La plus grosse part du gâteau... mais c'est normal !​

gateau au chocolatH​Celui-ci a été invité à s'exprimer à la tribune (les pauvres manants de la salle seront invités à lui "poser des questions")  ; celui-ci est prof ; celui-ci est Élu ; celui-ci est prêtre ; celui-ci a touché une prime ; cet autre a touché une subvention ; celui-ci a les clés de la salle et en fait ce qu'il veut ; cet autre reçoit une récompense, une médaille, des honneurs particuliers... Celui-ci peut exister, parler, il est en vue, il est acclamé, il est regardé, il est récompensé... Cet autre est celui qui fixe la règle (le cens), qui peut élever ou rabaisser les autres à sa guise, les bloquer ou les autoriser en fonction de ce qu'il croit juste et ressent... Celui-ci a plus de moyens techniques, plus d'argent pour exhiber ce qu'il veut exhiber, pour créer ce qu'il veut créer... Cet autre est l'homme de l'estrade, l'homme dans le beau costume, l'homme aux dorures, en costard ou dans un blanc virginal, qu'on écoute et qu'on regarde... Bref : celui dont je vous parle a une plus grande part du gâteau, voire dans bien des cas tout le gâteau pour lui tout seul. Il prend le train, sa voiture et rejoint sans cesse des événements, des réunions, des moments, des festivals où il a une meilleure part que les autres : il a toujours ou souvent la plus grosse part du gâteau !

​Les questions que je veux poser c'est : combien d'entre-eux pensent que cette meilleure part est indigne et injuste (et catastrophique) ? Combien d'entre-eux se rendent seulement compte qu'ils ont une meilleure part ? Et parmi ceux qui s'en rendent compte combien essaient de peser pour changer la situation en faveur d'une égalité politique dans laquelle ils perdraient leurs avantages ?
 
​Combien ? Pratiquement aucun. Et à contrario, presque tous pensent que la meilleure part qu'ils ont est juste et qu'il s'agit de la justice même !
Il pense qu'ils sont plus méritants, que ce qu'ils ont en plus, il l'ont parce qu'ils sont meilleurs que les autres. Mais que dis-je !? Il n'y pense même pas, être au dessus des autres est pour eux quelque-chose de naturel, qui coule de source, c'est en fait la vision même qu'ils ont de l'égalité (car pour eux ils vivent en situation d'égalité quoiqu'il se passe). C'est tellement juste pour eux qu'ils aient une plus grosse part du gâteau qu'ils ne voient même plus que leur part est plus grosse, beaucoup plus grosse, énorme ! C'est comme s'ils estimaient en permanence qu'ils ont eu moins que les autres au point initial et qu'à chaque fois qu'un gâteau se présente, ils prennent tout naturellement une compensation qui leur reviendrait de droit. Vouloir plus les autres, avoir plus que les autres, ne leur posent en fait aucun problème puisqu'ils s'estimeraient lésés bien en amont, tout au départ. Et c'est vrai : quand on a l'occasion rarissime de creuser avec eux, on se rend compte qu'ils pensent réellement avoir plus souffert que les autres. Ils peuvent même remonter 4 générations s'il le faut pour trouver un aïeul assassiné ou miséreux, enfin bref, ils finiront toujours par trouver une idée, quelque-chose pour dire qu'ils ont plus souffert que les autres. Mais qu'en savent-ils des souffrances des autres et de la mesure de la souffrance en général ?
 
Je me souviens de cette fois où j'avais constaté qu'un "éco-festival" près de chez moi avait ENCORE invité Yves Paccalet à bavasser dans le micro (l'écrivain politicard soi-disant écolo qui a voyagé avec Cousteau) et j'avais essayé de le contacter directement par téléphone chez lui pour lui faire part de ce genre de vue (Pourquoi encore vous ? et est-ce qu'on pourrait pas plutôt partager la parole entre tous ?). Yves Paccalet, comme Pierre Rabhi, et beaucoup d'autres AUTORISÉS de la parole, fait partie de ces gens toujours invités, qui a plus le droit que les autres de parler (ces gens qui ont toujours tout le gâteau de la parole rien que pour eux). Eh bien, à la suite de cet entretien téléphonique, j'étais resté sur le cul : Monsieur Yves Paccalet m'a clairement répondu ce jour-là : en Aristocrate assumé (du grec Aristos, le meilleur). Il était intimement persuadé d'être meilleur que les autres, que si on lui donnait la parole de la sorte c'est qu'il avait mieux travaillé, qu'il savait mieux parler, mieux synthétiser, mieux exposer, mieux mieux mieux ! Mais ça allait encore plus loin car il m'a répondu en Aristocrate pro-aristocratie — car ce n'est pas forcément toujours le cas —, c'est-à-dire qu'il m'a expliqué que celui qui parle DOIT être le meilleur (et que là le meilleur, en l'occurrence c'était lui). Voilà, je lui téléphonais pour lui exposer ce problème d'avoir une plus grosse part du gâteau, eh bien il m'a répondu qu'il la méritait, et que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles...
 
En ce moment, j'ai le même genre de conversation avec le prêtre Jean-Claude Brunetti ou d'autres suppôts de la maudite Église Catholique, eh bien c'est pareil. Avoir une plus grand part du gâteau est pour eux dans l'ordre des choses. Ils ont un mal fou (et c'est peu dire) à intégrer l'inégalité manifeste, l'injustice manifeste des situations. Toujours pour la même raison : leur vision de l'égalité (qu'ils disent pourtant réaliser !) est toujours décalée. C'est une sorte de vision avec un dispositif déformant qui met une plus grand part pour eux mais qui s'efface aussitôt de leur conscience : je prend la plus grand part mais je ne m'en rends pas compte... ou en tout cas... C'EST NORMAL ET JUSTE !
 
Tout ce que je vous dis là sur "la plus grosse part du gâteau", c'est encore une autre façon de parler des gens de pouvoir : il s'agit de ces gens qui estiment toujours mériter plus que les autres, et que ça serait même une justice, et pas seulement une justice pour eux, mais une justice globale — donc pour les autres aussi !!! —.
 
Ce que nous devons donc tenter de comprendre, nous autres, anarchistes, communistes, égalitaristes,... c'est d'où leur vient ce profond sentiment de justice à ce que les choses soient injustement déplacées en leur faveur ? Pourquoi l'injustice réelle se confond paradoxalement avec la justice fantasmée en leur cœur ?
Quels sont les défauts et les manques vécus au départ pour qu'ils éprouvent le besoin de tout ramener vers eux, parfois pendant toute une vie, sans que ça crée un seul instant selon eux une inégalité insupportable ?
 
Désolé de revenir souvent au nouveau testament, mais j'éprouve le besoin de terminer ce propos par cette vérité Évangélique sur la notion : d'avoir déjà sa récompense (et donc d'être en conséquence délaissé par Dieu). [Matthieu 6 notamment mais aussi en d'autres passages].

Ils sont donc évidemment à plaindre : c'est les plus perdus d'entre-nous. Mais ça n'empêche pas qu'ils nous cassent tous terriblement les couilles, et qu'ils sont — oui, plus que les autres pour le coup — à la base de la destruction de la vie.

Qu'ils s'étouffent !
 
​Sylvain Rochex — 10 novembre 2017