question, on est à l'intérieur. On est soi-même la question. Une vie neuve, c'est ce que l'on voudrait mais la volonté, faisant partie de la vie ancienne, n'a aucune force. On est comme ces enfants qui tendent une bille dans leur main gauche et ne lâchent prise qu'en s'étant assurés d'une monnaie d'échange dans leur main droite : on voudrait bien d'une vie nouvelle mais sans perdre la vie ancienne. Ne pas connaître l'instant du passage, l'heure de la main vide.

Profitons de l'occasion de ce billet, pour signaler la parution mi-octobre d'un nouveau livre de Bobin, qui s'annonce brûlant... : Noireclaire.