L'Accorderie en question

accorderieL’Accorderie a ouvert ses portes à Pontcharra (38), et il paraît, selon certains, que c’est un bien ! Je pense que ce n’est ni un bien ni un mal puisqu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, avec cette Accorderie, au niveau des principes et modes de vie proposés (voir également l'article du 07 février : l'accorderie, nouvelle garderie ?).

Comme d’hab ! Une faction a décidé de se constituer en une structure de droit privé et d’apparaître dans l’espace public afin de retrouver un peu de pouvoir (partant de notre impuissance politique commune). Mais au lieu de lutter contre l'impuissance politique générale, cette faction lutte pour son propre pouvoir.

Cette faction a décidé toute seule (avec son réseau privé) qu’elle s’octroyait le droit et la prérogative de gérer les échanges, l’entraide et le partage entre les citoyens. Bref, ce que nous attendons tous (pour certains depuis des décennies), bref, ce qui nous manque le plus à tous, pour maintenir l’espoir individuellement et collectivement.

Oui, l’amitié entre citoyen, l’entraide, et le partage sont ce qui nous manque le plus à tous. Donc, ce n’est pas comme s’il y avait déjà des lieux pour cela. Si c’était le cas, l’Accorderie pourrait faire ses petites affaires à elle, avec ses visions du monde et ses façons de faire qui lui sont propre, sans que cela ne pose de problème à personne. Ceux qui se reconnaissent dans les principes de l’Accorderie seraient libres d’y aller ou pas. Mais là, nous sommes dans la situation où il n’y a de véritable « maison du peuple » nulle-part. Qui veut retrouver cette idée de partage citoyen est donc, d’une certaine manière, contraint et forcé de s’inscrire à l’Accorderie et d’adhérer à leur fonctionnement. Or, ce fonctionnement n’est pas démocratique. La charte, les règles et « les chefs », de l’Accorderie s’imposent littéralement aux citoyens. Une fois inscrit (une fois membre !), les gens peuvent faire des propositions qui passeront toutes par « les fourches caudines » d’une petite oligarchie (les personnes qui ont monté l’Accorderie et l’animatrice salariée). Comme d’habitude, on retombe comme partout ailleurs, dans le procédé, où un petit groupe de gens décident du bien et du mal, décident de ce qui mérite d’être mis avant et de ce qui doit être écarté ou mis sur la touche. Bref, on se situe toujours aux antipodes de ce que les Grecs nommaient l’égalité politique, c’est-à-dire l’équité de parole entre tous les citoyens.

 

L’Accorderie aurait pu faire le choix de gérer l’égalité politique, l’équité. Mais non, comme par une sorte de mouvement de pesanteur, on retombe toujours sur ce vice où les tenanciers d’une structure abusent de leur pouvoir de dire ce qui est bien et ce qui est mal. Je pense d’ailleurs, que c’est toujours le désir inconscient de ceux qui cherchent à augmenter leur puissance : avoir enfin le droit de dire ce qui est bien et ce qui est mal (le droit de juger en somme) en matière de contenu et en matière de mœurs (comportements). Pourquoi donc s’en priveraient-ils ? Pourquoi donc feraient-ils différemment de ce qu’ils ont appris à l’Éducation Nationale et de tout ce qui résulte de notre normalisation sociale ?

Effectivement, organiser l’égalité politique serait quelque-chose de neuf, la seule chose véritablement neuve en fait (et donc la seule chose à faire collectivement : avec le fait de planter des arbres fruitiers bien-sûr). Mais avec l’Accorderie, rien de nouveau sous le soleil, je vous le disais. Rien de nouveau aussi avec cette prédominance de la Peur comme ciment, qui conduit systématiquement à toujours niveler par le bas et à procrastiner (remettre à demain les questions de fond). Effectivement, oser l’égalité de parole et donc par ce moyen, libérer véritablement la parole, nous conduit inévitablement à traiter les questions de fond les plus brûlantes qui engendrent tout aussi inévitablement une dose substantielle de polémiques et d’émotions. Alors, là aussi, en vertu de la pesanteur, on retombe toujours sur le consensuel et le cucul la praline afin de ne choquer personne. Et puis c’est aussi là qu’on va retrouver les tenanciers de la structure qui se croient étrangement responsables de la parole des autres, et, s’étant mis là pour trouver de ce qu’ils croient être de l’amour (des potes et des compliments), ils ne veulent pas se voir reprocher quoique ce soit. De plus (toujours sur le sujet de la Peur), l’Accorderie, par son fonctionnement est complètement soumise au système (Institutions, Subventions et Grands groupes capitalistes), donc, là aussi, il faut évidemment faire attention avec la subversion de l’ordre établi (il faut même carrément s’y soumettre).

Une des techniques magistrales que les Accorderies utilisent pour dire ce qui est bien et ce qui est mal, c’est ce principe diabolique du « Pas de politique, pas de religion, (et pas d’occultisme) ». Ce n’est pas tant le problème de vouloir parler de politique et de religion, le problème c’est la subjectivité totale que recouvrent ces deux concepts (tout en recouvrant eux-mêmes la totalité des autres concepts). En effet, en fonction de vos idées, vous pourrez à loisir frapper avec l’un ou l’autre de ceux deux tampons (politique ou religion) n’importe quelle approche dans les sciences humaines ainsi que n’importe quelle idée, pensée ou cosmovision. De plus, n’importe-quelle approche un peu trop « passionnée » et enthousiaste (étymologiquement : possédé par Dieu) sera elle-aussi vivement réprimée par cette technique diabolique (et hystérique) du « pas de politique, pas de religion !!! ».
Donc, si vous avez le pouvoir et que vous aimez quelque-chose que vous voulez mettre en avant : ça ne sera ni de la politique, ni de la religion, mais en revanche si vous n’aimez pas (ou avez peur de) une approche, vous disposerez de cette merveilleuse technique pour dénoncer le caractère « religieux » ou « politique » de cette chose qui vous dérange. Cela tient au fait que la politique (au sens du vivre ensemble) et la religion (au sens de l’abstraction et de la métaphysique) sont l’essence de l’humanité (et son mode d’existence).  Donc, dire : on accepte tout, sauf « la politique » et « la religion », c’est dire : nous voulons partager ensemble le néant de l’homme (qui se traduira in fine par des soirées crêpes et du blabla).

Deuxième technique couplée à la première pour définitivement mettre la lampe sous le boisseau : le culte de la bienveillance (hystérique, elle-aussi.) En fait si le « pas de politique, pas de religion !!!!! » permet de peser à loisir sur les contenus et de censurer, la bienveillance dogmatique, elle, servira à contrôler les comportements. Là aussi, on est en pleine subjectivité qui nivelle tout par le bas. Mais je conserve une question pour l'Accorderie : censurer les gens, à distance, protégé derrière un écran en se permettant d'affirmer ce qui est bien et ce qui est mal, est-ce de la bienveillance ? (Je pense que c'est la quintessence de la malveillance !)

Les gens de l’Accorderie vous diront sûrement que ce qu’il y a de nouveau c’est la suppression de l’argent dans les échanges de services. Mais ont-il seulement réfléchi à ce qu’est l’argent ? A sa définition ? A son principe général ? A part le fait de relocaliser l’économie (qui est une bonne chose), ils ne retirent en rien le principe de l’argent qui est  un principe d’équivalence générale. Autre aspect au principe de l’argent : la comptabilité. Or cet équivalent général et cette comptabilité, ils les ont totalement conservés à l’Accorderie, avec le temps passé et au travers de « chèques de temps ».

Alors vous pourriez me répondre : « si l’Accorderie ne te plaît pas telle qu’elle est, laisse-les, ils sont libres (– de faire leur chose privative à eux – ), et va voir ailleurs ». Je suis d’accord avec vous, mais le problème c’est qu’il n’y a rien d’autre comme « maison du peuple » digne de ce nom, où on peut réellement, et égalitairement, avancer avec ses concitoyens.

Vous qui me lisez : si vous voulez manger des crêpes, jouer au tarot, et réparer votre machine à laver ou faire un site internet, je vous invite à aller vous inscrire à l’Accorderie (qui est une sorte de « garderie » pour adultes restés enfants). Mais n’oubliez pas que « le tarot… » c’est bien une branche de l’occultisme !! ^^… vous voyez que sans égalité on ne s’en sort jamais… (Pardon d’ailleurs d’avoir employé des expressions tirées de la Bible : « il n’y a rien de nouveau sous le soleil » et « mettre la lampe sous le boisseau » car c’est de « la religion !!!!!!!!! »)

Pour ceux qui souhaiteraient concrètement transformer la société de fonds en combles et avancer ensemble démocratiquement sur des questions de fond (et de combles!) pour l’avenir de la société, de nos enfants, et de la planète, je pense que c’est un autre type de lieu qu’il va falloir faire jaillir de terre le plus vite possible (dans chaque villes et villages du monde). Un lieu où l’on puisse faire vivre l’égalité politique et la vraie démocratie.

Amitié,

Sylvain Rochex