I) « Tout mouvement de libération de l'homme ne saurait plus passer maintenant que par une déscolarisation.»

Ivan Illich

II) « L'oppression des enfants est première, et fondamentale. Elle est le moule de toutes les autres. »

Christiane Rochefort

III) « Quels enfants allons-nous laisser à la planète ? »

Jaime Semprun

IV) « Non plus créer des écoles alternatives, mais des alternatives à l’école »

John Holt

V) « Notre principale menace aujourd'hui est le monopole mondial de domination scolaire sur l'esprit des hommes. »

Everett Reimer

VI) « Ce qui me paraît le plus insupportable, c'est que l'école me séparait de moi-même. »

Christian Bobin

VII) « Plus l’homme se connaît par la voie officielle, plus il s’aliène »

Raoul Vaneigem

VIII) « Je perçois l'école non pas comme une institution qu'il faut réformer et perfectionner, mais comme une prison qu'il faut détruire. »

Cornélius Castoriadis

IX) « Ce qui abrutit le peuple, ce n'est pas le défaut d'instruction mais la croyance en l'infériorité de son intelligence. »

Jacques Rancière

X) « Prisonnier de l'idéologie scolaire, l'être humain renonce à la responsabilité de sa propre croissance et, par cette abdication, l'école le conduit à une sorte de suicide intellectuel. » Ivan Illich

XI) « Les hommes qui s'en remettent à une unité de mesure définie par d'autres pour juger de leur développement personnel, ne savent bientôt plus que passer sous la toise.» Ivan Illich

anonce prochaine emission

News

COUV NEXUS 108 WEBOn parle de nous (interview) dans le numéro 108 de Nexus de Jan/Fév 2017

Dossier « Déscolariser la société »

moinsOn a participé au dossier sur la déscolarisation du numéro 24 (août/sept 2016) du journal romand d'écologie : - Moins

L'école de la peur (texte complet)

ecoledelapeur

Attention aux méprises !

Nous ne sommes pas pour l'Instruction En Famille (IEF) sauf comme solution temporaire, celle-ci est inégalitaire et faire la part belle à une autre institution de l'ordre adulte presqu'autant problématique que l'école (si ce n'est plus !) Pourquoi toujours penser les choses en terme de systèmes fermés ?

Notre revendication se situe sur les communs et un monde ouvert : établir des écoles libres (chacun est libre d'y aller quand il veut), égalitaires (chacun peut intervenir pour enseigner), communales, citoyennes, gratuites, débarrassées de l'État, dans les espaces publics et communs, autogérées.

Bibliographie déscolarisation

Une société sans école
Ivan Illich
Mort de l'école
Everett Reimer
Le maître ignorant
Jacques Rancière
Comme des invitées de marque
Léandre Bergeron
Les apprentissages autonomes
John Holt
Pour décoloniser l'enfant
Gérard Mendel
Avertissement aux écoliers et aux lycéens
Raoul Vaneigem
Apprendre sans l'école
John Holt
Et je ne suis jamais allé à l'école
André Stern
La fin de l'éducation ? Commencements.
Jean-Pierre Lepri
Insoumission à l'école obligatoire
Catherine Baker
L'école de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure
Jean Foucambert
De l'éducation
Jiddu Krishnamurti
Pour l'abolition de l'enfance
Shulamith Firestone
L'école mutuelle, une pédagogie trop efficace ?
Anne Querrien
L'enfant et la raison d'Etat
Philippe Meyer
Le pédagogue n'aime pas les enfants
Henri Roorda
Les enfants d'abord
Christiane Rochefort
Les cahiers au feu
Catherine Baker
La fabrique de l'impuissance 2, l'école entre domination et émancipation
Charlotte Nordmann
La fabrique scolaire de l'histoire
Laurence de Cock et Emmanuelle Picard
L'école contre la vie
Edmond Gilliard
Libres enfants de Summerhill
A.S. Neill
Soumission à l'autorité
Stanley Milgram
Si j'avais de l'argent, beaucoup d'argent, je quitterais l'école
Une éducation sans école
Thierry Pardo
La véritable nature de l'enfant
Jan Hunt
C'est pour ton bien
Alice Miller
L'herméneutique du sujet
Michel Foucault
Ni vieux ni maîtres
Yves Le Bonniec et Claude Guillon
L'individu et les diplômes
Abel Faure
La domination adulte
Yves Bonnardel
Encore heureux qu'on va vers l'été
Christiane Rochefort
S'évader de l'enfance
John Holt
Inévitablement (après l'école)
Julie Roux

Article en avant

mamandeserie

Global larcin

Le monde est un grand larcin, un grand accaparement très diversifié, chacun son butin :

Les Élus volent le pouvoir.

Les universitaires volent l'université.

Les professeurs volent l'apprendre.

Les bibliothécaires volent les bibliothèques.

Les propriétaires volent la terre.

Les patrons volent la force de travail.

Les médecins volent la médecine.

Les médias volent l'information. ... etc. (S.R.)

Scolarisation du monde (le film)

schooling the worldAvec sous-titres Fr (bouton CC)

Outil n°1 pour lever le voile

etymosvignette

Les deux faces de la même médaille

mairieecoled

Cliquez sur l'image pour l'agrandir dans un onglet

Article du 30/08/2015

Un document exceptionnel !

millecitations

Nos liens Illustrateurs

Émissions en direct sur une radio locale

LE MONDE ALLANT VERS..., un jeudi sur deux à 19h30, sur la petite radio locale : RADIO GRÉSIVAUDAN.

Vous pouvez écouter ces émissions en rejoignant le site internet de Radio Grésivaudan ou en ouvrant votre radio sur la bonne fréquence.

Générique de l'émission :

Participez en direct en appelant le :

04 76 08 91 91

Accéder aux archives des émissions sur le site de Radio Grésivaudan.

Et si la cause des causes était l'absence d'architecture spirituelle chez chacun ? --> Ecoutez l'émission sur "La Citadelle" :

Fallait oser...

« L'enfant a droit à une éducation gratuite et obligatoire. »

Charte des droits de l'enfant de l'UNESCO

Bossuet nous disait :

« Il n'y a point de plus grand obstacle à se commander soi-même que d'avoir autorité sur les autres. »

 Professeurs, déscolarisez-vous !

« Les enfants ne sont pas seulement extrêmement doués pour apprendre; ils sont bien plus doués pour cela que nous. En tant qu'enseignant, j'ai mis beaucoup de temps à le découvrir. J'étais un enseignant ingénieux et plein de ressources, habile à élaborer des séquences de cours, des démonstrations, des outils de motivation et tout ce galimatias. Et ce n'est que très lentement et douloureusement - croyez-moi, douloureusement ! - que j'ai réalisé que c'était quand je me mettais à enseigner le moins que les enfants se mettaient à apprendre le plus. »

John Holt

Corollaire ou conclusion de cette idée de Holt : si on enseigne à l'E.N., c'est donc pour propagander, détourner, aliéner.

Sur le refus de parvenir

« Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit. » Flaubert

*****

« Si nous voulons un monde nouveau, comment accepter de grimper, d'être reconnu par des institutions du vieux monde ? »
Marianne Enckell

Autres citations sur le refus de parvenir

Le corps enseignant ?

On parle toujours du « corps enseignant », mais jamais de son âme... C'est parce qu'il n'en a pas. Et s'il en avait une, ce serait évidemment celle, noire et vicieuse, de Jules Ferry.  S.R.

julesferryamenoireVoici le monsieur qui s'occupe de vos enfants !

descoetdroit

« Le monde allant vers...» sur la déscolarisation

Les deux émissions Radio Grésivaudan du mois d'octobre 2014 sur "la Déscolarisation" :

« Le monde allant vers...» sur notre procès du 22/01/2015

 

« L'éducation, avec son fer de lance qu'est le système de scolarité obligatoire, avec toutes ses carottes, ses bâtons, ses notes, ses diplômes et ses références, m'apparaît aujourd'hui comme la plus autoritaire et la plus dangereuse des inventions humaines. C'est la racine la plus profonde de l'état d'esclavage moderne et mondialisé dans lequel la plupart des gens ne se sentent rien d'autre que producteurs, consommateurs, spectateurs et fans, motivés de plus en plus, dans tous les aspects de leur vie, par l'appât du gain, l'envie et la peur. »

John Holt

Lien vers des centaines d'autres citations sur le sujet (mis à jour une fois par mois)

 

Terre et Permaculture

Terre et permaculture

fleur de permaculture

Cliquer sur l'image pour l'agrandir dans un nouvel onglet.

La ville est une prison totale

ville prisonLe dire haut et fort, le scander, le marteler. Le dire comme l'eau claire jaillit de la roche dans la face : la ville est une prison totale. On est incarcéré quand on vit dans les villes de l'homme occidental mondialisé, colonisé intégralement par l'esprit de la marchandise. Prison à ciel ouvert, prison sans mur apparent, mais prison totale. La ville, c'est l'asile de fous. Quand on vit en ville, on ne sait pas, on ne voit pas comment on pourrait réussir à s'échapper. On cultive des plantes sur son balcon, on écrit un poème écolo-bucolique sur son ordinateur, et on regarde des vidéos sur youtube sur la permaculture ou Pierre Rabhi... On s'évade pour les vacances dans je-ne-sais-quel divertissement-produit que l'on consomme et dans des drogues de toutes sortes... Mais comment faire pour vraiment retrouver le cosmos, les feux-de-camp entre frères sous les étoiles pas seulement pour le 15 août avec les merguez ? Où aller ? Dans quelle forêt ? Sur quel champ ? Dans quelle campagne ? Avec qui ? Les codétenus qui vivent avec moi n'en savent pas plus long que moi. Je sais bien que des gens vivent loin des villes, mais comment les rejoindre ? Lesquels rejoindre ? Comment me faire intégrer dans un de ces lieux de vie en pleine nature ? Comment acheter de la terre, où acheter de la terre ? Et pourquoi acheter de la terre sachant que j'ai peur de m'enraciner, que je préfère vivre dans l'éternel espoir d'une vie meilleure en écoutant des chansons qui parlent des landes nues, au lieu de vivre la vraie-vie-bonne tout de suite qui me demanderait de me confronter aux éléments et à une dose géante de concrétude... Et puis surtout : je n'ai pas d'argent pour acheter de la terre, j'ai de l'argent pour m'acheter des montagnes de merdes et de dépendances mais dire « je-n'ai-pas-d'argent » c'est plus un mode d'être pour moi, un rapport au monde, qu'une réalité économique, du moins si j'appartiens à la "classe moyenne" (N.B : 10 ans de forfait de téléphone portable = 1 hectare de terre).
La ville est une prison totale, au moins le savoir d'un savoir conscientisé et sûr, car c'est le seul espoir de s'évader un jour.

*****

Je me suis totalement évadé de l'agglomération chambérienne il y a deux ans seulement pour rejoindre la forêt et une dose substantielle de sauvage. En m'évadant, j'ai tout trouvé : la plénitude, la complétude, et l'être générique, c'est-à-dire l'être du cosmos. Dans les villes, nous sommes les êtres du chaos. J'ai tellement de compassion aujourd'hui pour ceux qui demeurent incarcérés dans les villes. Je veux simplement leur dire de ne jamais oublier de réussir un jour à s'évader aussi. Je veux simplement leur dire qu'on se trompe totalement sur la notion de confort si souvent brandie par les uns et les autres pour ne pas bouger. Oui, nos prisons sont confortables. Si vous pouviez m'entendre, si une seule personne pouvait m'entendre : on trouve tout en rejoignant les forêts, on trouve le vrai confort, le seul confort, la définition du confort. Le réflexe de certains, c'est de se dire qu'il n'y a pas de bus, d’hôpital, de centre sociaux, de gare, et de centre commerciaux dans les forêts, que les forêts c'est bien joli mais qu'il n'y a personne et surtout rien à faire... C'est que vous n'avez pas encore compris que tout est à l'envers ici bas et que tout est faux dans la société des hommes. C'est pourtant simple : là où vous pensez qu'il y a tout (la ville) il n'y a rien, et là où vous pensez que c'est vide (la forêt), il y a tout. Il y a tout car toute la richesse du monde vient uniquement de la terre et les villes sont sous la perfusion permanente de choses importées depuis les terres arables, les mers et les forêts.

S'évader de la ville, c'est (comme) se déscolariser. S'évader de la ville, c'est (comme) passer par-dessus le portail de l'école. C'est se soustraire du joug des pouvoirs qui nous vident et nous aliènent, c'est se soustraire des flux qui nous emportent loin de nous-même et loin de la vie, c'est se soustraire des rouages de la grande broyeuse, c'est se soustraire de l’œil de Big Brother, c'est se soustraire du contrôle, de ce parc conçu pour le contrôle. C'est se soustraire de la compétition sociale infinie et mortifère, c'est vraiment se désincarcérer comme on extrait un être d'une voiture gravement accidentée. C'est se soustraire de tous les faisceaux de dépendance qui nous lacèrent. S'évader de la ville pour les forêts, les prairies, l'eau pure, l'air pur, les papillons, c'est se trouver d'un coup d'un seul, c'est trouver le jouir parfait de quand l'essentiel est toujours satisfait.

L'Enfer Chambérien est désormais situé à 35 kilomètres de ma forêt, je le regarde depuis ma colline sacrée et grâce à l’œilleton chirurgical de la TVNet Citoyenne, le seul média véritablement au service des prisonniers, qui creuse le tunnel de la grande évasion reportages après reportages.

Chambériens, ne soyez plus chambériens ! Mais des chambé-plus-rien ! Laissez-la cette grande pute insipide qui pue la mort ! Imaginez que vous la laissiez là, en plan, vide de vous tous, cette hideuse Babylone ! Qu'est-ce qu'une prison sans détenu ? Plus rien ! Laissez-les en panique vos Élus geôliers et tous les agents de l'État, à errer hagards, dans une ville vidée de ses usagers usagés barrés ! Imaginez que vous la vidiez de son sang, que vous l'abandonniez pour en faire une ville fantôme, une épave ? N'est-ce pas tout ce qu'elle mérite cette matrice de mort, ce Titanic ? Car la Révolution qui vient sera un exode urbain massif et irrévocable de tous ceux qui veulent retrouver la terre, « les vraies richesses » disait Giono. Quand vous aurez quitté Chambéry-la-laide pour la beauté, vous ne direz plus jamais que cette ville fut belle. Certains osent le dire (uniquement parce qu'ils y vivent et meurent !!) : « Chambéry, c'est quand même une jolie ville hein ! ». Ils le disent pour s'autopersuader, pour ne pas trop déprimer. Alors qu'à Chambéry, comme dans toutes les villes : tout est laid, car tout est faux, tout est laid car tout est pourri par les pouvoirs et le régalien qui jamais nous régale en rien. Dans les villes, tout est tranchant, tout est coupant, tout est vrombissant assourdissant accablant. Dans les villes, tout est artificiel-artificieux, tout est toxique. Dans les villes, la vie s'étiole, la vie meurt, la vie lutte comme un ours polaire souffrant de la fonte de la banquise cherchant désespérément ses appuis.

« Quittez tout et vous trouverez tout » disait un être spirituel. Il parlait notamment aux habitants des villes qui croient tout avoir parce qu'ils ont des restos, des cinés, des magasins, du mouvement et des gens autour d'eux alors qu'ils n'ont rien et qu'ils meurent. Celui qui dit « Quittez tout et vous trouverez tout » s'adresse à tous les scolarisés-urbanisés, tous les étatisés, qui ont intégré au plus profond d'eux-mêmes la domination des structures, à tous les domestiqués qui ont accepté de plier sous le bâton et la carotte, à tous les adeptes du faux omniprésent qui fait illusion.

Je terminerais en rappelant que les forêts sont potentiellement comestibles en fruits et baies de paradis, qu'il suffit de pas grand chose pour bâtir de véritables jardins-d'Éden abondants et nourriciers.

Que ces mots puissent initier un mouvement d'exode urbain, un mouvement de mort des villes au profit des forêts comestibles et jardins-forêts collectifs !
Une vie de chemins, une vie pieds nus.
Une vie entière dans le sein de notre mère. C'est à portée de main et de regard, c'est parti ! Il suffit de s'évader de la ville-prison.

Sylvain
Article relayé par les Moutons Enragés.

Éloge des baies

arbres aux faisansIls sont tellement plus impressionnants ! Ils sont tellement plus facile à compter ! Ils sont tellement plus facile à ranger dans des caisses (et à toute allure dans le véhicule utilitaire) ! Ils sont tellement plus facile à ordonner sur des étales ! Ils sont tellement plus costauds ! Ils se conservent tellement mieux ! Bref, ils sont tellement mieux adaptés à ce monde marchand, qui court, qui vole et qui flingue tout !!

Qui ça ? Nos fruits et nos légumes courants ! Et à concurrence de quoi ? Des baies ! Les baies, à contrario, sont ridicules ! Les baies sont faibles, les baies s'abîment en un clin d'oeil ! Les baies suintent dans tous les récipients ! Les baies n'admettent que les bouches comme seuls contenants ! Les baies ne s'exhibent pas (ou mal) sur des étales en plein soleil ! Les baies, une fois cueillies, meurent directement dans la bouche, ça, ou rien ! Si on cherche à en faire commerce, elles s'épuisent devant la tâche, et nous aussi ! Oui, les baies ne sont pas adaptées à ce monde marchand, elles sont adaptées à celui qui vit en harmonie avec le cosmos et c'est pas rien cet enseignement. Les baies sont adaptées à tous ces animaux qui ont du coeur, cueilleurs-sans-panier, qui cueillent pour se nourrir ici et maintenant sans peur de l'avenir, dans la jouissance d'un éternel présent. Les baies sont adaptées à celui qui vit avec elles pour les cueillir à mesure et avec mesure. Oui, les baies, à l'heure actuelle, sont révolutionnaires car la baie est sauvage. Alors, oui, nous les avons quelque-peu mises de côtés ces derniers siècles, grave erreur. L'Étymologie sanskrit pour le mot baie nous conduit directement à la nourriture et ça ne m'étonne pas, les baies ayant été la nourriture principale de l'homme depuis l'aube des temps. Nous sommes devenus des obsédés de la tomate, de la courge, du chou pommé, de la pomme, de l'aubergine et de tous les fruits et légumes qui ont, c'est vrai, un peu de tenue, qui sont certes attractifs, nutritifs et massifs mais qui sont surtout et avant tout adaptés au marché (et y compris au marché de la semence). La baie, elle, n'a aucune tenue ! Elle sait se tenir dans une petite main douce juste le temps qu'il faut à la petite fille pour en apporter à sa maman à quelques mètres de là, après c'est fini, le capitaliste n'a pas le temps de s'immiscer. Nous avons malheureusement cantonné ces derniers temps le sujet de la baie à une sortie myrtilles en montagne par an et à quelques mûres ramassées lors d'un week-end campagnard en août. La baie pour l'homme déchu (et déçu) du capitalisme, est secondaire, voire tertiaire ou inexistante. La baie n'est qu'une gourmandise rare pour l'homme moderne domestiqué, quand elle est nourriture totale, quotidienne, pour le sauvage ou l'émancipé de l'affreuse modernité. Il y a là une grande affaire d'esthétique entre deux images radicalement opposées. Je rappelle que l'étymologie du mot esthétique renvoie à la sensation. Nous avons bien d'un côté la sensation liée à celui qui achète une courge sur un étale, et de l'autre la sensation liée à celui qui cueille des petits fruits dans la forêt pour les mettre directement dans sa bouche. Voilà bien deux esthétiques, deux sensations, qui n'ont rien à voir et qui illustrent parfaitement deux cosmovisions opposées. Quand je parle des baies, je veux finalement parler de tous les petits fruits comestibles nombreux et insolites devenus forts méconnus à cause des lois du marché. Alors parlons-en ! Il y a en tellement (et je ne parlerai que de ceux adaptés à nos contrées - froides l'hiver). Citons pour commencer « la baie de mai » puisque son nom vernaculaire porte justement le joli mot de baie. La baie de mai, c'est le chèvrefeuille comestible (Lonicera Kamtschatica) qui fait des baies allongées couleur (et goût) myrtille, à ne pas confondre avec les baies du chèvrefeuille commun qui ne sont pas comestibles. Parlons de l'arbre aux faisans, leycesteria formosa (en photo ci-dessus) dont les feuilles et fleurs sont magnifiques et les baies, au goût unique de caramel fort, sont vraiment délicieuses. Parlons de l'argousier dont le fruit est une panacée en terme d'apport nutritionnel et notamment en vitamine C et de l'arbousier (différent d'une seule lettre, qui est un arbre pourtant complètement différent). Mais cette liste des arbres à petits fruits sauvages est très longue et tous sont géniaux et incroyables : Les Feijoa, les Asiminiers (oui ce n'est pas une baie mais il fait partie des fruits oubliés), les Canneberges, le Schisandra, le Cornouiller (et autres cornus), les Murier blancs et noirs, les Amélanchiers, l'Akébia Quinata, le Goji, l'Hovenia Dulcis (raisinier de chine), l'Aronia noire, le fraisier des bois, le sorbier, l'aubépine, les Sureaux, les Myrtilliers arbustifs, et bien-sûr les Framboisiers, Groseilliers, Cassissiers, Tayberry (muroise), Casseilles, l'Épine-vinette, les Groseilliers à maquereau, mais aussi le Goumi du Japon (Éléagnus Multiflora), ou le Chalef (Eléagnus Macrophylla) et le Ragouminier (Prunus), tous les Nashi (poirier du japon), les Néfliers du japon, et je pense aussi à la Passiflore (dont la variété incarnata donnera des fruits excellents par ici). Et si on ajoutait à cela un éloge des plantes sauvages comestibles et légumes feuilles sauvages qui se comptent, eux, par milliers, ainsi que les champignons, vous voyez bien que le jardin d'Éden est à nos portes.

Alors après ça, si vous osez penser que vous avez encore autre chose à faire dans votre vie que de devenir un être debout, bien enraciné, bien ancré, dont le pas est sûr au lieu de n'être continuellement pas sûr, si vous pensez que vous avez autre chose à faire que de vous déscolariser, donc de vous ré-ensauvager et de concevoir un lieu Édénique avec toutes ses merveilles citées (en ajoutant secondairement la tomate et l'aubergine si ça vous chante pour le plaisir), je me demande si nous sommes faits du même bois...

Article relayé par les Moutons Enragés.

Extrait d'un livre sur Ellul et Charbonneau

ellulFin du livre de Jean Bernard-Maugiron sur Jacques Ellul et Bernard Charbonneau :

« Au terme d’une vie entière consacrée à la critique du système  technicien et à lutter contre la prédation et la dévastation de la nature, le constat est sans appel : malgré quelques petites victoires ici ou là, l’échec est général. «   Je dirais volontiers que j’ai échoué partout  et que je n’en retire aucune amertume   », confiait Ellul. Et encore, lui et Bernard Charbonneau n’ont-ils pas connu la «   révolution numérique   » et l’univers des technologies convergentes (biotechnologies,  nanotechnologies, informatique et sciences cognitives) qui est le  nôtre aujourd’hui. Celui des data centers, des clouds, des nanomatériaux, des thérapies géniques, des algorithmes auto-apprenants,  des puces RFID, des imprimantes  3D, des capteurs et interfaces  électroniques, des ciseaux génétiques, des implants cérébraux, des  neurones artificiels…
À ce milieu terrifiant l’homme connecté semble s’être parfaitement adapté  : il a troqué sa liberté contre le téléphone portable, l’Internet et les écrans hypnotiques, délégué sa souveraineté aux robots  intelligents. Il a reconnu son obsolescence et s’est abandonné corps et  âme à la technique, aimant enfin Big Brother, cet univers totalitaire de contrôle et de contrainte. Ainsi chaque jour l’humanisme cède un peu devant le transhumanisme et bientôt l’«   homme augmenté   »  ravalera l’homme ancien au rang de sous-espèce. On fabrique aujourd’hui déjà de nombreuses pièces – implants et prothèses – pour  le cyborg de demain, cette espèce hybride, mi-organique mi-cybernétique, cet homme-machine pour un monde-machine. 

charbonneauQui peut rêver d’un tel avenir  ? Les jeunes générations paraissent fascinées par ce futur, un futur sans passé puisque la transmission a été rompue, remplacée par une communication infligée jusqu’à saturation. La liberté, cette idée qui enflammait les adolescents, défiait la mort et faisait se lever les peuples est-elle devenue trop angoissante, trop exigeante pour ces esclaves modernes formatés par la propagande et dont l’ambition semble se limiter au choix de leur rôle social et des marchandises qui vont avec, de leurs préférences alimentaires ou de leurs orientations sexuelles, de leurs drogues légales ou illégales, de leur régime d’oppression politique ou religieuse   ?…  Assignation, sujétion, dépersonnalisation, aliénation, subordination… voilà ce que le libéralisme a fait de la liberté, cette liberté  qui «  n’existe pas en dehors du combat par lequel l’homme terrasse en lui-même l’être social   » comme l’affirmait Charbonneau, qui  vitupérait «   le moi, cette outre gonflée de vent qui prétend contenir  l’univers  », bien avant que ne triomphe le narcissisme.

Ce qu’il faut bien appeler une mutation anthropologique nécessite des moyens colossaux, qu’apportent aujourd’hui les géants de  la Silicon Valley. Mais combien de temps pourra encore durer cette fuite en avant, qui s’apparente à une course contre la montre ? Le carburant de la civilisation thermo-industrielle – les énergies fossiles – s’épuise, de même que les matières premières. La croissance est à bout de souffle, ce qui signe l’arrêt de mort d’un système économique basé sur la dette. Le réchauffement climatique, l’explosion démographique et la disparition de la biodiversité annoncent les ruptures des systèmes alimentaires, sociaux, commerciaux et sanitaires, c’est-à-dire des déplacements de populations, des conflits armés, des épidémies et des famines. Des seuils critiques ont été dépassés, des frontières franchies, des grands cycles irréversiblement détraqués, des écosystèmes détruits. Parvenue à ce stade de développement, la Grande Mue provoque une cascade d’effondrements, financiers, économiques, politiques, sociaux et culturels, dans cet ordre ou dans le désordre. Le chaos annoncé par Ellul et Charbonneau est bien là. La sixième extinction des espèces est en cours, et nous en faisons partie…  Notre destin est donc tout tracé si nous continuons à nous montrer incapables de fonder une nouvelle alliance avec la nature, pour affirmer notre liberté et en faire une force révolutionnaire. »

Première photo : jacques Ellul, et deuxième : Bernard Charbonneau.

NB : sur www.descolarisation.org, nous nous sentons très très proches de ces deux-là depuis fort longtemps maintenant, nous les citons souvent. Notamment Jacques Ellul sur la propagande, la technique et l'anarchisme chrétien, ou Charbonneau pour la critique du voyage, sur la destruction de la nature, sur l'horreur de la bagnole, sur la liberté... etc.

Acheter de la vie... ?

coquelicot grainesLa puissance de vie qui règne sur cette planète est époustouflante, renversante (il n'y a pas de mots assez forts). Je veux parler en particulier de la puissance de procréation et de démultiplication dans le monde végétal et animal. C'est sidérant. Il y a juste à observer la quantité de semences produite par une seule fleur pour comprendre instantanément que le régime de rareté imposé par le capitalisme et notre système, est le crime des crimes des crimes... Et quand on pense en plus que l'homme peut ajouter à la création à l'infini : « Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme - sans moyens techniques - on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction » (Giono, l'homme qui plantait des arbres). Un seul rameau de milliers d'espèces d'arbres peut être bouturé en dizaine d'autres arbres similaires (voir 'bouture à l'étouffée' pour le meilleur taux de réussite toute l'année), une racine de consoude divisée en dix te donne dix consoudes dans l'année (valable pour des milliers de plantes), et je ne parle même pas de la greffe... Dans le monde animal, idem, ça pullule de partout et constamment ! Oiseaux, mammifères, insectes et toute la micro-faune du sol, tout le monde s'en donne à coeur-joie ! Il suffit d'ensemencer, toujours ! Et UNE RÉACTION EN CHAÎNE OPÈRE ! « La création avait l'air, d'ailleurs, de s'opérer en chaînes. Il ne s'en souciait pas; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l'eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d'homme, avaient toujours été à sec. C'était la plus formidable opération de réaction qu'il m'ait été donné de voir. » (op. cit.).

Les paysans marchands de graines, de plantes (pépinières, semenciers) et d'animaux ne sont souvent pas les pires capitalistes qui soient, ça se voit au niveau du contact réellement chaleureux et de leur passion réelle pour le monde végétal et/ou animal, pourtant il y a bien un gigantesque et monstrueux problème à cet endroit. Pour prendre toute la mesure de ce problème, comme d'habitude, il faut se mettre à une distance de l'objet suffisante pour se détacher de la croûte et du poids de nos conditionnements. Bien-sûr, le réflexe, c'est de penser à tous les travaux réalisés par ces marchands... au lieu de vraiment prendre tout le recul nécessaire pour se demander comment est-ce possible, finalement, de mettre un bout de bois dans la terre, d'attendre que des racines et des feuilles se développent pour ensuite mettre une étiquette : figuier 'ronde de bordeaux' - 7,90 Euros le plant. Ou encore de récolter telle ou telle semence (la plupart sont super simples à récolter) pour les mettre dans un sachet avec une étiquette : Coquelicots - 3,90 Euros le sachet de graines (1g). Et je repense tout à coup à la menthe et à tout ce qui marcotte à l'infini : comment diable est-ce possible d'acheter continuellement des plants de menthe (ou de mélisse, ou de sauge, etc.) ??? Je commence à vous donner des exemples mais je ne devrais pas car ça concerne des milliers de plantes, la totalité du vivant en fait. Dans cette immonde société : le vivant est sans arrêt récolté puis conditionné et étiqueté pour être vendu : c'est une des plus énormes manifestations de Mammon dans la société des hommes, si ce n'est la plus monstrueuse ! Nous devrions tous donner notre temps et nos vies pour que la vie se répande le plus possible... Récolter les semences, les protéger, les semer, les donner. Bouturer sans arrêt et donner les boutures. Greffer sans arrêt et donner les scions d'un an. Si nous avons des animaux domestiques, nous devrions tous donner tous les petits (archi-sevrés) que nous ne pouvons pas garder, comment se fait-il qu'on doive encore acheter : des moutons, des chèvres, des poules, des canards, des oies, des lapins, des chiens, des chats, et toutes autres sortes d'animaux ??! Alors qu'il en jaillit torrentiellement du ventre de dame nature !
Si tu as malheureusement toujours un pied dans le système capitaliste : continue donc de vendre encore un peu tes lave-vaisselle, tes bonbons, tes DVD et tes écrans-plats, mais ne vends pas ta récolte de graines de capucines, ne vends pas la vie ! Arrête de vendre le vivant ! C'est tout bonnement incroyable que l'homme soit un tel handicapé du don ! Là, c'est la saison de l'eau de bouleau qui commence... Comment peut-on vendre de l'eau (car l'eau de bouleau, c'est de l'eau), volée à un arbre en faisant un trou avec une mèche ??? ... Et je vous renvoie tous aussi à cette idée cardinale : ROMPRE L'ENCHAÎNEMENT DES VENTES MUTUELLES ! Si tu en as marre d'acheter !! Commence par arrêter de vendre !!!

Pour se mettre au service de la vie, il ne faut pas vendre la vie.

Printemps Indien

Depuis le temps qu'on en parlait ! Pour fêter le printemps, nous accueillons deux nouveaux amis : le fameux coureur indien chasseur de limaces super pondeuse (+ trop marrant trop mignons) ! Voici Diogène et Léda :

canardscoureursd

canardaillerdCliquez sur les images pour les agrandir dans un onglet

Car le printemps est bien là depuis quelques jours : ail des ours, eau de bouleau, châtons de saules et de noisetiers, forsythia dans les starting-block, et tous les autres bourgeonnement etc.

[RAPPEL] Supprimer le téléphone mobile pour revivre

tel

Je n'ai plus de téléphone mobile depuis décembre 2015.

Le principal avantage de la suppression du mobile est un phénomène intense de re-concentration de mes actes/gestes quotidiens, une régénération de mon attention et d'une dose substantielle de soin : le retour d'un engagement total de ma personne dans chacun de mes gestes et de mes choix. LE RETOUR en fanfare du vrai CHOIX.

Le mécanisme en est archi-simple : le téléphone mobile est ce pharmakon qui nous place en permanence TOUS dans un état de conscience où nous sommes constamment envahis par une énorme quantité d'autres éventualités - infinie en fait, puisque le mobile c'est aussi l'espoir secret que "Jésus", ou autres envoyés divins subjectifs, se décident enfin à nous contacter personnellement pour nous donner une promotion affective, financière, en terme de pouvoir et de "réussite" ou autres - . Nous faisons quelque-chose, mais le téléphone mobile contient la possibilité de faire des milliers d'autres choses. Nous voyons quelqu'un, mais le téléphone mobile contient la possibilité de voir des centaines d'autres personnes. Nous vivons, mais le téléphone mobile contient en permanence UNE AUTRE VIE - MEILLEURE ÉVIDEMMENT - EN POTENTIEL. Et donc, nous ne vivons pas la vie que l'on a, et je pense sincèrement que nous nous méprisons tous les uns les autres via cet outil : car nous en avons (presque) tous un, l'insulte est donc réciproque, c'est d'ailleurs peut-être pour ça qu'elle fonctionne.
Depuis l'avènement de cette invention de malheur, quel nouveau donné entre nous vraiment nauséabond ! : nous nous voyons cher ami, mais nous savons toi et moi que nous avons beaucoup d'autres chats à fouetter et que ceux-ci peuvent apparaître d'une seconde à l'autre. C'est LE POSTULAT RÉCIPROQUE du : j'ai toujours à faire ailleurs et avec d'autres que toi, ne m'en veux pas ! ...
Eh bien, il faudrait peut-être commencer à s'en vouloir un peu plus car ce n'est pas NORMAL cette histoire : c'est même vicieux et méchant au dernier degré !
D'ailleurs, je parle d'insulte réciproque (qui fonctionne grâce à sa réciprocité); c'est intéressant étant donné que maintenant en ce qui me concerne je n'en ai plus : je me consacre donc à 100% aux gens que je vois, mais eux, non ! Charmant ! ;-)

C'est en fait la très vieille problématique philosophique de : tous les choix conservés = aucun choix réel, qui se trouve portée à son extremum avec le pharmakon du téléphone mobile.

Et donc quel véritable bonheur, de se remettre à choisir telle ou telle activité/geste ou de voir telle ou telle personne, afin de s'y consacrer à 100% en éliminant pour cela toutes les autres potentialités ... Ce qui est normalement un des premiers piliers de la sagesse, voire même plutôt de LA VIE ! ... de tout ce qui est vivant, ... de la néguentropie !!! Imaginez tels ou tels éléments du cosmos qui essaieraient d'évoluer en conservant (plus ou moins "consciemment", matériellement), en stock, toutes les potentialités... Vous voyez bien que c'est le contraire radical de la vie.
Aucun Écureuil mâle de la forêt n'est arrêté dans sa chasse pour niquer sa comparse, par un SMS qui l'orienterait tout à coup dans un autre coin de forêt !!! Non, ce serait trop entropique (désordre) pour maintenir LA VIE. L'harmonie serait attaquée en son ADN. ...

Ce problème de l'absence de choix, on le trouve aussi dramatiquement de plus en plus depuis un demi-siècle concernant l'espace et l'habitat : on veut garder en potentiel le fait de pouvoir aller à la mer, à la ville, à la campagne, à la montagne, sur toute la terre et dans tous les pays, et donc, on ne parvient pas à s'implanter, à construire, et à prendre racines (et on se dessèche... dans les transports...).

En d'autres termes, le téléphone mobile pose le problème philosophique du désir. Ascétiquement, on sait que le désir est notre plus grand ennemi. Ne rien "désirer" est le cap de sagesse suprême. Eh bien, le téléphone mobile est ce qui maintient en permanence la puissance concomitante de tous les désirs (au sens de "ce qui pourrait être/ce qui devrait être").

Quand je pense aussi au désastre affectif que peut représenter cette toxicité du téléphone mobile, je suis pris d'effroi.
Nous avons basculé dans un monde où quand Sylvie est avec Mathieu, elle pense que Bruno pourrait lui téléphoner d'une seconde à l'autre, pendant que Mathieu pense qu'il va bientôt envoyer un SMS à Lydie (sachant que Bruno et Lydie, eux-aussi, sont dispersés et ainsi de suite). Nous avons basculé dans un monde où quand Hervé va voir sa mère, il consulte ses emails (et ses SMS, voire en envoie) pendant qu'il fait mine d'écouter sa mère et il pense à tous les coups de fils important qu'il pourrait recevoir ou qu'il pourrait donner (il dira à sa mère : "Attend, excuse-moi, c'est important !" voire ne dira rien du tout !! Il répondra !). Nous avons basculé dans un monde où un nombre substantiel de gens font l'amour tandis que les smartphones vibrent ou sonnent à cause de SMS envoyés par des amants ou prétendants... Nous avons basculé dans un monde où les jeunes sont joignables en permanence par leurs parents (et s'ils ne répondent pas ils se feront gronder : "pourquoi tu n'as pas répondu ?? il faut que tu répondes." Ça, et mille et une autres situations du même genre où LE SOIN, l'ATTENTION, la concentration, à l'autre ou à ce qu'on fait se sont étiolés, voire ont complètement disparu.

Je devrais introduire dans cette analyse les deux concepts de "fidélité" et d' "investissement", mais le sens de ces deux mots a tellement été tordu par d'autres voies et ils sont un peu difficiles à utiliser.

L'absence de soin, d'attention, de concentration, d'investissement et de fidélité : c'est ce qu'on appelle d'un seul mot : L'INCURIE, qui donne aussi incurieux.

Le téléphone mobile (à fortiori le smartphone) généralisé, c'est l'incurie généralisée.

Alors quelle joie de se consacrer corps et âme, EN ENTIER, à ce qu'on fait et/ou avec qui l'on se trouve. Quelle joie d'aimer ! D'être présent avec les présents. D'être des présents les uns pour les autres.
Sauf que l'autre que je vois demeure pour le moment armé de son téléphone ! Mais fort heureusement, c'est désarmant !

Ce discours sur le mobile étant fait, il apparaît qu'un téléphone mobile et un téléphone fixe sont des objets fondamentalement différents, voire selon cette analyse totalement opposés. Le téléphone fixe, placé à un endroit bien choisi de notre abri (chambre, maison), et branché quand on le décide, permet justement de corréler : retrait du monde et le retour potentiel de la multiplicité des choix concernant le monde. Il faut que ça soit uniquement le désoeuvrement, le vide, et l'absence totale de relation qui donnent son essence au téléphone et qui provoque son usage déterminé.  De cette manière, vous obtenez un juste équilibre (vital, sanitaire) entre action/inaction, relation/non-relation, intérieur/extérieur, relation avec untel = non relation avec tel autre.

C'est souvent lorsqu'on réalise une action en apparence ennuyeuse qu'on est tenté d'apprécier la béquille du téléphone, or la voie juste est celle donnée par Simone Weil dans la deuxième partie de la citation : « Croire qu'on s'élève parce qu'en gardant les mêmes bas penchants (exemple : désir de l'emporter sur autrui) on leur a donné des objets élevés. On s'élèverait au contraire en attachant à des objets bas des penchants élevés. »... Ce qui veut dire : intéresse-toi à la manière dont le joggeur qui passe devant toi s'est essuyé le front, plutôt que d'attraper ton téléphone mobile... Concentre-toi, prends-soin, considère (étymologiquement : porter son regard ensemble vers l'infini des étoiles), sois présent.

Sur l'habitat !

cabaneNous n'habitons plus, nous sommes des logés (délogés !)
Je vous renvoie vers le magnifique livre de mon ami Ivan Illich : « L'art d'habiter », pour simplement constater avec Ivan que nous avons étrangement perdu en chemin ce trait caractéristique et fondamental de l'espèce humaine (...mais bon comme nous avons TOUT perdu...). C'est un des constats les plus puissants que j'ai fait ces dernières années : les gens n'habitent plus.

Poser la question "où vivez-vous ?", c'est demander en quel lieu votre existence façonne le monde. Dis-moi comment tu habites et je te dirai qui tu es. Cette équation entre habiter et vivre remonte aux temps où le monde était encore habitable et où les humains l'habitaient. Habiter, c'était demeurer dans ses propres traces, laisser la vie quotidienne écrire les réseaux et les articulations de sa biographie dans le paysage. Ivan Illich.

Comme d'hab, c'est la totalité du livre d'Illich qui prend aux tripes : 

[Quand on habite vraiment] Chaque être devient un parleur vernaculaire et un constructeur vernaculaire en grandissant, en passant d'une initiation à l'autre par un cheminement qui en fait un habitant masculin ou féminin. Par conséquent l'espace cartésien, tridimensionnel, homogène, dans lequel bâtit l'architecte, et l'espace vernaculaire que l'art d'habiter fait naître, constituent des classes différentes d'espace. Les architectes ne peuvent rien faire d'autres que construire. Les habitants vernaculaires engendrent les axiomes des espaces dans lesquels ils font leur demeure

(...)

Le logé a perdu énormément de son pouvoir d'habiter. Le logé vit dans un monde qui a été fabriqué. Il n'est pas plus libre de se frayer un chemin sur l'autoroute que de percer des trous dans ses murs. Il traverse l'existence sans y inscrire de trace. Les marques qu'il dépose sont considérées comme des signes d'usure. Ce qu'il laisse derrière lui, ce sont des détritus qu'enlèveront des bennes. (...) L'espace vernaculaire de la demeure est remplacé par l'espace homogène d'un garage humain.

 

Non seulement, nous sommes des "logés" et pas des habitants, mais il y a aussi tout le problème de la dispersion que j'ai maintes fois abordé (notamment PDF là : http://www.descolarisation.org/pdf/la_dispersion_contre_la_democratie_sylvain_rochex.pdf ou émissions de radio là : http://www.radio-gresivaudan.org/Dispersion-acceleration-sociale.html

Concernant les expulsions politiques (et militaires !) de ceux qui cherchent à retrouver l'art d'habiter, Illich nous offre cette terrible analyse :

Ils seront tous expulsés, moins parce qu'ils causent du tort au propriétaire des lieux, ou parce qu'ils menacent la paix ou la salubrité du quartier, que parce qu'ils récusent l'axiome social qui définit le citoyen comme un élément nécessitant un casier de résidence standard.

Autres phrases  :

Il ne peut y avoir d'art d'habiter en l'absence de communaux. (...) La guerre contre l'habitat vernaculaire est entrée dans sa phase ultime et on force les gens à chercher un logement - qui est un produit rare.  (...) presque partout dans le monde de puissants moyens ont été mis en œuvre pour violer l'art d'habiter des communautés locales et créer le sentiment de plus en plus aigu que l'espace vital est rare. Ce viol des communaux par le logement est aussi brutal que la pollution des eaux. (...) L'autoconstruction est considérée comme un simple violon d'Ingres. Le retour à la terre est jugée romantique.


L'espace propre à porter les marques de la vie est aussi fondamental pour la survie que l'eau et l'air non pollués. Ce n'est pas le propre du genre humain que de se parquer dans des garages, si splendidement aménagés soient-ils, avec leurs douches et leurs économiseurs d'énergie.


C'est clair, nous n'habitons plus.
Or c'est aussi vital que l'air et l'eau purs.
Nous sommes des "logés" dans des casiers. Ce n'est pas insultant au dernier degré ça ?
Nous sommes tous insultés au dernier degré par le système de Mort, inhumain, dans lequel on vit. Et que fait-on ? ...
Le sujet de l'habitat, vraiment trop peu abordé est pourtant fondamental, en lui-même, mais aussi métaphoriquement. En effet, le vieux monde que nous voulons voir finir est comme un immense édifice (non vernaculaire donc, qui s'impose à nous), et nôtre tâche est de le faire disparaître sans le faire exploser directement sans quoi il nous tomberait dessus et nous tuerait. Cela consiste pour chacun de nous (et ensemble) à retirer brique après brique, patiemment mais sûrement. Les briques du vieux monde existent très logiquement les unes par rapport aux autres, et on est souvent obligé pour retirer telle ou telle d'en avoir préalablement retirées certaines autres.

Je donne parfois l'air d'en vouloir à certains. J'en veux uniquement à ceux qui n'ont pas commencé à démonter l'édifice du vieux monde (et encore, je leur pardonne).
Mais je comprends tout à fait que la déconstruction soit difficile pour chacun d'entre-nous.
Voyez-vous à quel point cette métaphore se superpose parfaitement à notre situation réelle en terme d'habitat ? Nous n'habitons pas, nous sommes des "logés", hétéronomes, dans des édifices, non respirant, malsains, pollués, non vernaculaires, qui nous enserrent, et nous font vivre une pression d'Enfer, insoutenable, INDIGNE.
Soit nous sommes "LOCATAIRES" avec la pression financière délirante du loyer à payer et avec cette relation si exquise, si DIABOLIQUE, avec "le propriétaire" ; tout ça, c'est UN ENFER.
Soit nous sommes PROPRIÉTAIRES et nous payons un loyer à la banque. La pression est la même. Nous sommes dans tous les cas en conséquence des esclaves du travail-des propriétaires et/ou des banques.
Et en plus, - et c'est bien le pire du pire qui devrait nous faire péter les plombs - , nous n'habitons pas (relire Illich ci-dessus).
De plus, ces mauvaises conditions initiales ne permettront pas une bonne articulation de l'individuel et du collectif, tout aussi fondamentale.
Et de cette situation initiale délétère découleront des mauvais rapports humains (des conflits perpétuels) qui ne devraient pas nous étonner - ils sont une conséquence, un symptôme, il faut traiter la cause, qui est le mode d'habitat - .

Tout ça me fait penser aussi à la description de Giono au début du texte « l'homme qui plantait des arbres » :

Ce sont des endroits où l'on vit mal. Les familles serrées les unes contre les autres dans ce climat qui est d'une rudesse excessive, aussi bien l'été que l'hiver, exaspèrent leur égoïsme en vase clos. L'ambition irraisonnée s'y démesure, dans le désir continu de s'échapper de cet endroit. Les hommes vont porter leur charbon à la ville avec leurs camions, puis retournent. Les plus solides qualités craquent sous cette perpétuelle douche écossaise. Les femmes mijotent des rancœurs. Il y a concurrence sur tout, aussi bien pour la vente du charbon que pour le banc à l'église, pour les vertus qui se combattent entre elles, pour les vices qui se combattent entre eux et pour la mêlée générale des vices et des vertus, sans repos. Par là-dessus, le vent également sans repos irrite les nerfs. Il y a des épidémies de suicides et de nombreux cas de folies, presque toujours meurtrières.


Non, nous ne sommes pas "faits" pour vivre l'absence d'amitié et de vie collective saine à l'extérieur, puis pour ensuite, essayer de "vivre ensemble" en se réfugiant dans des "logements" à 4 ou 5 dans 50 mètres-carrés (et maintenant, depuis quelques années, tous derrière des écrans).
Notre vrai besoin à tous, CHACUN, c'est HA-BI-TER ! et habiter pour articuler l'individuel et le collectif et en articulant l'individuel et le collectif.
Et c'est d'avoir DE L'ESPACE ! DE L'AIR !!! Saint-Ex disait cette chose très vraie : « le vice n'est que puissance sans emploi ». J'ajouterais la paraphrase suivante : le vice est aussi puissance sans espace.

Je vous renvoie aussi à mes autres articles : « Tuer l'idéologie pavillonnaire et l'idéologie de la maison bourgeoise » et « Ce qu'il faut de terre à l'homme ».
A l'heure actuelle (l'heure de la barbarie intégrale), une solution viable et assez miraculeuse existe dans l'habitat à ossature-bois, mur en paille et mortier, sur terrain agricole, déclaré en abris de jardin. On a tous appris des quantités de choses complexes et inutiles à « L'Éducation Gouvernementale ». Construire une petite maison de ce type est simplissime, à côté d'une infinité d'autres choses que nous faisons et que nous avons appris à faire (en étant FORCÉ en plus et à contre cœur).
N'est-ce pas le plus beau des travaux, qui se fait exactement à l'inverse d'un contre cœur, que d'AUTOCONSTRUIRE SA PETITE MAISON ?
Pourquoi on nous bourre le mou avec l'idéologie du travail, si ce n'est même pas pour réaliser le premier des travaux de l'homme, depuis que l'homme est sur la terre: HA-BI-TER (et se nourrir par ses propres moyens ! Autre sujet, connexe).

Pourquoi ne pas habiter cette vie comme il se doit, comme le créateur la voulue ?
Pourquoi être esclave toute sa vie ?
Pourquoi continuer ces vies de dingues, où nous travaillons comme des dingues, simplement pour être logés dans des cages ?

Que les ivrognes rendent la terre à ceux qui veulent manger !

Dans un article du jour sur Reporterre.net, on peut lire en chapeau :

Dans ce village de Côte-d’Or, un groupe animé par l’envie de reconnecter l’agriculture au territoire fait grandir un projet autant agricole que culturel, mêlant vignoble bio, culture du houblon, élevage de poules, mais aussi café associatif, habitat participatif ou encore université populaire.

vignesNous avons donc en premier : « Vignoble bio ». Est-ce pour produire du raisin qu'on mange ? Je ne pense pas (ou si peu). S'agit-il des « cépages interdits », les seuls ayant du sens en permaculture ? Je ne crois pas. Ensuite, deuxièmement : « Culture du Houblon ». Est-ce pour le manger en salade ?! Je ne crois pas. Est-ce pour en faire un certain levain (je vois qu'on peut faire ça avec le houblon) ? Je ne crois pas.

Le vignoble, c'est évidemment pour faire du vin, et le houblon, évidemment, bande d'alcooliques, pour en faire de la bière. Il s'agit donc de cultures d'ivrognes quoi et un site écologiste (pourtant brillant) s'en fait le relais. Si on regarde la suite du programme, ils se nourriront donc avec des œufs de poule (mais vu le type de production, ça doit bien être pour les vendre - et donc pour une fois de plus manger de l'argent au lieu de se nourrir !).

Quand on voyage en France ou un peu partout en train, on peut voir défiler à toute allure les paysages et notamment les champs... et combien de millions et de millions d'hectares pour ivrognes défilent sous nos yeux... ! Pourquoi personne ne le dit ?! : l'agriculture mondiale est pourrie, dévastée, polluée, accaparée par les alcooliques et autres drogués, par tous ces gens qui ont besoin d' « étouffer la voix de leur conscience (Tolstoï sur Alcool et Tabac) ». Tous ces gens qui boivent donc pour oublier qu'on pourrait faire pousser des milliards de milliards de plaqueminiers, d'actinidias, de pommiers, de cerisiers, de noyers, de châtaigniers, de poiriers, de pruniers, de figuiers, de grenadiers, d'abricotiers, d'asiminiers et de toutes les milliers d'espèces fruitières merveilleuses pour nourrir tout le monde (et je ne parle même pas des cultures annuelles)... (tiens mon correcteur orthographique ne reconnaît même pas asiminiers, et il me propose magasinier à la place !!! le salaud !). Donc, en fait, c'est connu, les alcooliques boivent pour oublier qu'ils boivent (... pour oublier qu'ils pourraient manger des fruits à la place si la terre n'était pas accaparée par eux-mêmes et leur vice...). Et je n'ai même pas encore parlé des champs de tabac et des autres drogues.

Tous ces hectares de vignes alignées comme des majorettes et torturées avec du fil de fer, raccourcies comme pour produire du Bonsaï, taillées, traitées, juste pour que les gens puissent se droguer, alors que la vigne est originellement une composante merveilleuse de jardins-forêts, qu'elle doit pouvoir se développer sur 10 à 15 mètres de hauteur à la manière des actinidias et de toutes les autres lianes, sur d'autres arbres compagnons ; alors que la vigne est avant tout là pour nous donner des grappes de raisins qu'on mange sur place (pour se nourrir !!!!) ; alors que la vigne est normalement beaucoup plus vigoureuse et résistante naturellement aux maladies.

De plus, puisque je parle de la vigne, il faut savoir que les meilleurs cépages (pour la permaculture) sont justement les fameux prohibés !!!! Mais tous ceux qui discutent de cette interdiction ne disent jamais que tout a été pensé par rapport au vin et qu'en fait c'est surtout là que se situe le scandale de cette interdiction. C'est-à-dire que même si les arguments pour interdire sont bidons, il faut voir qu'en plus ils ont concerné intégralement la production de vin. Nous avons vraiment un monde d'alcooliques ! qui en vient à oublier que le raisin, bien avant d'en faire une drogue, est simplement un fruit qui se mange comme la framboise ou la pomme... (et le raisin entier, consommé avec ses pépins, est une panacée pour le corps). [N.B : mais ça vient de très très loin tout ça, puisque le nom latin de la vigne européenne intègre carrément la production de vin : Vitis Vinifera]

bucard sur les cépages prohibés

Note concernant l'image ci-contre : une autre version de ce buvard a d'abord circulé avec une troisième mention en dessous de "ils donnent du mauvais vin" qui était : « Ils ne sont plus à la mode, ce sont des reliques du passé », mais cette mention a fait scandale et elle a donc été retirée.

*****

J'aimerais bien ce chiffre, mais il est difficile à trouver : le nombre d'hectares de terre en France et dans le monde dévolu à la production de drogues... Il doit faire vraiment très mal, je pense.

Que les drogués rendent la terre à ceux qui veulent se nourrir !
Qu'ils la rendent à ceux qui ont faim !

Et renseignez vous, pour votre jardin (pour manger du raisin), sur les « cépages interdits » : Noah, Baco, Isabelle, Clinton, Othello, Jacquez, Herbemont.

N.B : Ce propos du jour vient à point nommé après celui d'hier : « On boit un coup ! »

Mots-clés du paradis terrestre

Argousier, Feijoa, Asiminier, Canneberge, Actinidia Arguta (Kiwaï), Actinidia (Kiwi), Schisandra, Cornouiller (et autres cornus), Murier blanc/noir, Amélanchier, Akébia Quinata, Goji, Hovenia Dulcis, Chayote Christophine, Aronia, Sureau, Myrtillier Arbustif, Leycesteria Formosa (arbre aux faisans), Châtaigniers, Figuiers, Abricotiers, Cerisiers, Arbousiers, Chèvrefeuille comestible, Grenadiers, Plaqueminiers, Pruniers, Poiriers, Pêchers, Pommiers, Framboisiers, Groseilliers, Cassissiers, Tayberry (muroise), Casseilles, Cognassiers, Epine-vinette, Groseilliers à maquereau, Goumi du Japon (Éléagnus Multiflora), Ragouminier (Prunus), Nashi (poirier du japon), Néflier du japon, Noisetiers, Noyer, Kumquat (sous serre), Passiflore incarnata.

Pour ne parler que des arbres.

Voir dans nos liens Permaculture, il y a plein de ressources.

sensortird

Crédit Photo originale : Par Khoyobegenn