I) « Tout mouvement de libération de l'homme ne saurait plus passer maintenant que par une déscolarisation.»

Ivan Illich

II) « L'oppression des enfants est première, et fondamentale. Elle est le moule de toutes les autres. »

Christiane Rochefort

III) « Quels enfants allons-nous laisser à la planète ? »

Jaime Semprun

IV) « Non plus créer des écoles alternatives, mais des alternatives à l’école »

John Holt

V) « Notre principale menace aujourd'hui est le monopole mondial de domination scolaire sur l'esprit des hommes. »

Everett Reimer

VI) « Ce qui me paraît le plus insupportable, c'est que l'école me séparait de moi-même. »

Christian Bobin

VII) « Plus l’homme se connaît par la voie officielle, plus il s’aliène »

Raoul Vaneigem

VIII) « Je perçois l'école non pas comme une institution qu'il faut réformer et perfectionner, mais comme une prison qu'il faut détruire. »

Cornélius Castoriadis

IX) « Ce qui abrutit le peuple, ce n'est pas le défaut d'instruction mais la croyance en l'infériorité de son intelligence. »

Jacques Rancière

X) « Prisonnier de l'idéologie scolaire, l'être humain renonce à la responsabilité de sa propre croissance et, par cette abdication, l'école le conduit à une sorte de suicide intellectuel. » Ivan Illich

XI) « Les hommes qui s'en remettent à une unité de mesure définie par d'autres pour juger de leur développement personnel, ne savent bientôt plus que passer sous la toise.» Ivan Illich

Site connexe : débordelisation.

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A la une : Fête de printemps le 3/03/2018

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Nexus

COUV NEXUS 108 WEBOn parle de nous (interview) dans le numéro 108 de Nexus de Jan/Fév 2017

Dossier « Déscolariser la société »

moinsOn a participé au dossier sur la déscolarisation du numéro 24 (août/sept 2016) du journal romand d'écologie : - Moins

L'école de la peur (texte complet)

ecoledelapeur

Attention aux méprises !

Nous ne sommes pas pour l'Instruction En Famille (IEF) sauf comme solution temporaire, celle-ci est inégalitaire et faire la part belle à une autre institution de l'ordre adulte presqu'autant problématique que l'école (si ce n'est plus !) Pourquoi toujours penser les choses en terme de systèmes fermés ?

Notre revendication se situe sur les communs et un monde ouvert : établir des écoles libres (chacun est libre d'y aller quand il veut), égalitaires (chacun peut intervenir pour enseigner), communales, citoyennes, gratuites, débarrassées de l'État, dans les espaces publics et communs, autogérées.

Bibliographie déscolarisation

Une société sans école
Ivan Illich
Mort de l'école
Everett Reimer
Le maître ignorant
Jacques Rancière
Comme des invitées de marque
Léandre Bergeron
Les apprentissages autonomes
John Holt
Pour décoloniser l'enfant
Gérard Mendel
Avertissement aux écoliers et aux lycéens
Raoul Vaneigem
Apprendre sans l'école
John Holt
Et je ne suis jamais allé à l'école
André Stern
La fin de l'éducation ? Commencements.
Jean-Pierre Lepri
Insoumission à l'école obligatoire
Catherine Baker
L'école de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure
Jean Foucambert
De l'éducation
Jiddu Krishnamurti
Pour l'abolition de l'enfance
Shulamith Firestone
L'école mutuelle, une pédagogie trop efficace ?
Anne Querrien
L'enfant et la raison d'Etat
Philippe Meyer
Le pédagogue n'aime pas les enfants
Henri Roorda
Les enfants d'abord
Christiane Rochefort
Les cahiers au feu
Catherine Baker
La fabrique de l'impuissance 2, l'école entre domination et émancipation
Charlotte Nordmann
La fabrique scolaire de l'histoire
Laurence de Cock et Emmanuelle Picard
L'école contre la vie
Edmond Gilliard
Libres enfants de Summerhill
A.S. Neill
Soumission à l'autorité
Stanley Milgram
Si j'avais de l'argent, beaucoup d'argent, je quitterais l'école
Une éducation sans école
Thierry Pardo
La véritable nature de l'enfant
Jan Hunt
C'est pour ton bien
Alice Miller
L'herméneutique du sujet
Michel Foucault
Ni vieux ni maîtres
Yves Le Bonniec et Claude Guillon
L'individu et les diplômes
Abel Faure
La domination adulte
Yves Bonnardel
Encore heureux qu'on va vers l'été
Christiane Rochefort
S'évader de l'enfance
John Holt
Inévitablement (après l'école)
Julie Roux

Article en avant

mamandeserie

Global larcin

Le monde est un grand larcin, un grand accaparement très diversifié, chacun son butin :

Les Élus volent le pouvoir.

Les universitaires volent l'université.

Les professeurs volent l'apprendre.

Les bibliothécaires volent les bibliothèques.

Les propriétaires volent la terre.

Les patrons volent la force de travail.

Les médecins volent la médecine.

Les médias volent l'information. ... etc. (S.R.)

Scolarisation du monde (le film)

schooling the worldAvec sous-titres Fr (bouton CC)

Outil n°1 pour lever le voile

etymosvignette

Les deux faces de la même médaille

mairieecoled

Cliquez sur l'image pour l'agrandir dans un onglet

Article du 30/08/2015

Un document exceptionnel !

millecitations

Nos liens Illustrateurs

Émissions en direct sur une radio locale

LE MONDE ALLANT VERS..., un jeudi sur deux à 19h30, sur la petite radio locale : RADIO GRÉSIVAUDAN.

Vous pouvez écouter ces émissions en rejoignant le site internet de Radio Grésivaudan ou en ouvrant votre radio sur la bonne fréquence.

Générique de l'émission :

Participez en direct en appelant le :

04 76 08 91 91

Accéder aux archives des émissions sur le site de Radio Grésivaudan.

Et si la cause des causes était l'absence d'architecture spirituelle chez chacun ? --> Ecoutez l'émission sur "La Citadelle" :

Fallait oser...

« L'enfant a droit à une éducation gratuite et obligatoire. »

Charte des droits de l'enfant de l'UNESCO

Bossuet nous disait :

« Il n'y a point de plus grand obstacle à se commander soi-même que d'avoir autorité sur les autres. »

 Professeurs, déscolarisez-vous !

« Les enfants ne sont pas seulement extrêmement doués pour apprendre; ils sont bien plus doués pour cela que nous. En tant qu'enseignant, j'ai mis beaucoup de temps à le découvrir. J'étais un enseignant ingénieux et plein de ressources, habile à élaborer des séquences de cours, des démonstrations, des outils de motivation et tout ce galimatias. Et ce n'est que très lentement et douloureusement - croyez-moi, douloureusement ! - que j'ai réalisé que c'était quand je me mettais à enseigner le moins que les enfants se mettaient à apprendre le plus. »

John Holt

Corollaire ou conclusion de cette idée de Holt : si on enseigne à l'E.N., c'est donc pour propagander, détourner, aliéner.

Sur le refus de parvenir

« Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit. » Flaubert

*****

« Si nous voulons un monde nouveau, comment accepter de grimper, d'être reconnu par des institutions du vieux monde ? »
Marianne Enckell

Autres citations sur le refus de parvenir

Le corps enseignant ?

On parle toujours du « corps enseignant », mais jamais de son âme... C'est parce qu'il n'en a pas. Et s'il en avait une, ce serait évidemment celle, noire et vicieuse, de Jules Ferry.  S.R.

julesferryamenoireVoici le monsieur qui s'occupe de vos enfants !

descoetdroit

« L'éducation, avec son fer de lance qu'est le système de scolarité obligatoire, avec toutes ses carottes, ses bâtons, ses notes, ses diplômes et ses références, m'apparaît aujourd'hui comme la plus autoritaire et la plus dangereuse des inventions humaines. C'est la racine la plus profonde de l'état d'esclavage moderne et mondialisé dans lequel la plupart des gens ne se sentent rien d'autre que producteurs, consommateurs, spectateurs et fans, motivés de plus en plus, dans tous les aspects de leur vie, par l'appât du gain, l'envie et la peur. »

John Holt

Lien vers des centaines d'autres citations sur le sujet (mis à jour de teps en temps)

 

Réflexions philosophiques

Réflexions philosophiques

Hestia et Hermès

Un texte important de Jean-Pierre Vernant (40 pages). A l'heure actuelle, les gens n'ont avec eux, ni Hestia, ni Hermès. Pas de foyer, pas de centre permanent, pas d'habitat où l'homme s'occupe de lui-même et se maintient. Quant à Hermès, il a été tué par l'esprit de censure et de clôture (par la fausse démocratie et « la société du spectacle»), et par "Internet" et la disruption.

P.S : Si une chose comme « Nuit Debout » fut vouée à se terminer très rapidement c'est parce que ses acteurs ont tenté de convoquer Hermès tout seul, sans Hestia, c'est-à-dire sans oïkos patronné par Hestia directement à proximité de l'agora pour chacun d'eux (donc une commune-polis digne de ce nom). Seule Hestia aurait pu leur permettre d'être toujours sur la place le 25 juillet et ensuite. C'est une autre manière de dire ce que je disais déjà le 30 juin 2016 en expliquant que Nuit Debout était forcément en train de s'achever car tous ses acteurs étaient des gens branchés sur la temporalité étatique-scolaire c'est-à-dire sur « la mobilisation infinie » (dont parle Sloterdijk) qui déracine continuellement. Et c'est là toute la différence (de pérennité) entre « Nuit Debout » et « la ZAD de Notre Dame des Landes ». Si ça fonctionne beaucoup mieux pour la deuxième expérience c'est parce que Hestia et Hermès sont adossés l'un à l'autre comme à la statue de Zeus. C'est une véritable commune qui s'est édifiée à la ZAD de Notre Dame des Landes ; rien à voir avec "la manif prolongée jusqu'aux vacances" qu'a été Nuit Debout (et qui n'aurait pu jamais devenir une commune pour la bonne et simple raison qu'il est impossible de semer des patates et des courges pour tout le monde ou de tenter l'habitat libre en plein Paris et d'avoir une quelconque liberté d'action dans nos mégalopoles — qui sont des aboutissements suprêmes de 150 ans de décisions en faveur de l'hypercontrôle —).

L'organisation mondiale de la lâcheté

diabolosLe tout écran.
 
La lâcheté que l'on préfère, c'est celle que l'on adopte tous en chœur, car de cette façon on ne la sent plus. Et quand le monde entier se constitue en une gigantesque et totale organisation de la lâcheté intégrale, là, c'est le bonheur, on va pouvoir être lâche à l'infini, sans honte ! Puisque l'autre est lâche aussi, ce n'est sûrement pas lui qui va nous reprocher quoique ce soit !! Chouette alors ! Nos deux lâchetés s'annulent et le signal avertisseur de la honte s'évapore instantanément ! Merci l'autre ! Merci à tous ces autres qui, en étant vicieux, aident et travaillent pour mon propre vice ! Merci ! Et maintenant, si vous pouviez tuer sans gêne et baiser des gosses, allez-y, comme ça, si vous le faites tous, si on le fait tous, j'en obtiendrais le droit moral sans avoir à lutter.
Ainsi sont venus les génocides : par mimétisme et effet de meute où chacun se croit autorisé par l'autre : si l'autre le fait, je peux aussi le faire et je dois le faire !
 
Deux lâches qui s'affrontent avec une lâcheté identique sont en fait en train de s'entraider, ils se font le cadeau réciproque de se penser vaillants et homme
​s​
de bien alors qu'ils sont lâches à deux — exactement comme deux drogués, ou deux violeurs, ou deux paumés, ou deux criminels se rassurent, se valident, se confortent, se font du bien, grâce à la présence de leur alter-ego —.
Mais de deux personnes, on peut volontiers passer à 7 milliards : tous lâches, mais dont la lâcheté est rendue invisible par son universalité et son homogénéité. 7 milliards de lâchetés qui s'annulent mutuellement par leur coexistence. Bref, la lâcheté devenant norme anthropologique, mais qui donc en tant que norme n'est plus de la lâcheté, c'est ... la norme !
Et c'est donc au sein de cette lâcheté universelle qui n'en est plus une par opération de normalisation que l'on va pouvoir redéfinir un nouveau critérium de la lâcheté et du courage qui sera beaucoup plus confortable et spacieux. Les plus courageux seront dorénavant seulement les plus courageux en régime de lâcheté intégrale (devenue norme par massification).
 
Nous venons d'arriver dans un monde où il n'y a fondamentalement plus que des lâches mais qui peuvent être plus ou moins courageux.
Ce phénomène est connu pour plein d'autres sujets : l'humanité glisse, puis oublie qu'elle a glissé, et trouve le moyen de normaliser, de justifier son nouvel état, même si l'horreur croît de glissements en glissements, d'abandons en abandons, et de dénis en dénégations.
 
Dans un monde immonde comme le nôtre où régnait déjà la lâcheté à cause de notre hétéronomie en tout et de la prolétarisation de tous, s'est ajouté ces dernières années comme une sorte de parachèvement pour une organisation mondiale et universelle de la lâcheté : les écrans. Nous avons installé, en quelques années seulement des milliards et milliards d'écrans qui « font écran » entre nous de façon hideuse, sournoise, perverse, violente, destructrice, morbide et mortelle.
 
Je n'ai aucun mal à utiliser un écran pour écrire ce libelle car ma principale activité depuis que je suis devenu adulte a toujours été d’œuvrer pour des « apparaître-là » et des rencontres humaines, de très nombreuses sortes (formelles ou informelles, spontanées ou organisées), toujours en présentiel, dans les espaces publics/communs. Quand je quitte l'écran, c'est uniquement pour aller produire des choses dans le réel qui le combattent en fait et en droit. L'écran, il va se faire foutre, je le méprise, je ne le défends pas une seule seconde.
 
Depuis l'aube des sociétés humaines, les hommes et les femmes ont toujours fait l'apologie du « parler en face », du « entre 4 yeux » et ils ont toujours dénoncé les manœuvres de ceux qui « parlent par derrière » ou par le côté, ou par le dessus ou le dessous, ou qui utilisent des artifices, des techniques, des effets, ou des intermédiaires et autres messagers. Et depuis toujours, celui qui « parle en face » est le courageux, le digne, le vertueux, alors que celui qui se protège de la rencontre par quelconque procédé est toujours apparu comme potentiellement lâche et beaucoup moins digne.
Et cette morale, qui a traversé intacte les âges et toutes les époques vient de brutalement disparaître en seulement 10 à 20 ans par l'avènement du tout écran, du tous derrière nos écrans... planqués... protégés... lâches... Mais puisque l'autre est lâche autant que nous-même, on n'y pense plus du tout... Merci l'autre ! Merci de tomber avec moi ! C'est la morale mafieuse du : si on plonge, tu plonges avec nous, tout le monde est mouillé maintenant ! ... devenue universelle !
 
Il paraîtrait que les « réseaux sociaux » et autres plateformes du web constitueraient une agora politique du XXIème siècle qui assurerait le grand retour en fanfare de l'agora politique telle qu'elle a pu parfois exister de façon exemplaire dans l'histoire humaine. Mais comment est-ce possible que l'on puisse confondre les agoras politiques du passé qui rassemblaient des hordes de courageux avec un machin comme Facebook qui rassemblent des hordes de lâches ? Ce qui donne à une agora politique son essence, n'est-ce pas totalement le courage de ses participants à se « parler en face », à se rencontrer en chair et en os, à polémiquer ici et maintenant avec bonheur ?
 
Tout le monde sait la débandade, la déprime généralisée (individuelle et collective) que constitue un machin comme Facebook (et autres plateformes) : tout le monde ne l'avoue pas mais tout le monde le sait. Cette débandade vient de cette lâcheté partagée désormais universellement. On est lâche individuellement et collectivement et ça, ça déprime — Il n'y a peut-être rien de plus déprimant d'ailleurs — c'est même un grand malheur, lui aussi : individuel et collectif.
 
A l'inverse, le courage du parler en face, du parler vrai entre 4 yeux, entre 7 milliards d'yeux et de timbres de voix différents, nous rendrait heureux : individuellement et collectivement. Sentir son propre courage qui rencontre le courage des autres, rend beau et heureux. Sentir sa propre lâcheté qui rencontre celle des autres déprime et rend malheureux. Car le courage, ça nous ramène à virtus et donc à la vertu, et donc à la virilité, et donc à l'Éros, et donc à la Philia et à l'Agapè. Et la boucle est bouclée car le courage — étymologiquement — c'est ce qui vient du Cœur.
 
Cette lâcheté (derrière écran) dont je parle est un phénomène régressif addictif, et on est toujours très mal barré avec les pharmaka qui donnent la possibilité aux humains de se complaire dans la facilité et de se vautrer dans la fange. L'addiction aux écrans est planétaire : c'est l'addiction suprême qui a dépassé toutes les autres. Aucune drogue depuis l'aube des temps n'a été partagée et communément admise par un nombre aussi grand d'êtres humains. Aucune drogue avant elle ne s'est propagée aussi rapidement et massivement. C'est la drogue finale. Et si elle est la grande gagnante, c'est parce que c'est la meilleure et la plus parfaite réponse à la lâcheté humaine depuis que le monde est monde, depuis que l'homme est potentiellement lâche.
 
D'une certaine manière, on peut dire que si on en est là, c'est que les citoyens courageux d'antan qui se « parlaient en face », ont eu semble-t-il un problème à résoudre qui était peut-être paradoxalement celui-ci : Comment pourrait-on faire pour un jour ne plus avoir à se parler en face ? Et toute l'humanité a, semble-t-il, œuvré dans cette direction pendant des millénaires pour arriver à ce résultat sordide.
Il est tout bonnement épatant que toute la recherche en sciences physiques depuis des millénaires ait été plus ou moins inconsciemment orientée vers ce but sinistre : pouvoir un jour ne plus se parler en face, avoir un outil pour « parler par derrière », pour assumer sans honte sa lâcheté, pour mener des polémiques depuis sa bulle, depuis sa tour d'ivoire, sans jamais avoir à rencontrer l'adversaire, sans jamais avoir à partager le terrain pour cheminer vers l'harmonie... Car un monde d'écrans, c'est monde d'adversaires et d'adversité permanents... Même nos « amis » et nos amours deviennent des adversaires quand nous mettons un écran entre eux et nous.
Les hommes ont-ils vraiment voulu ça ?
 
Sylvain Rochex

 

Bas les masques ! Sur le rôle social avec Raoul Vaneigem

vaneigemÊTRE UN. Retour en 1967 avec Raoul Vaneigem sur l'horreur absolue des rôles sociaux.

Serait-il possible que les êtres qui peuplent le monde se donnent pour but de ne plus morceler leur êtres dans de multiples rôles, masques et personnages ? Serait-il possible que chacun se mette enfin en route pour devenir une seule personne : lui-même, plutôt que de se changer sans cesse en fonction des situations, s'individuer pour être qui on est dans chaque situation ?

Raoul Vaneigem avait très bien décrit ce phénomène en 1967, dans « Le traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations », voici mon relevé de citations sur ce thème crucial :

« Les instants de la survie se suivent et se ressemblent, comme se suivent et se ressemblent les attitudes spécialisées qui leur répondent, les rôles. »

« Dans la vie quotidienne, les rôles imprègnent l’individu, ils le tiennent éloigné de ce qu’il est et de ce qu’il veut être authentiquement ; ils sont l’aliénation incrustée dans le vécu. Là, les jeux sont faits, c’est pourquoi ils ont cessé d’être des jeux. Les stéréotypes dictent à chacun en particulier, on pourrait presque dire « intimement », ce que les idéologies imposent collectivement. La contrainte et le mensonge s’individualisent, cernent de plus près chaque être particulier. »

« Plus l’homme se connaît par la voie officielle, plus il s’aliène.»​​


« La passivité du spectateur est sa fonction d’assimiler des rôles pour les tenir ensuite selon les normes officielles. Les images répétées, les stéréotypes offrent une série de modèles où chacun est invité à se tailler un rôle.L’homme-consommateur se laisse conditionner par les stéréotypes (côté passif) sur lesquels il modèle ses différents comportements.​»

​« Le rôle a pour fonction de vampiriser la volonté de vivre. Le rôle représente le vécu en le transformant en chose, il console de la vie qu’il appauvrit. Il devient aussi un plaisir substitutif et névrotique. Il importe de se détacher des rôles et les rendre au ludique.​ »

​Raoul Vaneigem cite une magistrale sortie de Pascal :
« Nous voulons vivre dans l’idée des autres, dans une vie imaginaire et nous nous efforçons pour cela de paraître. Nous travaillons à embellir et à conserver cet être imaginaire et nous négligeons le véritable.»​

​J'ajoute au passage ce propos d'un anonyme (très logiquement anonyme) :​

​« Une personne dans sa force et son pouvoir intérieur n'a plus besoin de montrer aux autres qui elle est, n'a plus besoin d'être reconnue par les autres, n'a plus besoin de se mettre en avant parce que simplement elle le sait elle-même, se valide et se reconnaît elle-même, et c'est en elle dans l'Être et non plus à l'extérieur, au travers des autres et le paraître. Le regard est intérieur et non plus extérieur. » Anonyme.​

​Vaneigem encore :

« Le rôle est la monnaie d’échange du sacrifice individuel ; en tant que tel, il exerce une fonction compensatoire. Résidu de la séparation, il s’efforce enfin de créer une unité comportementale.​ »

​« Voici un homme de trente-cinq ans. Chaque matin, il prend sa voiture, entre au bureau, classe des fiches, déjeune en ville, joue au poker, reclasse des fiches, quitte le travail, boit deux Ricard, rentre chez lui, retrouve sa femme, embrasse ses enfants, mange un steak sur un fond de T.V., se couche, fait l’amour, s’endort. Qui réduit la vie d’un homme à cette pitoyable suite de clichés ? C’est lui-même, c’est l’homme dont je parle qui s’efforce de décomposer sa journée en une suite de poses choisies plus ou moins inconsciemment parmi la gamme des stéréotypes dominants. Il se détourne du plaisir authentique pour gagner une joie frelatée, trop démonstrative pour n’être pas de façade. Les rôles assumés l’un après l’autre lui procurent un chatouillement de satisfaction quand il réussit à les modeler fidèlement sur les stéréotypes. La satisfaction du rôle bien rempli.​ »

« En de brefs instants, la vie quotidienne libère une énergie qui, si elle n’était pas récupérée, dispersée, gaspillée dans les rôles, suffirait à bouleverser l’univers de la survie. Qui dira la force de frappe d’une rêverie passionnée, du plaisir d’aimer, d’un désir naissant, d’un élan de sympathie ? Ces moments de vie authentique, chacun cherche spontanément à les accroître afin qu’ils gagnent l’intégralité de la quotidienneté, mais le conditionnement réduit la plupart des hommes à les poursuivre à revers, par le biais de l’inhumain ; à les perdre à jamais à l’instant de les atteindre. »

​« Pourquoi les hommes accordent-ils aux rôles un prix parfois supérieur au prix qu’ils accordent à leur propre vie ?​ »

« Plus on a de choses et de rôles, plus on est ; ainsi en décide l’organisation de l’apparence. Mais du point de vue de la réalité vécue, ce qui se gagne en degré de pouvoir se perd d’autant dans la réalisation authentique. Ce qui se gagne en paraître se perd en être et en devoir-être. »

​​« Et plus la vie quotidienne est pauvre, plus s’exacerbe l’attrait de l’inauthentique. Et plus l’illusion l’emporte, plus la vie quotidienne s’appauvrit. Délogée de l’essentiel à force d’interdits, de contraintes et de mensonges, la réalité vécue paraît si peu digne d’intérêt que les chemins de l’apparence accaparent tous les soins. On vit son rôle mieux que sa propre vie. »

​« Il existe une ivresse de l’identification. »​

​« La survie et ses illusions protectrices forment un tout indissoluble. Les rôles s’éteignent évidemment quand disparaît la survie. La survie sans les rôles est une mort civile. De même que nous sommes condamnés à la survie, nous sommes condamnés à faire « bonne figure » dans l’inauthentique. L’armure empêche la liberté des gestes et amortit les chocs. Sous la carapace tout est vulnérable. Reste donc la solution ludique du « faire comme si » ; ruser avec les rôles.​ »

​« Mais il faut cependant détruire un monde aussi factice, c’est pourquoi les gens avisés laissent jouer les rôles entre eux. Passer pour un irresponsable, voilà la meilleure façon d’être responsable pour soi.​ »

« Il me suffit d’être totalement vrai avec ceux de mon bord, avec les défenseurs de la vie authentique. Plus on se détache du rôle, mieux on le manipule contre l’adversaire. Mieux on se garde du poids des choses, plus on conquiert la légèreté du mouvement. »

​« Seul l’ennemi recherche la rencontre sur le terrain des rôles. »

​« Pour être quelqu’un, l’individu doit, comme on dit, faire la part des choses, entretenir ses rôles, les polir, les remettre sur le métier, s’initier progressivement jusqu’à mériter la promotion spectaculaire. Les usines scolaires, la publicité, le conditionnement de tout Ordre aide avec sollicitude l’enfant, l’adolescent, l’adulte à gagner leur place dans la grande famille des consommateurs.
Tous se construisent grâce à l’illusoire sentiment de participer que partagent leurs membres, sentiments que l’on peut entretenir par des réunions, des insignes, des menus travaux, des responsabilités... Il y a, dans cet effarant scoutisme à tous les niveaux, des stéréotypes du cru : martyrs, héros, modèles, génie, penseur, dévoué de service et grand homme à succès. Le pouvoir est lié à son organisation de l’apparence. »

​« La spécialisation est la science du rôle.​ »

« Il (le spécialiste) sait, au besoin, renoncer à la multiplicité des rôles  pour n’en conserver qu’un, condenser son pouvoir au lieu de l’essaimer, réduire sa vie à l’unilinéaire. »

« Mon plaisir n’a pas de nom. Les trop rares moments où je me construis n’offrent aucune poignée par où l’on puisse les manipuler de l’extérieur. Seule la dépossession de soi s’empêtre dans le nom des choses qui nous écrasent. »

« S’il était homme, le pouvoir ne se féliciterait jamais assez des rencontres qu’il a su empêcher. Les places désertes, le décor pétrifié montrent l’homme déshumanisé par les choses qu’il a crées et qui, figées dans un urbanisme où se condense la force oppressive des idéologies, le vident de sa substance, le vampirisent.​ »

​« La plupart des gens connaissent bien le malaise d’entrer dans un groupe et de prendre contact, c’est l’angoisse du comédien, la peur de tenir mal son rôle.​ »

« Il n’y a que des rôles autour de toi ? Jettes-y ta désinvolture, ton humour, ta distanciation ; joue avec eux comme le chat avec la souris ; il se peut qu’à ce traitement, l’un ou l’autre de tes proches s’éveille à lui-même. »

Bas les masques !

Sylvain Rochex

Rêves de plastique ou rêves de sable?

 

cabane plastiquePour les enfants de tous âges…

Quand ils jouent, les enfants projettent dans la matière le monde d'aujourd'hui et de demain. À partir de la substance de leur présent, ils envisagent le monde de demain, lui donnent un visage, qu'ils modèlent et remodèlent, ils inventent la suite de notre devenir en observant attentivement les possibles dont ils disposent, et sur quoi ils baseront leurs actions futures. Le jeu contient, même au cœur de la joie la plus intense, quelque chose de très consciencieux et appliqué, une complétude, une présence pleine à la réalité du monde. Un enfant qui joue pose un regard acéré et prodigieusement lucide sur la réalité qu'il manipule ; il ne s'absente pas de la réalité du monde, il y plonge en plein cœur, la bouleverse à chaque instant et jongle avec tous ses éléments, il l'interroge, la met en scène, l'expérimente scientifiquement et porte des conclusions éminemment logiques à ses tâtonnements, il la défait et la refait, lui donne un sens, lui enlève, en refaçonne un autre, et œuvre continuellement au sein de la connexion toute particulière et unique qu'il établit avec la vie. La substance du monde imprègne profondément l'enfant qui joue, avant de se réactualiser expérimentalement dans la matière. Parce qu'ils sont bien plus réceptifs au monde qui les entoure que les adultes endigués dans des comportements acquis, les humains jeunes  sont les destinataires privilégiés d'une pensée qui demande sans cesse à être réinventée, à s'accomplir, à grandir de ses erreurs…

Alors les enfants jouent… Depuis la nuit des temps, les enfants jouent, et fabriquent le monde, le monde de l'instant, de l'ici et maintenant, et celui de demain.

Précisément parce qu'ils sont ouverts, parce qu'ils sont là, précisément parce qu'ils s'entraînent constamment, parce qu'ils singent, et blaguent, et interprètent, et s'amusent, les enfants déverrouillent depuis toujours les pensées qui se sclérosent, les schémas qui s'installent trop lourdement. Leur jeu est une opportunité pour le monde adulte de saisir le fil qu'ils tendent entre un paradigme déliquescent et le présent direct à accomplir mutuellement.  Leur jeu est un appel pour apprivoiser ensemble le grand mystère éternel, et pour inventer chaque jour le monde ; un appel auquel trop souvent les adultes restent sourds et insensibles. Pétris de certitudes acquises, les parents, les grands, les sérieux comprennent mal, ne comprennent plus l'intensité et la nécessité de ces jeux.

Le monde adulte canalise péremptoirement ce foisonnement créatif ininterrompu vers ses convictions étroites et raisonnables. Les enfants sont rendus, de force, adultes, extirpés de leur relation intime et singulière au monde, freinés et empêchés dans leur quête d'absolu, déviés de leur inventivité permanente. Un adulte est un enfant devenu triste et résigné, un enfant qui s'est oublié, qui n'interroge plus le mystère de ce qui l'entoure, qui ferme les yeux. Combien se sont ainsi laissé dévier de leur passionnante recherche créative? Nimbé d'ignorance et/ou d'oubli, le monde des adultes néglige alors sans en mesurer les conséquences les supports sur lesquels le jeu va se déployer. Peut-être, quand la portée immense des actes enfantins de création et ré-création sera mise en lumière, chaque adulte sera alors plus consciencieux et regardant en ce qui concerne le socle du jeu, car il définit ce qui va éclore. Peut-être aussi que les adultes ne seront plus exactement adultes, mais juste des enfants experts qui minutieusement affinent et exaltent leur relation au monde?

Or, aujourd'hui, quels sont les « jeux » vers lesquels, implacablement, est dirigé  chaque enfant ? Quels rêves génèrent-ils, quels rêves dictent-ils ? Des rêves de maison, de voitures, de marchande, de  tracteurs, de pelleteuse, d'ordinateur, de camping-car, de vêtements, de soldat, des soldats en plastiques. Des cubes de plastiques, pour bâtir une cité-toute-en-plastique-avec-des-arbres-et-des-fleurs-en-plastique, des figurines et des poupées de plastique, des animaux en plastique, des bracelets en plastique, des outils de bricolage en plastique, des toboggans en plastique, des tambours et pianos en plastique, des vêtements en plastique, sous le sapin de Noël, boules et guirlandes, en plastique. Nous subissons tous le monopole du plastique, nous sommes tous, enfants et adultes, rendus consommateurs de jeux et objets en plastique dont l'orientation et la fin sont prédéfinies. Nous perpétuons et validons ainsi, à chaque nouvel achat en plastique, un mode de vie calibré, défini pour nous.  L'éventail des jeux ne peut se déployer en son plein pour balayer l'air stagnant et recréer l'instant joyeux, avant un nouveau battement créateur, et ainsi de suite.

De cette imprégnation lente avec le monde du plastique, les rêves deviennent de plastique, le monde qui s'invente est fondé sur le plastique, il est bâti sur ce support froid, impersonnel, inéluctable, imposé. Le paradoxe du mot plastique est d'ailleurs assez troublant. Le mot évoque quelque chose de souple, de malléable. Or, il n'est modelable qu'un court instant, au moment où il bout dans des cuves et dégage ses exhalaisons toxiques, et uniquement par ceux qui définissent la forme de l'objet, le fabriquent et le vendent. Pour les enfants, le plastique est rigide, moulé, préformé, conditionné, prêt à l'usage qu'on lui a prédestiné. Chaque objet moulé porte en lui une intention particulière, propose au jeu un support précis et inextensible et canalise l'énergie créatrice de l'enfant dans une voix toute conçue. Ainsi chaque enfant s'achemine, en jouant dans ce cadre défini par le monde adulte et marchand, vers un monde artificiel qu'il recréera tout naturellement, dans la digne continuité de ses jeux de plastique.

Il semblerait pourtant qu'il incombe à chacun d'entre nous de choisir avec beauté et joie le support  de nos rêves.

Quiconque a un jour bâti sur la plage un château de sable sait intrinsèquement, même si la couche de conditionnements qu'il endosse lui a partiellement fait oublié, combien le support vif de ce jeu implique profondément tous les sens, une présence aiguë au monde, une relation charnelle avec la matière vive du monde, une extase de l'instant. L'univers se recrée à chaque instant et joue avec celui qui bâtit son château de sable. Ce jeu, comme tout jeu dont le support est la matière brute du monde, est à la fois éphémère et éternel. Car la prochaine marée emportera la fière et pourtant humble  construction, quand les vagues auront rempli les douves et  franchi les remparts ; et cependant, la matière sable, le support du jeu, toujours, reste et restera accessible à tous et tout le temps pour recréer une nouvelle œuvre. L'instant, bien qu'unique, pourra ainsi se démultiplier à l'infini, en fonction du joueur et de son imagination, en fonction de son lien particulier avec la plage... C'est un  jeu intrinsèquement généreux. Il implique le plaisir de modeler le sable, de jouer avec l'océan, de chercher les trésors de  la marée pour orner de coquillages les tourelles, il offre tous les possibles. On peut modeler à l'envi avec du sable, une île, un château, un animal, sans notice d'emploi. Et ici les accessoires de la pelle et du seau en plastique sont totalement superflus; et peut-être, lorsqu'on s'en libère, on se libère aussi de la forme archétypale du château fort imposé par la moulure du seau, pour cheminer vers des formes plus rondes et moins guerrières... Le sable peut aussi être un support à une infinité de jeux hors du champ du modelage, il nous ramène, toujours, à notre présence directe au monde, stimulante, vivifiante, créative.

Partout, hormis dans l'enclos des villes, la matière du monde offre à tous les enfants, sans restriction, et avec une infinie variété, des fibres, des cailloux, de la terre, des semences, du bois, des plumes, de la mousse, de la paille, des fleurs, du vent, des pentes, de la boue, de la neige, du soleil, des sons, des étoiles, des talus, des fruits, des papillons, des ruisseaux, des grottes, des coquillages, pour jouer continuellement, sans fin. Que l'on soit un petit ou un grand enfant, la matière du monde nous offre à tous un support  pour inventer, soigner, créer et recréer le plaisir de la vie à chaque instant, loin des rêves imposés.

Depuis la nuit des temps, les enfants jouent. Laissons-les bâtir de nouveaux rêves sur les supports vibrants de la belle Terre, loin des rêves de plastique, et rêvons de ce qu'il pourrait bien advenir si l'on réapprenait tous à jouer au sein de la force vive du Présent...

Mathilde, le lendemain de Noêl 2017...

 

Sur l'ennui

 

ennuiConcernant l'universel sujet de l'ennui et une certaine dialectique de l'ennui, je voulais donner quelques éléments en m'appuyant sur Nietzsche d'une part et sur Christiane Rochefort de l'autre.

Première sorte d'ennui : l'ennui de soi à soi, l'ennui qui nous fait culpabiliser, l'ennui que nous regrettons (à tort), l'ennui qui nous fait souffrir​. L'ennui que nous voulons chasser (à tort). L'ennui qui nous fait peur quand il s'approche de nous (à pas de loup pourtant). Cette première sorte d'ennui est l'ennui né de notre autonomie et donc comment pourrait-il être mauvais ?

Eh bien le meilleur texte que j'ai pu lire sur cet ennui-là est chez Nietzsche dans Le gai savoir.

Comme Nietzsche, je pense qu'accepter l'ennui quand il nous saisit, en l'intégrant — avec le même genre de travail sur nous-même qu'on peut faire avec n'importe quelle souffrance — est l'expression d'une force qui sera payante en terme d'individuation dans la durée.

Nietzsche, dans le gai savoir :

« Chercher du travail pour avoir un salaire — en cela, presque tous les hommes des pays civilisés sont aujourd'hui semblables ; le travail est pour eux tous un moyen, et non le but lui-même ; c'est pourquoi ils ne font guère preuve de subtilité dans le choix de leur travail, pourvu qu'il rapporte bien. Mais il existe des hommes plus rares qui préfèrent périr plutôt que de travailler sans prendre plaisir à leur travail : ces hommes difficiles, qu'il est dur de satisfaire, qui n'ont que faire d'un bon salaire si le travail n'est pas par lui-même le salaire de tous les salaires. A cette espèce d'hommes exceptionnelle appartiennent les artistes et les contemplatifs de toute sorte, mais aussi ces oisifs qui passent leur vie à la chasse, en voyages, en affaires de cœur et en aventures. Ils veulent tous le travail et la peine pourvu qu'ils soient liés au plaisir, et le travail le plus pénible, le plus dur s'il le faut. Ils sont pour le reste d'une paresse résolue, quand bien même cette paresse aurait pour corrélat l'appauvrissement, le déshonneur, l'exposition de sa santé et de sa vie. Ils ne craignent pas tant l'ennui que le travail dépourvu de plaisir : ils ont même besoin de beaucoup d'ennui pour réussir leur travail. Pour le penseur et pour les esprits inventifs, l'ennui est ce désagréable « temps calme » de l'âme qui précède la traversée heureuse et les vents joyeux ; il doit le supporter, il doit attendre qu'il produise son effet sur lui : — voilà précisément ce que les natures plus modeste ne peuvent absolument pas obtenir d'elles-mêmes ! Il est commun de chasser l'ennui loin de soi par tous les moyens : tout comme il est commun de travailler sans plaisir. »

Effectuant des recherches complémentaires à partir de ce passage sur Internet, je découvre que c'est un texte très fortement labellisé "Éducation Nationale" et qu'il est fréquemment soumis à l'étude scolaire — ennuyeuse — par de nombreux lycéens. C'est à noter car je fais tous les jours des recherches littéraires ou philosophiques et c'est pas souvent que les passages que j'étudie ont le tampon "Éducation Nationale"...
A toutes fins utiles, on observera que ce n'est évidemment pas un hasard. Voici un texte qui parle du TRAVAIL, et du SALAIRE et conformément à l'esprit de Nietzsche, on y trouve une certaine description d'un homme aristocratique en opposition avec le vulgaire. Bref, voilà donc, effectivement, un passage qui — pris isolément — a tout pour plaire à l'indigente mission idéologique et politique de l'Éducation Nationale...

Cette observation étant faite, si on sort ce texte de "l'Éducation Nationale" pour le remettre avec les autres dans la grande bibliothèque du monde, ces idées sur l'ennui sont vraiment enrichissantes. Mais malgré tout, ça fait toujours mal de constater que la bibliothèque d'un seul homme lettré (n'importe lequel) est toujours moins idéologique et infiniment plus diversifiée que la bibliothèque de l'Éducation Nationale. Quelle sale obsédée morbide cette pute d'École Nationale au service du mal le plus cristallin !

De plus (2ème partie de la dialectique), il y a une ironie abyssale à étudier ce texte de Nietzsche à l'École étant donné que la forme de l'ennui provoqué par l'École est d'une toute autre nature. Cette autre sorte d'ennui (radicalement opposée), est l'ennui né de l'hétéronomie, du surmoi, des abus de pouvoir, des injonctions extérieures et de conditions carcérales, comme en parle si bien Christiane Rochefort dans 3 citations ci-après :
« L'école a fidèlement évolué, ou muté, en harmonie profonde avec les besoins de l'Industrie et de ses services. En dépit de résistances internes elle est sa pépinière de matériel humain adéquat. Elle est calquée sur ses structures, et les transmet : soumission, compétition, ségrégation, hiérarchisation, et ennui mortel de l'âme. » Christiane Rochefort
« les temples de l'ennui pré-industriel» Christiane Rochefort, à propos de l’école
Ou encore :
« Expropriation du corps.
Bouclé là à six ans, après l'exercice préliminaire de la Maternelle - ambiguë, compliquée, importante, de plus en plus tôt la Maternelle. On tombe sur des chaises dures, et on écoute des mots pendant des heures. Est-ce par hasard que cette jeune créature croissante, cette boule d'énergie neuve, cet explorateur aventureux, est tenu immobile, pétrifié, confiné, réduit par grand soleil à la contemplation de murs, et à la rétention angoissée de la vessie voire du ventre, 6 heures par jour à temps fixe sauf récrés à minutes fixes et vacances à dates fixes, durant 7 années ou plus ? Comment apprendre mieux à s'écraser ? Ça rentre par les muscles, les sens, les viscères, les nerfs, les neurones. C'est une leçon totalitaire, la plus impérieuse n'étant pas celle du prof. La position assise est reconnue néfaste pour la charpente les vaisseaux les canaux, et voilà comment votre Occidental a la colonne soudée, les tubes engorgés les poumons rétrécis des hémorroïdes et la fesse plate. Ça fait un siècle qu'on les voit les enfants gratter les pieds se tortiller, sauter comme des ressorts quand L'HEURE sonne (sans parler de 20 % de scoliotiques). Ces manifestations sont mises au compte de leur turbulence, pas de l'immobilité insupportable qu'on leur impose : le tort sur la victime. Non ce n'est pas un hasard. C'est un dessein, si obscur qu'il soit à ceux qui l'accomplissent. Il s'agit de casser. Casser physiquement la fantastique machine à désirer et à jouir. Que nous sommes, fûmes, avons été, tous, requiem. Tu ne vivras pas, tu n'es pas venu au monde pour ça. La machine est solide et résiste longtemps. Être enfant c'est de l'héroïsme. Cette déclaration fera ricaner ceux qui ont oublié qu'ils ont été des enfants, qui ainsi se trahiront. » Christiane Rochefort

Si l'ennui décrit par Nietzsche peut élever l'homme, l'ennui décrit par Rochefort le fracasse contre un bloc de béton. L'ennui à l'école est cet ennui qui contient les deux acceptions de l'ennui : s'ennuyer d'une part et avoir des ennuis ou être ennuyé par quelqu'un d'autre part. L'ennui à l'École, comme tout ennui provoqué par un pouvoir, donne un ennui étymologique (in odium) : provoquer la haine de soi, de la vie, être un objet de haine. Étymologiquement : mettre quelqu'un dans l'ennui tout en l'ennuyant, c'est le plus fort accélérateur de la haine qui soit (dans toutes les directions : de soi à soi, des autres vers soi-même, puis de soi vers les autres et la vie).

Les récents déscolarisés (qu'ils aient 8 ans ou qu'ils soient retraités), font tous la découverte étrange de ce passage d'un type d'ennui à l'autre : de l'ennui Rochefortien (hétéronome) à l'ennui Nietzschéen (autonome).
Sachons donc philosopher là-dessus avec les bon outils pour les distinguer et entreprendre de cultiver le deuxième, l'accueillir et « attendre qu'il produise son effet sur nous ».

Sylvain Rochex — 7 décembre 2017

 

Super Flux — #BalanceTonPort

containerChaque jour, chaque heure, dans les ports du Havre, de Marseille, de Bordeaux, de Nantes, de Calais, de Nice, de Sète, de La Rochelle, de Douarnenez, de Cherbourg, de Bayonne (…) chaque jour dans tous les ports de France, dans tous les ports de marchandises du monde, des cargos vomissent des montagnes de containers remplis d'objets. Chaque jour, chaque heure, un grouillement massif de camions désagrège cet entassement de marchandises et dans un nuage de diesel nauséabond les amoncelle dans les milliers d'acropoles dédiées au commerce : bazars, boutiques, magasins, entrepôts, hangar, supermarchés, centres commerciaux. Chaque jour, chacun-chacune d'entre nous entre pieusement dans une de ces zone-tampons entre nos maisons et le cargo de marchandises, et s'acquitte du tribut pour participer au désengorgement des rayons croulant sous la camelote, et permettre au prochain camion de venir déverser le nouveau chargement qui arrive déjà. Chaque jour des sacs remplis atterrissent dans nos maisons ; on déballe de façon compulsive cette nouvelle cargaison avec l'adoration conforme au culte de l'avoir, puis déjà on se lasse de la nouveauté évanescente de ces objets inertes et le contenu des sacs se dispatche dans nos ventres, nos frigos, nos placards et armoires, nos caves et greniers… Un objet neuf en remplace un autre guère plus ancien, déjà oublié, jeté ou stocké pour laisser place à la danse frénétique des objets.

Chaque jour, nous remplissons d'autres sacs, de déchets cette fois ; un nouveau flux de camions s'agite au pied de nos maisons pour emmener au plus vite nos ordures et les faire disparaître à nos yeux. On entasse nos vieux vêtements dans un grand sac que l'on dépose chez la voisine en offrande. Des avalanches de colis circulent aux quatre coins du pays, l'un chargé d'une paire de chaussure, l'autre d'un pull porté une semaine, encore un renfermant un appareil photo reçu au précédent Noël et dont on s'est déjà lassé, les objets seconde-main engagent une seconde farandole, disparaissent dans un nouveau trafic. Des bibliothèques libres bourgeonnent dans tous les quartiers, dans tous les villages, pour alléger les maisons qui croulent sous le poids des objets. Des ressourceries pullulent pour accueillir le débordement intarissable d'objets qui  sortent de chez nous, pour laisser place à ceux qui vont entrer. Chaque jour, des incinérateurs carburent sans relâche. Des monticules de papier, de carton, de verre, quand ils ne sont pas brûlés, enflent comme un ventre trop plein dans les centres de retraitement des déchets, pour repartir dans un nouveau circuit, un autre flux, sans fin.

Et puis, en attente, en entrepôt, tout ce qui s'accumule dans les recoins de nos foyers, dans les débarras, en attente tout ce qui repartira, un jour, bientôt, dans ce circuit délirant. Le monde entier est une poubelle en attente.

Le super Flux enfle, le super Flux nous aiguille vers une temporalité affolée, calibre nos agissements en gestes empressés et obsessionnels. Le super Flux est devenu incontournable, référence absolue d'un mode de vivre qui nous attache tous au consumérisme maladif, et à l'acceptation tacite que nous ne sommes pas tellement plus que les maillons d'une chaîne de production et de circulation des marchandises, le super Flux nous envahit jusqu'à l’écœurement, jusqu'à saturation, jusqu'à l'épuisement.

Super Flux et créativité

Au sein de cette temporalité hallucinée, le rythme est imposé par le super Flux incessant de containers et d'objets qui nous inondent chaque jour, partout, sans possibilité d'infléchir ni la cadence ni la quantité. Conséquemment le débit de nos gestes est imposé par cette cadence extérieure sur laquelle, semble-t-il, nous n'avons aucune prise. Notre attention se concentre sur la façon dont nous allons satisfaire dans la précipitation des besoins qui auraient pu éclore avec une plus grande délicatesse, une douceur plus adaptée au temps du monde. Le temps de la réflexion, au cœur de cette pulsation haletante, est avorté, nos gestes deviennent mécaniques à l'image des chaînes de production, et notre fragile créativité s'estompe dans le   tumulte généralisé.

On ne dit pas assez combien une belle idée, avant de s'incarner pour devenir matière, a besoin de s'imprégner de calme et de vent, on ignore que pour naître, comme chaque être, elle a besoin d'un espace qui l'accueille, donc disponible, ouvert, présent, à son écoute, vigilant et attentif. Le super Flux effraie cette sensibilité en attente d'éclore. Notre créativité est écrasée par la masse d'objets qui répondent à des besoins qui n'ont pas encore eu le temps d'apparaître totalement, la disponibilité permanente d'une montagne d'objets autour de nous distrait le processus d'imagination et de conception, l'annihile et l'annule. Notre besoin initial n'est que très incomplètement comblé. Un objet apportera une satisfaction matérielle à un besoin qui était beaucoup plus total.

Créer, c'est modeler la matière dans le monde, mais c'est aussi se connecter à une source vive, c'est être en contact avec une sphère subtile qui déclenche l'inspiration, c'est frôler une dimension qui se rapproche du rêve, où la conscience du monde nous imprègne et nous rend outils au service de la Création. Pour cela nous avons besoin de calme, de concentration, de simplicité, de sobriété. Ce besoin éminemment spirituel est effacé au détriment d'une multitude de besoins prématurés, précipités, falsifiés, qui trompent notre vigilance, empêchent notre méditation créative et récréative, nous envahissent et nous accaparent. Notre attention cherche désespérément le repos pour réaliser ses rêves empêchés par le super Flux. Nos réalisations sont court-circuitées, tronquées, incomplètes. Nous avons ainsi bien du mal à concrétiser nos idéaux de Beauté dans le monde, elle qui attend patiemment le canal humain pour se déployer totalement.

Super Flux et soin

Un lien direct existe entre l'absence de créativité engendré par le super Flux et le soin porté aux objets. Chaque chose est dépourvue de sa dimension totale et seul l'aspect utilitariste lui échoie ; or même si celui-ci n'est pas à négliger, il reste fragmentaire. Tout objet issu du monde de la « Grande Distribution » est dépourvu d'histoire, de connexion avec notre propre univers, étranger à notre intimité profonde, inadapté à nos besoins fondamentaux. Il est une masse inerte qui vient combler un pseudo besoin matériel ET un vide spirituel, mais ne peut le remplir, car le processus de création total est absent. La passerelle permanente bâtie entre esprit et matière, cette trame mise en œuvre dans l'acte de conception et de réalisation  n'existe pas. Les objets ne sont pas pensés par et pour nous, ils sont donc incomplets, leur attrait ne peut être qu'éphémère, nous recherchons un rapport plus absolu avec la matière, nous voulons, par nos gestes pensés, l'empreindre de la substance de nos rêves alliée aux couleurs du monde.

Fondamentalement, donc, nous méprisons ces nuées d'objets qui gravitent autour de nous. Fondamentalement, nous voulons leur donner un sens, offrir une conscience  à leur seule matérialité, animer le monde inerte. Nous voulons relier ces objets à une pratique animée d'âme, de chaleur, de charité, nous voulons les insérer dans un bain de rencontres et d'échanges humains féconds et joyeux, et nous en sommes incapables car leur production répond à d'autres exigences, ils sont inadaptés à la convivialité. Essentiellement, nous sommes incapables d'offrir du soin réel à ces objets qui envahissent nos existences, ils appartiennent à une dimension paralysée dans un fonctionnement matérialiste qui a perdu son sens et tourbillonne dans le néant. Mais nous sommes aussi prisonniers de ce paradigme, et ce paradoxe engendre un comportement maladif : convoitise et rejet insatiables de l'objet, une bipolarité qui se traduit par nos comportements de consommateurs compulsifs qui achetons et jetons sans fin. Le fétichisme de la marchandise est un faux culte apparent rendu à l'inertie du monde, car profondément, intimement, nous aimons bien au-delà la Vie qui se manifeste en toutes choses. Dans cet univers ébahi et envahi par les objets détachés de pratiques vivantes, équarri par des pratiques mortifères, nous étouffons, nous ne savons plus comment déployer le soin réel...

Il semblerait bien que nous ayons, avant toute chose, urgemment besoin de clarifier, soigneusement, attentivement, notre entourage des objets qui nous encombrent, en prenant suffisamment de recul sur notre rôle dans la production du super Flux pour nous en extraire, et retrouver la dimension créative qui donnera consistance et âme aux objets, aux êtres et au monde à venir.

Mathilde, le 16 novembre 2017

A suivre: le Totem de la Poubelle, et des pistes pour prendre soin les uns des autres...

 

La plus grosse part du gâteau... mais c'est normal !​

gateau au chocolatH​Celui-ci a été invité à s'exprimer à la tribune (les pauvres manants de la salle seront invités à lui "poser des questions")  ; celui-ci est prof ; celui-ci est Élu ; celui-ci est prêtre ; celui-ci a touché une prime ; cet autre a touché une subvention ; celui-ci a les clés de la salle et en fait ce qu'il veut ; cet autre reçoit une récompense, une médaille, des honneurs particuliers... Celui-ci peut exister, parler, il est en vue, il est acclamé, il est regardé, il est récompensé... Cet autre est celui qui fixe la règle (le cens), qui peut élever ou rabaisser les autres à sa guise, les bloquer ou les autoriser en fonction de ce qu'il croit juste et ressent... Celui-ci a plus de moyens techniques, plus d'argent pour exhiber ce qu'il veut exhiber, pour créer ce qu'il veut créer... Cet autre est l'homme de l'estrade, l'homme dans le beau costume, l'homme aux dorures, en costard ou dans un blanc virginal, qu'on écoute et qu'on regarde... Bref : celui dont je vous parle a une plus grande part du gâteau, voire dans bien des cas tout le gâteau pour lui tout seul. Il prend le train, sa voiture et rejoint sans cesse des événements, des réunions, des moments, des festivals où il a une meilleure part que les autres : il a toujours ou souvent la plus grosse part du gâteau !

​Les questions que je veux poser c'est : combien d'entre-eux pensent que cette meilleure part est indigne et injuste (et catastrophique) ? Combien d'entre-eux se rendent seulement compte qu'ils ont une meilleure part ? Et parmi ceux qui s'en rendent compte combien essaient de peser pour changer la situation en faveur d'une égalité politique dans laquelle ils perdraient leurs avantages ?
 
​Combien ? Pratiquement aucun. Et à contrario, presque tous pensent que la meilleure part qu'ils ont est juste et qu'il s'agit de la justice même !
Il pense qu'ils sont plus méritants, que ce qu'ils ont en plus, il l'ont parce qu'ils sont meilleurs que les autres. Mais que dis-je !? Il n'y pense même pas, être au dessus des autres est pour eux quelque-chose de naturel, qui coule de source, c'est en fait la vision même qu'ils ont de l'égalité (car pour eux ils vivent en situation d'égalité quoiqu'il se passe). C'est tellement juste pour eux qu'ils aient une plus grosse part du gâteau qu'ils ne voient même plus que leur part est plus grosse, beaucoup plus grosse, énorme ! C'est comme s'ils estimaient en permanence qu'ils ont eu moins que les autres au point initial et qu'à chaque fois qu'un gâteau se présente, ils prennent tout naturellement une compensation qui leur reviendrait de droit. Vouloir plus les autres, avoir plus que les autres, ne leur posent en fait aucun problème puisqu'ils s'estimeraient lésés bien en amont, tout au départ. Et c'est vrai : quand on a l'occasion rarissime de creuser avec eux, on se rend compte qu'ils pensent réellement avoir plus souffert que les autres. Ils peuvent même remonter 4 générations s'il le faut pour trouver un aïeul assassiné ou miséreux, enfin bref, ils finiront toujours par trouver une idée, quelque-chose pour dire qu'ils ont plus souffert que les autres. Mais qu'en savent-ils des souffrances des autres et de la mesure de la souffrance en général ?
 
Je me souviens de cette fois où j'avais constaté qu'un "éco-festival" près de chez moi avait ENCORE invité Yves Paccalet à bavasser dans le micro (l'écrivain politicard soi-disant écolo qui a voyagé avec Cousteau) et j'avais essayé de le contacter directement par téléphone chez lui pour lui faire part de ce genre de vue (Pourquoi encore vous ? et est-ce qu'on pourrait pas plutôt partager la parole entre tous ?). Yves Paccalet, comme Pierre Rabhi, et beaucoup d'autres AUTORISÉS de la parole, fait partie de ces gens toujours invités, qui a plus le droit que les autres de parler (ces gens qui ont toujours tout le gâteau de la parole rien que pour eux). Eh bien, à la suite de cet entretien téléphonique, j'étais resté sur le cul : Monsieur Yves Paccalet m'a clairement répondu ce jour-là : en Aristocrate assumé (du grec Aristos, le meilleur). Il était intimement persuadé d'être meilleur que les autres, que si on lui donnait la parole de la sorte c'est qu'il avait mieux travaillé, qu'il savait mieux parler, mieux synthétiser, mieux exposer, mieux mieux mieux ! Mais ça allait encore plus loin car il m'a répondu en Aristocrate pro-aristocratie — car ce n'est pas forcément toujours le cas —, c'est-à-dire qu'il m'a expliqué que celui qui parle DOIT être le meilleur (et que là le meilleur, en l'occurrence c'était lui). Voilà, je lui téléphonais pour lui exposer ce problème d'avoir une plus grosse part du gâteau, eh bien il m'a répondu qu'il la méritait, et que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles...
 
En ce moment, j'ai le même genre de conversation avec le prêtre Jean-Claude Brunetti ou d'autres suppôts de la maudite Église Catholique, eh bien c'est pareil. Avoir une plus grand part du gâteau est pour eux dans l'ordre des choses. Ils ont un mal fou (et c'est peu dire) à intégrer l'inégalité manifeste, l'injustice manifeste des situations. Toujours pour la même raison : leur vision de l'égalité (qu'ils disent pourtant réaliser !) est toujours décalée. C'est une sorte de vision avec un dispositif déformant qui met une plus grand part pour eux mais qui s'efface aussitôt de leur conscience : je prend la plus grand part mais je ne m'en rends pas compte... ou en tout cas... C'EST NORMAL ET JUSTE !
 
Tout ce que je vous dis là sur "la plus grosse part du gâteau", c'est encore une autre façon de parler des gens de pouvoir : il s'agit de ces gens qui estiment toujours mériter plus que les autres, et que ça serait même une justice, et pas seulement une justice pour eux, mais une justice globale — donc pour les autres aussi !!! —.
 
Ce que nous devons donc tenter de comprendre, nous autres, anarchistes, communistes, égalitaristes,... c'est d'où leur vient ce profond sentiment de justice à ce que les choses soient injustement déplacées en leur faveur ? Pourquoi l'injustice réelle se confond paradoxalement avec la justice fantasmée en leur cœur ?
Quels sont les défauts et les manques vécus au départ pour qu'ils éprouvent le besoin de tout ramener vers eux, parfois pendant toute une vie, sans que ça crée un seul instant selon eux une inégalité insupportable ?
 
Désolé de revenir souvent au nouveau testament, mais j'éprouve le besoin de terminer ce propos par cette vérité Évangélique sur la notion : d'avoir déjà sa récompense (et donc d'être en conséquence délaissé par Dieu). [Matthieu 6 notamment mais aussi en d'autres passages].

Ils sont donc évidemment à plaindre : c'est les plus perdus d'entre-nous. Mais ça n'empêche pas qu'ils nous cassent tous terriblement les couilles, et qu'ils sont — oui, plus que les autres pour le coup — à la base de la destruction de la vie.

Qu'ils s'étouffent !
 
​Sylvain Rochex — 10 novembre 2017

 

L'obsession destructrice et morbide du devenir et du parvenir.

refus de parvenirAu travers de milliers de questions qui nous sont adressées avec insistance et pesanteur, nous comprenons que Le Monde qui nous entoure ne va pas se satisfaire de l'infini qui est en nous et que nous incarnons, que Le Monde qui nous enserre ne veut pas que nous devenions ce que la nature veut que nous devenions. Très rapidement, nous comprenons que nous devons rendre des comptes, que nous devons devenir quelque-chose. Non pas devenir un être humain, comme un caneton devient un canard, et pas non plus devenir un homme ou une femme comme un chevreau devient un bouc et une chevrette devient une chèvre. Non, il nous faut devenir une chose correctement définie pour qu'on puisse nous ranger, pour que d'infini nous devenions fini. Nous forcer à devenir et à parvenir c'est le moyen qu'ont les autres pour nous mettre à leur service et pour qu'on ait besoin de leurs services. L'obsession du devenir permet de créer un réseau d'interdépendance total, constant, forcé, subi et imposé
Car devenir cette chose nous empêchera de devenir un humain. Entre devenir humain et devenir une chose qui satisfera les autres (un travailleur), il s'agit de deux trajectoires totalement différentes voire carrément opposées.
Je te souhaite de devenir un Homme, et non un travailleur. Voilà ce que nous devrions intimer à tous ceux qu'on aime (y compris nous-mêmes). 
L'obsession du devenir et du parvenir se loge en nous par dressage à la carotte et au bâton (par chantage affectif) : on comprend très vite l'immense contentement provoqué autour de nous lorsque l'on se met à se définir ou à avoir des projets lié au devenir, et à l'inverse, on découvre que de ne pas savoir se définir ou de ne pas chercher à devenir quelque-chose de reconnu par la société (et donc de productif) ne va pas sans désagrément et désamour.
 
Et il faut bien voir que nous souffrons rapidement de ces troubles de soi à soi : la rassurance que voudraient nos proches en sachant ce que l'on va faire et ce qu'on va devenir, on l'a rapidement de soi à soi. En effet, ce serait tellement plus simple, plus net, plus clair, d'être quelque-chose de définie, et quelque-chose qui rend service aux autres pour avoir leur amour. On veut qu'on nous fiche la paix ! Résultat : des millions d'adolescentes qui "aiment les animaux" se mettent à dire vers l'âge de 14-15 ans qu'elles veulent faire vétérinaire alors que, bon sang, elles aiment seulement les animaux point barre. Résultat : nous perdons tous des décennies à tenter de répondre à cette question par tous les moyens et nous en perdons du même coup le chemin pour devenir humain. Nous allons de vêtements ridicules en vêtements ridicules, sans jamais revêtir le vêtement de l'Homme qui nous colle pourtant à la peau. Et là, les choses sont très inégales : certains vont perdre 20 ans (seulement !) dans l'obsession du devenir pendant que d'autres n'en reviendront jamais ; jusqu'à leur mort, de succès en succès, c'est-à-dire d'échec en échec, contre vents et marées, ils continueront de tenter de répondre à cette question, ils s'évertueront par tous les moyens de parvenir. Et ils seront crucifiés de regrets avant leur dernier souffle.
Moi qui ai globalement eu une vie de rébellion vis-à-vis de la société, je peux dire que j'y ai quand même passé au moins au total 32 ans (de ma naissance à 2012), même si c'était déjà beaucoup plus tranquille depuis 2006 : j'avais déjà entamé un détachement notoire vis-à-vis de l'obsession du devenir et du parvenir. Depuis 2012, les termes que j'ai employés pour me définir (contraint parfois par l'administration) étaient enfin totalement emprunts de détachement, voire relevaient du jeu : vraiment plus rien à foutre.
En ayant fini avec l'obsession du devenir et du parvenir depuis environ 2012, je peux enfin totalement me consacrer à devenir un Homme, un humain et un homme. Et il n'y a là plus aucune obsession morbide de devenir, plus aucune ascension sociale lié au parvenir, aucun compte à rendre à personne, si ce n'est au cosmos.
Être un Homme, c'est quoi ?
 
1) S'occuper d'avoir un abris. Ce qui implique de le construire et de l'habiter (et de le posséder entièrement). Or, nous ne faisons pas cela.

2) S'occuper de nous chauffer quand les températures baissent. Nous ne faisons pas cela, nous appuyons sur un bouton.

3) S'occuper de nous nourrir. Nous ne faisons pas cela, nous allons à Carrefour ou à Biocoop.

4) S'occuper de boire de l'eau pure. Nous ne faisons pas cela, nous payons un abonnement au syndicat des eaux, nous tournons le robinet et cette eau n'est pas pure.

5) S'occuper de déposer nos excréments et urines de façon à ce qu'ils finissent dans le sol. Nous en soucier. Nous ne faisons pas cela. Nous faisons dans l'eau potable, nous souillons les eaux de surface et l'État s'en occupe tant bien que mal (à notre place). S'occuper de sa merde serait un bon début pour devenir un être vivant.

6) Respirer de l'air pur. Nous ne faisons pas cela, nous acceptons de respirer un air pollué.

7) S'occuper de nous habiller. L'homo sapiens n'ayant plus de poil, il lui faut trouver à se couvrir (à partir de fibres végétales ou animales). Nous ne faisons pas cela, nous allons dans des magasins de vêtement acheter des vêtements tout faits.

8) Pour couvrir tous nos besoins ci-dessus : abris, chaleur, eau pure, air pur, vêtements, nourriture, déposer nos excréments sur le sol, nous avons besoin d'espace et de vivre dans un milieu qui contient de la terre vivante, un écosystème, des arbres et des plantes. Nous ne faisons pas cela, nous vivons dans un milieu stérile, exigu et nous participons chaque jour à destruction des milieux naturels.

9) S'occuper d'avoir des relations avec les autres. Nous ne faisons pas cela car cela implique des rapports d'égalité. Dès qu'une personne détient du pouvoir sur l'autre, ce n'est pas une relation mais une guerre pour la survie et l'égo. Nous ne participons pas à tous le champ de relations qui devrait exister au service des besoins vitaux de chacun.

10) S'occuper de notre âme. Nous ne faisons pas cela, nous nous adaptons à cette société de mort et n'avons pas de temps pour notre âme et notre esprit. Nous suivons les directives de l'État, des guides, des gourous, des leaders, des profs, des dominants, des intellectuels, des aristocrates, des riches, des scientifiques et des religions toutes faites.

11) Disposer du temps (tout notre temps) afin de pouvoir s'occuper de nos besoins vitaux et de notre âme. Nous n'avons pas cela.

 
Mais « La doctrine du Monde » qui nous emporte, c'est de faire du nous des TRAVAILLEURS au service de la machine et de nous empêcher de devenir des Hommes.
C'est pourquoi pour finir, je vous laisse avec des extraits choisis du Chapitre X du texte de Tolstoï « Ma religion » où Tolstoï décrit si bien en quoi nous mourrons (bêtement) dans « la doctrine du Monde » qui est cette obsession du devenir et du parvenir pour assurer son existence.
 
« La majeure partie des malheurs de la vie de l'homme sont provenus uniquement de ce que, contrairement à son inclination, il a suivi la doctrine du monde qui l’attirait.
(...) Et combien de martyrs ont souffert et qui souffrent en ce moment, pour la doctrine du monde, des souffrances qu’il me serait difficile d’énumérer ! (...) Les neuf dixièmes des souffrances humaines sont supportées par les hommes au nom de la doctrine du monde, que toutes ces souffrances sont inutiles et auraient pu ne pas exister, que la majorité des hommes sont des martyrs de la doctrine du monde.
(...) Une des premières conditions de bonheur généralement admises par tout le monde est une existence qui ne rompe pas le lien de l’homme avec la nature, c’est-à-dire une vie où l’on jouit du ciel, du soleil, de l’air pur, de la terre couverte de végétaux et peuplée d’animaux. De tout temps les hommes ont considéré comme un grand malheur d’être privés de tout cela. Voyez donc ce qu’est l’existence des hommes qui vivent selon la doctrine du monde. Plus ils ont réussi, suivant la doctrine du monde, plus ils sont privés de ces conditions de bonheur. Plus leur succès mondain est grand, moins ils jouissent de la lumière du soleil, des champs, des bois, de la vue des animaux domestiques et sauvages. (...) Comme des prisonniers se consolent avec un brin d’herbe qui pousse dans la cour de leur prison, — avec une araignée ou une souris, ainsi ces gens-là se consolent quelquefois avec des plantes d’appartement étiolées,
(...) S’ils ont des enfants, ils se privent de la joie d’être en communion avec eux.
D’après leurs coutumes, ils doivent les confier à des établissements d’instruction publique, de sorte que de la vie de famille ils n’ont que les chagrins — des enfants qui, dès leur jeunesse, deviennent aussi malheureux que leurs parents,
(...) Plus on monte et plus le cercle des hommes avec lesquels il est permis d’entretenir des relations se resserre et se rétrécit ; plus on monte et plus le niveau moral et intellectuel des hommes qui forment ce cercle s’abaisse.
(...) Pour un homme du monde opulent et sa femme, il n’existe que quelques dizaines de familles de la société. Le reste leur est étranger. Pour le ministre et le richard et leur famille — il n’y a plus qu’une dizaine de gens aussi riches et aussi importants qu’eux. Pour les empereurs et les rois, le cercle se resserre encore. N’est-ce pas la détention cellulaire, qui n’admet pour le détenu que des relations avec deux ou trois geôliers ?
(...) Les uns après les autres, ils périssent victimes de la doctrine du monde.
(...) Une vie après l’autre est jetée sous le char de cette idole ; le char passe en broyant leurs existences, et de nouvelles victimes se précipitent, en masse, sous les roues avec des malédictions, des gémissements et des lamentations !
(...) Qu’un homme cesse d’avoir foi dans la doctrine du monde, qu’il ne croie pas indispensable de porter des bottes vernies et une chaîne, d’avoir un salon inutile, de faire toutes les sottises que recommande la doctrine du monde, et il ne connaîtra jamais le travail abrutissant, les souffrances au-dessus de ses forces, — ni les soucis et les efforts perpétuels sans trêve ni repos ; il restera en communion avec la nature, il ne sera privé ni du travail qu’il aime, ni de sa famille, ni de sa santé, et ne périra pas d’une mort cruelle et bête.
(...) Une génération après l’autre s’efforce de trouver la sécurité de son existence dans la violence et de se garantir ainsi la propriété. Nous croyons voir le bonheur de notre vie dans la puissance, la domination et l’abondance des biens. Nous sommes tellement habitués à cela, que la doctrine de Jésus, qui enseigne que le bonheur des hommes ne peut pas dépendre du pouvoir et de la fortune, et que le riche ne peut pas être heureux, nous semble exiger trop de sacrifices. C’est là une erreur. Jésus nous enseigne à ne pas faire ce qui est le pis, mais à faire ce qui est le mieux pour nous, ici-bas, dans cette vie.
(...) Nous faisons pis que l’autruche ; pour établir les garanties douteuses (dont nous-mêmes ne profiterons même pas) d’une vie incertaine dans un avenir qui est incertain, nous compromettons sûrement une vie certaine, dans le présent qui est certain.
(...) Nous sommes tellement habitués à cette chimère des soi-disant garanties de notre existence et de notre propriété, que nous ne remarquons pas tout ce que nous perdons pour les établir. — Nous perdons tout, — toute la vie. Toute la vie est engloutie par le souci des garanties de la vie, par les préparatifs pour la vie, de sorte qu’il ne reste absolument rien de la vie.
Il suffit de se détacher pour un instant de ses habitudes et de jeter un coup d’œil à distance sur notre vie, pour voir que tout ce que nous faisons pour la soi-disant sécurité de notre existence, nous ne le faisons pas du tout pour nous l’assurer, mais uniquement pour oublier dans cette occupation que l’existence n’est jamais assurée et ne peut jamais l’être. Mais c’est peu dire que d’affirmer que nous sommes notre propre dupe, et que nous compromettons notre vie réelle pour une vie imaginaire ; nous détruisons, le plus souvent, dans ces tentatives, cela même que nous voulons assurer.
(...) La doctrine de Jésus, qui enseigne qu’il n’est pas possible d’assurer sa vie, mais qu’il faut être prêt a mourir à chaque instant, est indubitablement préférable à la doctrine du monde, qui enseigne qu’il faut assurer sa vie ; préférable, parce que l’impossibilité d’éviter la mort et d’assurer la vie reste exactement la même pour les disciples de Jésus comme pour ceux du monde ; mais la vie elle-même, selon la doctrine de Jésus, n’est plus absorbée par l’occupation oiseuse des soi-disant garanties de l’existence ; elle est affranchie et peut être vouée au seul but qui lui soit propre, le bien pour soi-même et pour les autres.
(...) Nous avons appelé la pauvreté d’un mot qui est synonyme de calamité, mais, en réalité, est un bonheur, et nous aurons beau l’appeler calamité, elle n’en sera pas moins un bonheur. Être pauvre veut dire : ne pas vivre dans les villes, mais à la campagne ; ne pas rester enfermé dans ses chambres, mais travailler dans les bois, aux champs, avoir la jouissance du soleil, du ciel, de la terre, des animaux ; ne pas se creuser la tête à inventer ce qu’on mangera pour éveiller l’appétit, à quels exercices on se livrera pour avoir de bonnes digestions. Être pauvre, c’est avoir faim trois fois par jour, s’endormir sans passer des heures entières à se retourner sur ses oreillers en proie à l’insomnie, avoir des enfants et ne pas s’en séparer, être en relation avec chacun, et, ce qui est essentiel, ne jamais rien faire de ce qui vous déplaît, et ne pas craindre ce qui vous attend. (...) Être pauvre, c’est précisément ce qu’enseignait Jésus, c’est la condition sans laquelle on ne peut entrer dans le royaume de Dieu ni être heureux ici-bas. » Léon Tolstoï
 
Alors cessons de vouloir devenir et parvenir. Et soyons des Hommes. DONC, des Pauvres. DONC, des bienheureux. Rejoignons la Vie comme elle a toujours été et sera toujours : la Vie Éternelle, c'est-à-dire le Royaume des Cieux.
Oui, le Royaume des Cieux, juste au sommet de la colline, ici-bas,... mais tout là-haut !

Sylvain Rochex

 

La haine du monde

 

jésus« Vous aussi, vous haïrez le monde et tout ce qui est du monde, même si de ce monde est votre père et votre mère et votre fils et votre maison.
 
Comment peut-on concilier l'amour du prochain, c'est-à-dire de tous les hommes, avec la haine du monde c'est-à-dire de tout le monde ?
Il faut pour cela comprendre que la même chose et les mêmes personnes sont en même temps du monde et ne sont pas du monde, que nous mêmes par certains côtés sommes du monde, et par un autre côtés sortis du monde. L'Esprit nous a fait sortir du monde. Il y a des gens qui n'en sont pas sortis et qui méritent notre amour : ils le méritent seulement dans le sens qu'il y a en eux quelque chose qui pourrait sortir du monde. Mais cela par quoi ils adhèrent au monde reste odieux, et cela par quoi ils essaient de nous entraîner avec eux, malgré notre amour pour eux, doit être rejeté comme n'étant pas de nous et n'étant pas d'eux.
Vous devez savoir que chaque être, que chaque homme peut et doit être sauvé, qu'il mérite justice, compréhension et amour, mais qu'aucune foule, qu'aucune masse ne mérite ni estime ni amour. La masse, c'est ce qui est lourd et fait pour tomber ; ce qui est extérieur, c'est-à-dire sec ; ce qui est du bois mort, fait pour être ramassé, comme il vient d'être dit, et mis au feu. Et voici, le feu vient sur les foules et sur les nations, car les foules et les nations ne sont pas faites pour être sauvées, elles n'apportent pas le salut, ne demandent pas le salut, mais le salut peut venir du dedans à chacun des hommes de cette masse, lequel aussitôt sort de la masse comme il est si bien dit : Je vous ai tirés du monde par mon choix. Et aussitôt : Le monde vous hait, car il aime son bien.
 
Si vous aimez d'un amour spirituel, vous serez haï par tous ceux qui n'ont pas ce même amour. Essayez, même en peu, à la mesure de vos petites forces, et vous le saurez. Si vous voulez être aimés du monde, soyez agréables, faites plaisir aux gens et ils vous aimeront. Montrez-vous souriant, correct, cordial, habile, brillant, beau s'il se peut, ou du moins paré et armé. Enrichissez-vous, donnez un très petit peu de votre superflu avec beaucoup d'opportunité à ceux qui peuvent vous le rendre en profit ou en honneur, et tout le monde vous aimera, vous estimera, vous louera. Mais veuillez, non pas le plaisir, mais le bien d'autrui, veuillez qu'en lui croisse l'étincelle spirituelle qui va d'abord le jeter dans le trouble, et vous verrez quelle réponse le monde vous donnera. Vous verrez quelle défiance tous vos efforts rencontreront.
Celui à qui vous vous adressez pensera : « Que me veut-il, celui-là, pourquoi vient-il me troubler, pourquoi m'a-t-il dit cela ? » Celui que vous mettez en confrontation avec ses propres monstres, croyez-vous qu'il vous en sera reconnaissant ? Celui que vous avez dérangé dans ses habitudes commodes, celui en qui vous allumerez des scrupules qui jamais ne lui étaient passés par l'esprit, celui qui commencera à pêcher et à sentir qu'il pèche parce que vous avez passé, tandis qu'avant, comme le dit le Christ : Si je ne leur avais point parlé, ils n'auraient point péché. Mais maintenant ils n'ont plus d'excuse à alléguer pour leur péché. Et saint Paul dit : Autrefois je ne connaissais pas de péché, car je ne connaissais pas la loi, autrement dit : j'étais tellement bien enfoncé dans le péché que le péché pour moi n'existait pas, comme l'air pour nous n'existe pas, vu que nous ne le voyons pas tandis que nous sommes dedans.
Celui à qui nous enseignons qu'une partie de lui-même est autre et doit être rejetée, et c'est justement cette partie de lui-même qu'il appelle moi, et à laquelle il tient de toutes ses forces, de toute sa chair et de tout son cœur, croyez-vous qu'il va vous aimer, celui-là ?
Voilà pourquoi le démon n'est point appelé l'Esprit du mal, mais tout simplement le Prince de ce monde.»

Lanza del Vasto, commentaire de l'Évangile, 1948
 
Dans le même livre, Lanza poursuit :
« Vous haïrez le monde. Et haïssant le monde, vous ne haïrez personne, car le monde ce n'est personne, car la masse, car la foule, ce n'est personne. Vous aimerez le prochain, c'est-à-dire tout le monde, et vous haïrez le monde, c'est-à-dire ce qui est autre. Vous qui aimez, vous n'êtes pas du monde, et vous connaîtrez en vous-même et dans les autres ce qui est du Même et ce qui est autre. Également en vous-même et dans l'autre, vous haïrez ce qui est autre : impur, extérieur, apparent, et vous ne haïrez rien en haïssant le monde et en le rejetant, car vous haïrez là le contraire de l'être, vous haïrez l'ombre, vous haïrez l'erreur, vous nierez la négation, donc vous entrerez dans l'Être et dans la vérité. »
 
Et je poursuis avec ce texte divin de Charles Péguy :
 
« Il faut se sauver ensemble. Il faut arriver ensemble chez le bon Dieu. Il faut se présenter ensemble. Il ne faut pas arriver trouver le bon Dieu les uns sans les autres. Il faudra revenir tous ensemble dans la maison de notre père. Il faut aussi penser un peu aux autres ; il faut travailler un peu (les uns) pour les autres. Qu’est-ce qu’il nous dirait si nous arrivions, si nous revenions les uns sans les autres. »
 
Une question suprême vient :
Est-ce que ce mot divin de Péguy est en contradiction avec le propos de Lanza : « le feu vient sur les foules et sur les nations, car les foules et les nations ne sont pas faites pour être sauvées » ?

Pas du tout et justement tout est là ! Il suffit pour s'en rendre compte de relire le texte de Tolstoï :

Unis dans l'erreur :
 
« Les hommes unis entre eux par l’erreur forment pour ainsi dire une masse compacte. La force d’attraction qui unit les atomes de cette masse est précisément le mal répandu dans le monde. Toute l’activité raisonnable de l’humanité a pour objet de dissoudre la force d’attraction de la masse.

Toutes les révolutions sont des tentatives de briser cette masse par la violence. Les hommes se figurent que s’ils martèlent cette masse, elle se brisera, et ils la battent en brèche ; mais, en s’efforçant de la briser, ils ne font que la forger.

Ils auront beau la marteler, la cohésion des atomes persistera jusqu’à ce qu’une force intérieure se communique à chacun des atomes et leur donne une impulsion qui désagrège la masse.

La force qui enchaîne les hommes est le mensonge et l’erreur ; la force qui détache chaque individu de la masse inerte humaine est la vérité. Or la vérité ne se transmet aux hommes que par des actes de vérité.

Seuls les actes de vérité, en introduisant la lumière dans la conscience de chaque homme, dissolvent l’homogénéité de l’erreur, détachent un à un de la masse les hommes soudés entre eux par la force de l’erreur. »

Léon Tolstoï

 D'ailleurs Lanza dit la même chose (— il est toujours troublant de constater comment tous ceux qui disent la vérité parle d'une seule voix —) :
« mais le salut peut venir du dedans à chacun des hommes de cette masse, lequel aussitôt sort de la masse »
 
​Nous devons donc, CHACUN, nous détacher de la masse par des actes de vérité et avoir pour cela le courage de nous faire haïr en conséquence (et donc de tout perdre).
Et nous devons veiller et œuvrer pour que CHACUN réussisse à faire cela, afin que la masse meure tout à fait, afin de nous sauver ensemble et « arriver ensemble chez le bon Dieu ».
 
Une bonne fois pour toute : c'est quoi RÉUSSIR ? ÉCHOUER ? Pourquoi les parents veulent-ils toujours que leurs enfants réussissent DANS LE MONDE alors que sur le plan spirituel cela est toujours une condamnation.
Vouloir que son enfant réussisse véritablement, c'est plutôt vouloir qu'il se détache de la masse : mais ni par le haut, ni par le bas, ... mais PAR LA VÉRITÉ de ses actes et de sa parole.
Les hommes sont unis dans l'erreur et le mensonge par la loi de l'argent. Se détacher de la masse, c'est abolir la loi de l'argent.
Et donc, pour finir, vouloir sincèrement le bonheur de son enfant (et le sien), c'est suivre à la lettre le texte des béatitudes pour soi comme pour son enfant.

Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux.
Heureux les affligés, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils posséderont la terre.
Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement contre vous toute sorte d'infamie à cause de moi.
Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux : c'est bien ainsi qu'on a persécuté les prophètes, vos devanciers.

 

Une cause des causes : la peur du vide.

 

l'espace vide peter brookDans la période où je lisais des bouquins théoriques sur le théâtre, j'avais été très marqué et transporté par L'ESPACE VIDE de Peter Brook. En substance : pour que quelque chose de neuf puisse advenir, il faut toujours un espace vide.
 
Des années plus tard, en réaction au bordel intégral qu'est ce monde, je suis constamment au contact des concepts d'entropie et de néguentropie et je scande au quotidien la quantité d'énergie incroyable contenue dans le moindre objet inutile et/ou oublié ou encore dans ce type d'objet qu'on garde soi-disant parce qu'on ne sait jamais, ça pourrait servir un jour. (Je dis soi-disant parce que la vraie raison est notre peur du vide)​
 
Car le déséquilibre est total : les gens sont obnubilés par le fait d'ajouter, d'ajouter et d'ajouter encore et toujours. Enlever, retirer, faire disparaître leur coûtent énormément. Nous ajoutons un milliard de fois plus que nous retirons. (Je dis 'un milliard' pour donner une idée mais ce n'est pas tellement chiffrable et c'est sans doute beaucoup plus).
Et les gens ont un milliard de fois plus l'impression de travailler, d’œuvrer, de faire quelque-chose d'important s'ils font apparaître une chose qui n'était pas là quelques instants auparavant (y compris des objets virtuels). Faire apparaître un objet inutile nous paraît in fine toujours plus utile que de ne rien faire apparaître. Passer du temps à enlever, retirer, faire du vide coûtent tellement aux gens émotionnellement que cette activité est terriblement rare. Pour beaucoup cette activité intervient uniquement pour éviter l'étouffement morbide, quand ça déborde tellement qu'ils ne peuvent plus faire un pas ou qu'ils ne retrouvent vraiment plus rien. Pour beaucoup passer constamment 15 minutes à chercher un objet est la normalité, c'est seulement quand ce temps passe à 1 heure qu'ils se décident (parfois) à réagir...
Il faut dire que la loi de l'argent va également dans ce sens, dans celui de LA PRODUCTION. Produire, produire, produire. Ajouter, ajouter, ajouter. Créer, créer, créer ! Malheureusement, dans l'enfance, c'est quand nous faisions apparaître quelque-chose (et non l'inverse) que nous récoltions des félicitations et l’émerveillement de nos proches...
 
Pensons un instant à tout le bien (moral) dont nous entourons le mot et l'idée de CRÉATION. L'idée de CRÉATION nous fait devenir l'égal de Dieu qui créa le monde, le ciel et la terre (Genèse). Dieu, c'est le créateur ! Pour être quelqu'un de bien (qui se rapproche de Dieu), il faut donc créer ! Si tu œuvres pour faire disparaître : tu es soit invisible, ou plutôt carrément le méchant du film, tu es tout comme la faucheuse ! Tu es l'inverse de Dieu qui, lui, est créateur ! Si Dieu est le créateur, qui donc est le dé-créateur ? Satan ?

Et si, reprenant Peter Brook, Dieu était plutôt celui qui avait justement été capable de faire du VIDE afin que quelque-chose puisse advenir ? Avec ce changement de point de vue : le vide est premier ou à minima en équilibre parfait. Dans ce point de vue, l’œuvre extrinsèque surprenante et improbable pourrait bien être le vide plutôt que le plein. Ne dit-on pas d'ailleurs que la nature a horreur du vide (et cela constitue des lois physiques bien réelles) ? Or Dieu n'est pas la nature ! Dieu est celui qui a été capable de créer le vide dont avait besoin la nature. La nature (la matière) avait besoin de se repaître de vide pour croître et Dieu la lui fournit.
Dieu est certes le créateur, mais créateur du VIDE nécessaire  (donc peut-être le dé-créateur)!!! Ainsi, si nous voulons vraiment suivre Dieu, nous devons augmenter notre capacité à créer du VIDE.
 
Mais les gens développent mille et une techniques psychologiques afin de s'autoriser à ajouter et puis à conserver : il faut remplir à tout prix. Tout l'espace.
 
Imaginons quelqu'un de désœuvré, de désorienté, mais qui se sent poussé à l'activité par la société ou par ses proches. La probabilité pour qu'il concentre son énergie dans une action visant à faire du vide, à retirer, à faire disparaître est quasi-nulle. Nous avons un mal fou à nous échanger pour du vide, nous cherchons constamment à nous échanger pour du plein, à faire émerger quelque-chose de VISIBLE, de CONCRET, qui va S'AJOUTER, que l'on va pouvoir MONTRER. Quitte, dans de très nombreux cas, à mettre sur pied n'importe quoi, d'inutile et d'encombrant, voire de dangereux : le simple fait de pouvoir montrer au autres qu'on a su ajouter et remplir, que l'on a été créateur, nous rassure.
 
Chacun, dans son domaine, passe sa journée à remplir : on en met littéralement de partout.
Pensons aussi à ce vieux mépris de classe envers "la femme de ménage"... alors que si cette personne ne réalisait pas cette œuvre, rien ne pourrait advenir ensuite. Qui est Dieu, hein ?!
 
Pire que des objets inutiles, beaucoup peuvent rester des mois et des mois, voire des années, avec toutes sortes d'encombrants et de déchets devant leur porte, dans ou autour de leur habitat. Au bout d'un moment, ce type d'objet s'ancre dans le paysage comme un rocher ou un arbre, on ne les voit plus. Ce pot de peinture vide dégueulasse et toxique, cette caisse en plastique cassée, cette visseuse en panne, cette vieille peluche, ce lustre débranché, cette chambre à air, ce gobelet en plastique, cette boîte de clou rouillés, ce bouchon de feutre par terre, cette éponge usagée, ce porte-manteau cassé, ces bris de verre, ce vieux hamac tout pourri, etc. etc. (x 999999) resteront à la même place pendant quatre ans, voire même dix ans.
 
Pourquoi toute cette merde est tellement fixe ? Pourquoi même quand on se décide à faire du vide pour éviter l'étouffement ou l'empoisonnement, ça revient ensuite si vite ? Apparemment, nous avons une abyssale peur du vide (= à la peur de la mort ?) couplé à un besoin de remparts et de régressivité placentaire. Nous avons une tendance à nous enfermer dans une bulle d'objets.
En ce qui concerne les choses vivantes, c'est un peu pareil et là, c'est très confortable, nous avons la morale de notre côté : en nous posant comme les ennemis de la mort et du crime, nous obtenons le droit qu'on ne touche absolument à rien.
Si l'homme ne touchait pas régulièrement la limite physique pour sa survie de ce comportement il continuerait à l'infini : il baignerait dans un océan infini d'objets, d'animaux, et de plantes.
Et nous osons parfois parler de DESTRUCTION quand un centre commercial s'installe sur un terrain. Car il faut donc bien voir que ce que nous nommons DESTRUCTION n'en est pas et qu'il s'agit avant tout de CONSTRUCTION. Quand une société "détruit" une forêt pour faire un parc d'attraction, il y a CONSTRUCTION, apparition de quelque-chose qui n'était pas là avant. On peut petit à petit comprendre que nous manquons justement cruellement de DESTRUCTION et que si nous avons le sentiment de nous détruire, c'est que, paradoxalement, nous nous arrêtons jamais de CONSTRUIRE, d'échafauder, de mettre au point, de créer. Jamais nous créons le vide nécessaire à la nature pour qu'elle reprenne ses droits comme Dieu le fait. Si notre environnement est DÉTRUIT, c'est parce que nous ne savons pas arrêter notre frénésie créatrice !
Nous nous détruisons car nous avons un problème avec le vide, avec l'épuration, avec la disparition. Nous nous détruisons parce que nous construisons sans cesse.
Bien-sûr le parallèle vient vite avec les notions de silence, de jeûne, et d'immobilité (qui sont seulement d'autres versions du vide).
Nous sommes inondés par les Bouddhismes Marchands alors que nous sommes aux antipodes de la base de l'équilibre présent dans le Yin et le Yang. La vie est en équilibre avec la mort, le plein avec le vide, la parole avec le silence, la nourriture avec le jeûne, la veille avec le sommeil, le mouvement avec l'immobilité etc. etc. Yin et Yang.
Et si le mal premier de l'humanité était notre incapacité au vide, à nous taire et à nous arrêter ?
(Et c'est aussi pourquoi un terrain constructible est en fait un terrain destructible...)
 
Sylvain Rochex - 20 octobre 2017
 

J'ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s'est rapproché pour voir ce qui se passait. Christian Bobin

 

Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où les mites et la rouille détruisent et où les voleurs percent les murs pour voler, mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où les mites et la rouille ne détruisent pas et où les voleurs ne peuvent pas percer les murs ni voler ! En effet, là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. Matthieu 6.19-20-21

 

Interdits de vivre

mammonInterdit de vivre. Nous sommes interdits de vivre. Quand allons-nous oser l'affirmer, le marteler, collectivement, jusqu'à ce que le mur tombe ? Quand allons-nous nous concentrer ensemble sur ce point au lieu de nous disperser et de servir la loi de l'argent ?

C'est nous, nos vies à chacun et à tous, ou bien les banques. L'un ou l'autre. Eh bien, ce sera les banques !
 
Quand tu regardes les lois — car l'éveillé regarde les lois, il les contemple comme pur joyau du mal, comme expression pur du mal — l'information peu à peu rentre en toi, horrifié, terrifié, le constat s'impose : il est absolument, totalement, interdit de vivre, seules comptent les banques et la loi de l'argent.

Toutes les lois concourent, convergent, s'agencent, se structurent, se répondent, s'entrelacent, s'harmonisent, s'imbriquent, se superposent, se maximisent, se connectent, se renforcent, au service d'une seule en définitive : celle de l'argent. Le but des lois EST la loi de l'argent.

Toutes les lois sont là pour installer des cadenas, des apories, des impasses, sur tous les chemins de vie imaginables. Si on veut que les gens suivent la loi de l'argent, et uniquement elle, il faut les bloquer sur la totalité des points où ils pourraient choisir la vie plutôt que l'argent. Toutes les lois forment donc un système qui sert à structurer le réel avec des milliards et des milliards d'impasses et de voies de retournement, permettant de ramener chacun d'entre-nous sur les grands boulevards du fric.
Et il ne s'agit pas qu'il manque un seul verrou, car si un seul venait à manquer, ça ferait comme un trou dans une bulle d'air. C'est pour ça que les gouvernements s'échinent à édicter tous les jours de nouvelles lois afin de (re)boucher tout de suite le moindre trou en train d'apparaître — et c'est pour cela que le volume de nos lois ne cessent de croître de façon exorbitante depuis des lustres —.

Tout ça fonctionne car la masse des individus ne s'aventure pas, n'essaye même pas et reste sur les grands boulevards du fric. La vie a été remplacée intégralement par la loi de l'argent. La loi de l'argent est donc leur milieu, ils sont donc dans la loi de l'argent comme des poissons dans l'eau de l'océan.
Car s'ils savaient — (de sapio, sapiens) — à quel point ils sont radicalement interdits de vivre, le statu-quo de la loi de l'argent s'effondrerait instantanément.

 
Celui qui ne s'essaie pas à vivre et qui fait ce qu'il convient de faire (pour la loi de l'argent toujours !), et qui dit ce qu'il convient de dire (pour la loi de l'argent toujours !) ne peut pas comprendre ce que j'exprime ici. Car sur les grands boulevards du fric, tout reste globalement fluide et apparemment facile. Si vous suivez la loi de l'argent, vous évoluez dans le monde avec ce qui est autorisé. Vous êtes donc constamment autorisé, vous avez le droit de. La courbe de progression de vos droits se superpose en touts points à la courbe de progression de votre allégeance à la loi de l'argent. Quand vous êtes totalement soumis à la loi de l'argent, vous avez TOUS les droits (et réciproquement, quand vous êtes totalement opposé à la loi de l'argent, vous n'en avez aucun).
Quand vous suivez la loi de l'argent, toutes vos actions rentrent comme dans du beurre laissé en plein soleil, ce qui a pour effet de conforter votre sensation d'être dans le vrai, le juste et le beau et vous finissez par aimer la loi de l'argent puisque grâce à elle toutes les portes s'ouvrent. Il est donc très facile de confondre la loi de l'argent avec la loi de la vie puisque au premier abord : droits, avantages, privilèges, fluidité, réussite, possessions, jouissances, et mouvements, tout cela nous évoque organiquement la vie MAIS : « Le diable transporta Jésus encore sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire et lui dit: "Je te donnerai tout cela, si tu te prosternes pour m'adorer." » (Matthieu 4.1-11 : tentations de Jésus).
En adorant Satan : on réussit ! La gloire du monde est pour nous ! Bingo !

De la même manière, il est très facile de prendre les cruelles difficultés qu'on ressent quand on prend le chemin de vie pour le signe d'une erreur d'orientation et de jugement. Effectivement, si faire le choix de la vie, nous mène constamment dans l'impasse, le constat est rude et mortel... MAIS aussi mortel que Jésus mourut sur sa croix, lequel comme chacun sait, n'est PAS mort car il a ressuscité. Car c'est cela la résurrection du christ : choisir la vie qui est en apparence la mort, c'est-à-dire l'impasse, car la vie s'oppose à la loi du monde qui est la loi de Satan.

Car, si on choisit la vie, c'est bien la vie que nous obtiendrons, même si les apparences sont toujours trompeuses. C'est aussi pour cela qu'il est écrit : Les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers.
Et c'est aussi pour toutes ces raisons que le texte des béatitudes est un des plus suprêmes. Les béatitudes auraient pu contenir l'assertion suivante : Heureux celui qui est dans l'impasse, car il aura un boulevard.
 
Le mouvement pour la vie qui se dessine est donc clair : œuvrer pour qu'il y ait toujours moins de monde sur les grands boulevards du fric et qu'on soit toujours plus nombreux face aux impasses et qu'on mette fin du même coup au déni et à la dénégation de ce qui nous fait face.
 
Et il y a des sujets pour lesquels l'absurdité du mal est particulièrement prégnante et caricaturale. La rencontre humaine, l'expression, le partage en est un, l'habitat, un autre.
 
Prenons l'habitat (étant donné que je parle encore plus fréquemment du sujet de la rencontre humaine).
Concernant l'habitat, TOUTES nos lois ne concourent qu'à une seule chose : amener tout le monde, soit à vendre sa force de travail en s'aliénant dans un rôle pendant au moins 20 ans et/ou à prendre un crédit dans une banque pour le seul fait d'avoir un toit sur la tête.
 
Même si je suis à l'écrit, je vais répéter à l'identique ce que je viens d'écrire pour être sûr que vous le lisiez deux fois : "Concernant l'habitat, toutes nos lois ne concourent qu'à une seule chose : amener tout le monde, soit à vendre sa force de travail en s'aliénant dans un rôle pendant au moins 20 ans et/ou à prendre un crédit dans une banque pour le seul fait d'avoir un toit sur la tête."
 
Comment se fait-il que nous ne parvenons pas à nous focaliser collectivement sur ce point ABSURDE et gorgé de mal jusqu'à la lie ?! Comment se fait-il qu'un PEUPLE accepte cet état de chose scandaleux au dernier degré ?! Comment se fait qu'individuellement et collectivement nous acceptons que nos vies soient offertes aux banques et aux capitalistes uniquement par le truchement de lois absurdes qui empêchent de vivre ?

​Quiconque quitte les boulevards du fric et la loi de l'argent pour chercher la vie fera le même parcours concernant l'habitat. Les notions rencontrées au travers des lois seront toujours les mêmes : terrain agricole ou naturel, abri de jardin, « abri de moins de 20² », « abri moins de 5m²»,  « En tant qu'agriculteur », « Qu'a-t-on le droit de faire sur un terrain non-constructible ? », caravane, roulotte, camion, yourte, tipis, pilotis, "flottant", prérogatives du maire, ...

​Nous sommes des centaines de milliers, chercheurs de vie, à ​manipuler constamment ces notions dans tous les sens, à la recherche de LA solution, de LA bonne stratégie, alors qu'il n'y en a pourtant aucune. Car s'il y en avait une, tous les chercheurs de vie s'y seraient engouffrés depuis longtemps et tout le monde aurait fini par suivre. Pourquoi se refuser ce constat mortel ? Parce que ça fait trop mal au cœur ?
Concernant l'habitat, toutes les lois concourent JUSQU’À L'ABSURDE COMPLET, à ce que nous soyons tous radicalement INTERDITS DE VIVRE.
Si nous pouvions vivre, si nous pouvions quitter la loi de l'argent, s'il y avait une seule solution LÉGALE viable : tout le monde s'y engouffrerait, et ça ferait comme je le disais : un trou dans la bulle d'air, irrécupérable pour la loi de l'argent et des banques.
 
Et puis pourquoi faisons-nous à ce point-là les niais et les naïfs ? Nous savons bien que depuis des lustres, d'autres, avant nous, ont essayé de faire apparaître des trous et que c'est justement leurs actes qui ont permis, pour les gouvernements, de mettre au point de nouvelles lois afin de créer les nouvelles impasses nécessaires au maintien de la loi de l'argent.
A chaque nouveau commencement de trou vers le chemin de vie, en réaction, une nouvelle lois vient y mettre un terme instantanément.
 
On retrouve donc le même problème psychologique (individuel et collectif) que pour les autres sujets : tant que les individus ne valident pas l'horreur absolue et abyssale de la situation et continuent avec les illusions et le déni, ça continuera. Tant que les individus n'auront pas le courage de brandir sans faiblir, sans fléchir, cette certitude que nous sommes radicalement interdits de vivre, et que nous vivons dans la pire dictature qui soit depuis la nuit des temps, rien de bougera d'un iota. Car ce système vit de notre tendance à nous satisfaire de l'illusion de vie. Tant que nous ne serons pas un nombre substantiel-critique à affirmer que la vie est autre chose que l'état de chose actuel, rien de bougera. Tant que nous nous satisferons, même bon an mal an, de l'état de chose, rien ne bougera. Tant qu'il n'existera pas en chacun de nous un incommensurable NON, PERMANENT, rien ne bougera.
 
Rien ne bougera : la réalité restera opposée à la vie et à l'amour.
La réalité restera la matérialisation constante de la loi de l'argent. Nous continuerons de vivre en Enfer.
 
Sylvain Rochex, 19 octobre 2017.​

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