L'hétéroalimentation

​​ortieEt si nous arrêtions de se faire nourrir par les autres ?

Bien-sûr qu'il fallait un mot pour désigner ce grand mal qui, comme tous les grands maux qui nous rongent, peut se trimballer des siècles avec une cap d'invisibilité si on ne fait rien. En le nommant, je le débusque, je le révèle, je le démasque, je dévoile ce qui était voilé. Quoi, vous avez peur de l'inconnu ?

 
Est-ce qu'on croyait sérieusement que le phénomène ne serait jamais dévoilé et qu'on pourrait continuer comme ça indéfiniment ? Que personne ne viendrait prendre un micro pour s'étonner de la chose et remettre en question une société toute entière ? Et on dit avoir fait de l'écologie jusqu'ici ?! Alors que personne n'est encore venu poser la seule question qui vaille en la matière : pourquoi chaque être humain considère comme allant de soi d'être nourri par les autres et non par lui-même ? Pourquoi chaque être humain considère comme normal et moral de pratiquer l'hétéroalimentation et non pas l'autoalimentation ?
 
Ça fait partie de ces choses tellement ancrées profondément en nous et dans la société qu'on ne comprend pas, à priori, pourquoi cela devrait nous arrêter. Puis-je cependant vous inviter à faire "3 pas en arrière dans l'ordre des choses" pour prendre conscience ?
L'hétéroalimentation
est sûrement le fait humain le plus dingue qui soit. La totalité du vivant se soucie de s'autoalimenter depuis la nuit des temps. Mais l'homme actuel n'a pas de problème particulier avec le fait de ne pas s'occuper de sa nourriture (ou comment on peut passer de la chose la moins normale du monde à la plus normale). Il vaque à d'autres activités et quand il a faim, va à la cantine, au restaurant, ou bien va "faire ses courses" selon l'expression consacrée. Et donc, à la cantine ou dans le magasin, (ou au marché), il trouve de quoi manger. De la nourriture qui a été cueillie, préparée, lavée, assemblée, séchée, pêchée, tuée, par d'autres que lui et cela est NORMAL, MORAL, ça ne choque plus personne. La chose la plus choquante du monde ne choque plus personne... Ces autres qui ont préparé sa nourriture sont des personnes qu'il ne connaît pas dans la majorité des cas. Mais connaître la personne qui a cultivé la salade ne change rien bien-sûr à la magistrale question que pose l'hétéroalimentation.
Les aliments produits dans cette occurrence hétéroalimentaire, c'est-à-dire sous pression économique capitaliste ne sont jamais sain(t)s.​
 
Pourquoi est-ce normal ? Pourquoi est-ce moral d'agir ainsi ? Pourquoi parle-t-on d'écologie sans jamais parler de l'hétéroalimentation étant donné qu'arrêter avec elle, solutionnerait tout, radicalement tout ?
Et puis, oui, comment cela peut être moral ? Si vous pensez à des cas rares de véritable hétéroalimentation chez les animaux, vous ressentirez deux choses :  un problème moral et de l'anthropomorphisme ! Un animal qui tend à pratiquer une hétéroalimentation, vous fait penser... à vous-même, à l'homme actuel, et non pas sans une certaine gêne !!
 
Vous me direz que je ne fais que développer un des nombreux pans d'un problème beaucoup plus vaste déjà abordé : notre hétéronomie (l'inverse de l'autonomie) en toutes matières. C'est un peu vrai, mais quel pan incommensurable ! et surtout voilà un pan de l'hétéronomie qui touche tellement à l'essentiel dans nos vies.
 
Le phénomène de l'hétéroalimentation est d'une puissance abyssale, tout le monde est touché. D'ailleurs un certain nombre n'arriveront pas du tout à intégrer ce que je raconte. Mais de quoi parle-t-il ?!! Bien-sûr que je vais faire mes courses ! Et sinon je fais comment ?! Tout le monde ne peut pas être cultivateur ! Moi j'ai d'autres activités !
Voilà, le schéma universel : chacun pense que le cultivateur, c'est l'autre. Chacun pense qu'il n'a pas à produire sa nourriture, car il y a des agriculteurs pour ça et chacun pense qu'il a mieux à faire.
De l'amarante, du chénopode, de l'ortie poussent sous les fenêtres de nombreux qui sont en train de taper à l'ordinateur (parce qu'ils ont mieux à faire), mais ils iront "en rentrant du boulot" acheter des épinards qui ont été cultivées par un cultivateur. Tout ça pour être en phase avec ce principe d'hétéroalimentation universelle. Il pourrait très bien ramasser les trois plantes "en rentrant du boulot", mais là, on serait sur de l'autoalimentation et c'est contraire au (mauvais) fonctionnement de la société. Et vous me direz que les plantes que j'ai citées, il ne les connaît pas de toute façon. Mais ça aussi, ça fait partie du phénomène de l'hétéroalimentation : ne jamais apprendre tout ce qui mange autour de soi. Je suis tombé de ma chaise, moi, quand j'ai découvert que la plupart des feuilles des arbres se mangent (Tilleul, Bouleau, Noisetier, Merisier, Épicéa,...) et que dans les 6000 plantes bien connues dans le pays qui poussent spontanément, il y en a plus de mille qui sont comestibles et/ou médicinales... Mais tout ceci, c'est pas trop notre truc... ! Enfin si, mais TOUJOURS par l'intermédiaire d'AUTRES personnes. Nous pratiquons, nous, en permanence, l'hétéroalimentation. Nous pensons que l'autoalimentation c'est pour les singes. Si l'ail des ours est une plante sauvage délicieuse, eh bien alors que des gens inscrits à la chambre des métiers et de l'artisanat ou de l'agriculture (avec un numéro SIRET) aillent le cueillir, en fasse du pesto, mettent une étiquette avec un joli logo, le vendent sur le marché et j’achèterai leur pesto, s'il est bio ! Quant à moi, j'ai autre chose à faire que d'aller ramasser de l'ail des ours. Idem pour les châtaignes et la crème de marrons, Moi, je fais de l'informatique ! Je fais d'ailleurs des logiciels pour les agriculteurs ! Chacun son métier, (et les vaches seront bien gardées) et donc à midi quand j'ai faim, je paie, et y'a de la nourriture (c'est magique !)
 
Mais quand est-ce que l'humanité va se réveiller, afin de considérer cette façon de voir totalement amorale, perverse, égoïste et destructrice ? Et j'ai bien dit amorale et non immorale. L'hétéroalimentation est amorale, elle nie toute morale. Elle nie l'être, elle nie la nature, elle nie l'homme, elle nie tout.
Elle nie tous les autres être vivants qui en ce moment même s'alimentent eux-mêmes. Elle nie ce bel ours grandiose en train de pêcher un saumon, elle nie ce merle qui vient d'attraper un vers de terre, elle nie la coccinelle qui mange un puceron, elle nie celui-là qui vient de perdre sa proie... Mais elle nie aussi les rares être humains qui s'auto-alimentent : ce pêcheur, vieux et pauvre qui revient au rivage avec deux prises, et tous ceux, qui depuis la nuit des temps, cueillent ou cultivent, ramassent et grimpent aux arbres (quand je vous disais que c'est pour les singes !). Par l'hétéroalimentation, l'humanité actuelle, indigne, affreuse, nie tous ceux qui nous ont précédés et le plan divin dans son ensemble. Chaque être humain actuel qui prétend ne pas avoir à aller chercher sa nourriture lui-même envoie un gros crachat à la face des milliards de milliards de milliards qui sont allés la chercher ou qui l'ont fait pousser EUX-MÊMES.
 
Je ne vous parle même pas de ce désordre alimentaire planétaire causé par l'hétéroalimentation. Les gens, hétéroalimentés, tournent avec des centaines d'aliments différents qui ont voyagé en tous sens.
 
Et je ne peux pas vous parlez de tout ça et ne pas insister sur un phénomène associé de très grande ampleur : le refus général de tuer soi-même (mais aussi parfois même d'arracher des plantes, ça va avec). Une partie centrale de l'hétéroalimentation est donc l'hétérocide : ce sont d'autres qui tuent pour nous.
Et la raison est incommensurablement ironique : on aurait un sentiment d'immoralité à tuer nous-mêmes. Nous sommes de cette race abjecte qui se sent mieux en faisant tuer, qu'en tuant nous-même. C'est vrai quoi, si j'engage un tueur à gage pour tuer ma femme, c'est tout de même un peu moins immoral que de le faire moi-même, c'est bien connu !
Bon, et bien-sûr, là, on retrouve donc le fait central de notre société : L'HYPOCRISIE, l'autruchisme, ce côté mains propres à la Ponce Pilate, ce côté : "maggi maggi et vos idées ont du génie". Cette façon d'externaliser tout ce qui nous gène et d'y mettre un voile.
 
Je crois qu'il y a là une voie de guérison pour beaucoup d'entre-nous de se mettre à tuer dans le cadre d'une autoalimentation. Ce serait pour chacun comme un acte magique pour réintégrer d'un coup (du lapin) l'ordre cosmique. Ha comme j'aimerais voir dans les années qui viennent, tous ceux (mangeurs de cadavres), qui poussent des cris d'orfraie à l'idée de tuer eux-mêmes, finalement prendre leur courage à deux mains afin de saigner l'animal qu'ils ont décidé de manger. Il n'y a absolument aucune jouissance morbide de ma part là-dedans, je n'aime comme vous, ni voir le sang couler, ni infliger la mort. Mais je dois affirmer ceci de majeur : l'hypocrisie humaine et ses conséquences destructrices pour la vie dans son ensemble me dégoûte beaucoup plus qu'un lapin saigné avec un couteau pour s'autoalimenter. Et je crois de plus en plus que tuer soi-même est paradoxalement la solution à la destruction de la planète. La vérité est toujours dans les paradoxes.
Houla mais oui, qu'est-ce que je suis méchant d'aller pêcher un poisson et de le manger et de vous inviter à faire pareil ; les énormes chalutiers qui ratissent le fond des mers, c'est beaucoup plus gentil, c'est sûr. Il se trouve que vous n'arrivez pas à tuer le poisson, mais que vous arrivez à accepter le chalutier... Là, il y a un truc à régler, impérativement, urgemment de chez urgemment. On ne peut pas indéfiniment, sous un simple prétexte d'externalisation, tout se permettre.
 
Mais bien-sûr, il n'y a pas que le poisson et la viande. Il y a l'essentiel : ce monde végétal à embrasser pour s'auto-alimenter. Et il y a bien-sûr la reine des reines des plantes : l'ortie. Je crois qu'on n'a vraiment pas compris qui était l'ortie.
Il y a à accepter d'être un humain sur la terre et donc de s'occuper de tout ce qui va de la graine à la graine.
Par quelle sorte de magie noire, on a pu admettre comme normal de ne s'intéresser qu'au fruit, qu'à une toute petite partie du cycle ?!
Et la graine que vous avez mangée pourquoi vous l'envoyez à la station d'épuration alors qu'elle doit retourner dans votre terre, ainsi que tous vos excréments et votre urine ?
Pourquoi on se place hors des cycles ? Pourquoi on s'insère dans les cycles de manière opportune et égoïste, juste le temps de BOUFFER, pour en sortir ensuite parce qu'on a mieux à faire ?
Mais y'a t-il quelque chose de mieux à faire que de prendre soin de soi et de la terre, et donc de s'insérer totalement dans les cycles, de tuer sa propre nourriture, mais aussi de la gérer de la graine à la graine, de l’œuf à l’œuf ?
 
Voulez-vous tous continuer à vous en laver les mains ?
A être nourri par les autres ?
 
C'est ça que vous pensez du chalutier ? Que c'est la faute des autres ? Que c'est eux qui ont voulu les tuer, pas vous ! Jamais !!! Et que le poisson, il est tombé par hasard dans votre assiette ou bien, tout simplement, vous pensez : « maintenant qu'il est mort, autant le manger, hein, ce serait du gâchis ! Mais moi, je ne voulais pas le tuer ! »
Pilate pensait aussi ainsi : c'est eux qui veulent le tuer. J'ordonne, mais c'est eux qui le tuent, pas moi. Moi, je m'en lave les mains.
 
Sylvain Rochex, 22 juin 2019
 
P.S : si vous êtes vegans hétéroalimentés, passez votre chemin, je n'ai pas de temps à perdre avec des bobos qui jouent les fines bouches. Végans qui s'autoalimentent : là il y a du courage et le débat est permis (au moins je suis tranquille, ils sont 3 en Europe). D'ailleurs, "Végans", pour avoir quelconque sens, devrait intégrer un principe d'autoalimentation, sinon c'est du vent !
 
Et si t'es pas content Végans hétéroalimenté, répond d'abord à cette simple question, qu'est ce que tu fais de tous les animaux morts à cause du transport de ta nourriture vegan ?