Hestia et Hermès

Un texte important de Jean-Pierre Vernant (40 pages). A l'heure actuelle, les gens n'ont avec eux, ni Hestia, ni Hermès. Pas de foyer, pas de centre permanent, pas d'habitat où l'homme s'occupe de lui-même et se maintient. Quant à Hermès, il a été tué par l'esprit de censure et de clôture (par la fausse démocratie et « la société du spectacle»), et par "Internet" et la disruption.

P.S : Si une chose comme « Nuit Debout » fut vouée à se terminer très rapidement c'est parce que ses acteurs ont tenté de convoquer Hermès tout seul, sans Hestia, c'est-à-dire sans oïkos patronné par Hestia directement à proximité de l'agora pour chacun d'eux (donc une commune-polis digne de ce nom). Seule Hestia aurait pu leur permettre d'être toujours sur la place le 25 juillet et ensuite. C'est une autre manière de dire ce que je disais déjà le 30 juin 2016 en expliquant que Nuit Debout était forcément en train de s'achever car tous ses acteurs étaient des gens branchés sur la temporalité étatique-scolaire c'est-à-dire sur « la mobilisation infinie » (dont parle Sloterdijk) qui déracine continuellement. Et c'est là toute la différence (de pérennité) entre « Nuit Debout » et « la ZAD de Notre Dame des Landes ». Si ça fonctionne beaucoup mieux pour la deuxième expérience c'est parce que Hestia et Hermès sont adossés l'un à l'autre comme à la statue de Zeus. C'est une véritable commune qui s'est édifiée à la ZAD de Notre Dame des Landes ; rien à voir avec "la manif prolongée jusqu'aux vacances" qu'a été Nuit Debout (et qui n'aurait pu jamais devenir une commune pour la bonne et simple raison qu'il est impossible de semer des patates et des courges pour tout le monde ou de tenter l'habitat libre en plein Paris et d'avoir une quelconque liberté d'action dans nos mégalopoles — qui sont des aboutissements suprêmes de 150 ans de décisions en faveur de l'hypercontrôle —).