I) « Tout mouvement de libération de l'homme ne saurait plus passer maintenant que par une déscolarisation.»

Ivan Illich

II) « L'oppression des enfants est première, et fondamentale. Elle est le moule de toutes les autres. »

Christiane Rochefort

III) « Quels enfants allons-nous laisser à la planète ? »

Jaime Semprun

IV) « Non plus créer des écoles alternatives, mais des alternatives à l’école »

John Holt

V) « Notre principale menace aujourd'hui est le monopole mondial de domination scolaire sur l'esprit des hommes. »

Everett Reimer

VI) « Ce qui me paraît le plus insupportable, c'est que l'école me séparait de moi-même. »

Christian Bobin

VII) « Plus l’homme se connaît par la voie officielle, plus il s’aliène »

Raoul Vaneigem

VIII) « Je perçois l'école non pas comme une institution qu'il faut réformer et perfectionner, mais comme une prison qu'il faut détruire. »

Cornélius Castoriadis

IX) « Ce qui abrutit le peuple, ce n'est pas le défaut d'instruction mais la croyance en l'infériorité de son intelligence. »

Jacques Rancière

X) « Prisonnier de l'idéologie scolaire, l'être humain renonce à la responsabilité de sa propre croissance et, par cette abdication, l'école le conduit à une sorte de suicide intellectuel. » Ivan Illich

XI) « Les hommes qui s'en remettent à une unité de mesure définie par d'autres pour juger de leur développement personnel, ne savent bientôt plus que passer sous la toise.» Ivan Illich

News

COUV NEXUS 108 WEBOn parle de nous (interview) dans le numéro 108 de Nexus de Jan/Fév 2017

Dossier « Déscolariser la société »

moinsOn a participé au dossier sur la déscolarisation du numéro 24 (août/sept 2016) du journal romand d'écologie : - Moins

L'école de la peur (texte complet)

ecoledelapeur

Attention aux méprises !

Nous ne sommes pas pour l'Instruction En Famille (IEF) sauf comme solution temporaire, celle-ci est inégalitaire et faire la part belle à une autre institution de l'ordre adulte presqu'autant problématique que l'école (si ce n'est plus !) Pourquoi toujours penser les choses en terme de systèmes fermés ?

Notre revendication se situe sur les communs et un monde ouvert : établir des écoles libres (chacun est libre d'y aller quand il veut), égalitaires (chacun peut intervenir pour enseigner), communales, citoyennes, gratuites, débarrassées de l'État, dans les espaces publics et communs, autogérées.

Bibliographie déscolarisation

Une société sans école
Ivan Illich
Mort de l'école
Everett Reimer
Le maître ignorant
Jacques Rancière
Comme des invitées de marque
Léandre Bergeron
Les apprentissages autonomes
John Holt
Pour décoloniser l'enfant
Gérard Mendel
Avertissement aux écoliers et aux lycéens
Raoul Vaneigem
Apprendre sans l'école
John Holt
Et je ne suis jamais allé à l'école
André Stern
La fin de l'éducation ? Commencements.
Jean-Pierre Lepri
Insoumission à l'école obligatoire
Catherine Baker
L'école de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure
Jean Foucambert
De l'éducation
Jiddu Krishnamurti
Pour l'abolition de l'enfance
Shulamith Firestone
L'école mutuelle, une pédagogie trop efficace ?
Anne Querrien
L'enfant et la raison d'Etat
Philippe Meyer
Le pédagogue n'aime pas les enfants
Henri Roorda
Les enfants d'abord
Christiane Rochefort
Les cahiers au feu
Catherine Baker
La fabrique de l'impuissance 2, l'école entre domination et émancipation
Charlotte Nordmann
La fabrique scolaire de l'histoire
Laurence de Cock et Emmanuelle Picard
L'école contre la vie
Edmond Gilliard
Libres enfants de Summerhill
A.S. Neill
Soumission à l'autorité
Stanley Milgram
Si j'avais de l'argent, beaucoup d'argent, je quitterais l'école
Une éducation sans école
Thierry Pardo
La véritable nature de l'enfant
Jan Hunt
C'est pour ton bien
Alice Miller
L'herméneutique du sujet
Michel Foucault
Ni vieux ni maîtres
Yves Le Bonniec et Claude Guillon
L'individu et les diplômes
Abel Faure
La domination adulte
Yves Bonnardel
Encore heureux qu'on va vers l'été
Christiane Rochefort
S'évader de l'enfance
John Holt
Inévitablement (après l'école)
Julie Roux

Article en avant

mamandeserie

Global larcin

Le monde est un grand larcin, un grand accaparement très diversifié, chacun son butin :

Les Élus volent le pouvoir.

Les universitaires volent l'université.

Les professeurs volent l'apprendre.

Les bibliothécaires volent les bibliothèques.

Les propriétaires volent la terre.

Les patrons volent la force de travail.

Les médecins volent la médecine.

Les médias volent l'information. ... etc. (S.R.)

Scolarisation du monde (le film)

schooling the worldAvec sous-titres Fr (bouton CC)

Outil n°1 pour lever le voile

etymosvignette

Les deux faces de la même médaille

mairieecoled

Cliquez sur l'image pour l'agrandir dans un onglet

Article du 30/08/2015

Un document exceptionnel !

millecitations

Nos liens Illustrateurs

Émissions en direct sur une radio locale

LE MONDE ALLANT VERS..., un jeudi sur deux à 19h30, sur la petite radio locale : RADIO GRÉSIVAUDAN.

Vous pouvez écouter ces émissions en rejoignant le site internet de Radio Grésivaudan ou en ouvrant votre radio sur la bonne fréquence.

Générique de l'émission :

Participez en direct en appelant le :

04 76 08 91 91

Accéder aux archives des émissions sur le site de Radio Grésivaudan.

Et si la cause des causes était l'absence d'architecture spirituelle chez chacun ? --> Ecoutez l'émission sur "La Citadelle" :

Fallait oser...

« L'enfant a droit à une éducation gratuite et obligatoire. »

Charte des droits de l'enfant de l'UNESCO

Bossuet nous disait :

« Il n'y a point de plus grand obstacle à se commander soi-même que d'avoir autorité sur les autres. »

 Professeurs, déscolarisez-vous !

« Les enfants ne sont pas seulement extrêmement doués pour apprendre; ils sont bien plus doués pour cela que nous. En tant qu'enseignant, j'ai mis beaucoup de temps à le découvrir. J'étais un enseignant ingénieux et plein de ressources, habile à élaborer des séquences de cours, des démonstrations, des outils de motivation et tout ce galimatias. Et ce n'est que très lentement et douloureusement - croyez-moi, douloureusement ! - que j'ai réalisé que c'était quand je me mettais à enseigner le moins que les enfants se mettaient à apprendre le plus. »

John Holt

Corollaire ou conclusion de cette idée de Holt : si on enseigne à l'E.N., c'est donc pour propagander, détourner, aliéner.

Sur le refus de parvenir

« Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit. » Flaubert

*****

« Si nous voulons un monde nouveau, comment accepter de grimper, d'être reconnu par des institutions du vieux monde ? »
Marianne Enckell

Autres citations sur le refus de parvenir

Le corps enseignant ?

On parle toujours du « corps enseignant », mais jamais de son âme... C'est parce qu'il n'en a pas. Et s'il en avait une, ce serait évidemment celle, noire et vicieuse, de Jules Ferry.  S.R.

julesferryamenoireVoici le monsieur qui s'occupe de vos enfants !

descoetdroit

« Le monde allant vers...» sur la déscolarisation

Les deux émissions Radio Grésivaudan du mois d'octobre 2014 sur "la Déscolarisation" :

« Le monde allant vers...» sur notre procès du 22/01/2015

 

« L'éducation, avec son fer de lance qu'est le système de scolarité obligatoire, avec toutes ses carottes, ses bâtons, ses notes, ses diplômes et ses références, m'apparaît aujourd'hui comme la plus autoritaire et la plus dangereuse des inventions humaines. C'est la racine la plus profonde de l'état d'esclavage moderne et mondialisé dans lequel la plupart des gens ne se sentent rien d'autre que producteurs, consommateurs, spectateurs et fans, motivés de plus en plus, dans tous les aspects de leur vie, par l'appât du gain, l'envie et la peur. »

John Holt

Lien vers des centaines d'autres citations sur le sujet (mis à jour une fois par mois)

 

Vraie Démocratie

Vraie démocratie

Cher Étienne (mail à Étienne Chouard), ce jour

theatreCher Étienne,

Un mot amical pour te dire que j'ai toujours la sensation que tu attaques le régime (Procès de l'élection, dénonciation d'une fausse démocratie) et non la cause des causes de ce régime, qui est la matrice des consciences individuelles et la matrice de l'individu-collectif que nous sommes.
Cette matrice c'est l'école (principalement). C'est l'école qui fabrique cet individu qui N'EST PAS CONSTITUANT ! Tu t'exaspères parfois que les citoyens ne soient pas constituants et qu'ils devraient l'être, alors qu'il y a pourtant UNE CAUSE au fait qu'ils ne le soient PAS, et ne peuvent pas le devenir.

- Attaquer le régime (dénoncer le mensonge), c'est nécessaire, et je le fais comme toi, tu le sais (et tu m'as grandement aidé là-dessus à partir de 2011).
- Tenter de nous transformer en devenant constituant, c'est un point central oui, aussi.

Mais s'il s'agit de chercher la cause des causes, il faut donc aller jusqu'à la matrice du régime. Ça m'étonne toujours que tu finisses toujours par reléguer l'école en sous-sujet (ou que tu sois un peu critique à mon égard : « inutilement brutal et injuste » [le 4/12/2015]). Dans tes approches, tu mets pourtant constamment en question le comportement des individus (l'éthos) : ne pas interroger constamment la manière dont ils ont TOUS été éduqués, (selon le principe d'une propagande de masse), c'est manquer le principal.
Ne pas interroger l'origine de leur comportement, c'est pas être un peu court ?

« Une dépossession politique » ? Une « infantilisation » ?
Le fait que mes frères humains (ma génération ou bien celles avant et après) soient des enfants politiques, c'est à cause de ce qui s'est passé après la Révolution Française ??
Je crois moi que c'est surtout fonction de la nature de la domestication qu'ils ont pris dans la tronche entre l'âge de 3 ans et l'âge de 20 ans via une propagande de masse.
Le fait de produire en masse des enfants politiques et non des hommes politiques (au sens athénien), c'est un mécanisme structurel de nos institutions (via l'éducation, educere, conduire hors de).
La maison intérieure de nos contemporains est toute mal fichue. Nous avons tous été mal charpentés politiquement (et pas seulement) par l'école, par cette SCOLARISATION DES ESPRITS, qui déresponsabilise chacun profondément, qui fait intégrer profondément l'hétéronomie en toute matière, et qui fait intégrer notre dépendance aux institutions (et à l'argent !). Et il y a un schisme énorme en nous tous, entre nos aspirations profondes et ce que le régime nous a obligé de faire.

Chaque personne qui atteint l'âge de 18-20 ans, alors qu'il devrait être en pleine possession de ses moyens se situe sûrement au point le plus bas de sa vie : PERDU, PAUMÉ.
On va à l'école de 3 à 18 ans et une fois, soi-disant adulte, on ne sait pas prendre la parole en public, on n'est pas devenu adulte, on est irresponsable, on ne sait pas faire sa maison, ni se nourrir par ses propres moyens, on est juste devenu de la chair à capitalisme, esclave-consommateur, mouton parmi les moutons prêt à servir les riches (et tu voudrais qu'on soit CONSTITUANTS ?!). Mais il ne faudrait jamais parler de ces milliers et milliers d'heures d'ennui à écouter des sornettes qu'on nous fait rentrer à coup de butoirs (en jouant sur un chantage à l'amour, un chantage à l'inclusion, avec des carottes et des bâtons) ? Il ne faudrait jamais parler de ce système DE CASSAGE DES INDIVIDUS pour les faire tous rentrer dans la même petite boîte (en les terrorisant) ?

Les capitalistes, les riches, ont DEUX OUTILS/INSTRUMENTS (pas UN, mais DEUX) : le gouvernement représentatif ET le système de propagande (principalement l'école) qui va AVEC !!! (qui se nourrissent l'un l'autre).

Bien-sûr, il n'y a pas que l'Éducation Nationale, la scolarisation est plus large que ça. La matrice est ce système global de normalisation sociale par un système de propagande de masse constitué de : 1. L'éducation Nationale - 2. Les industries culturelles (médias de masse, radio, cinéma, télévision, et ministère de la culture) - et 3. la gouvernementalité algorithmique (la nouvelle propagande).
Et tout ce système repose bien-sûr sur le mouvement intrinsèque de la masse à avoir peur et à s'auto-contrôler, à répercuter à l'infini la norme sociale en rejetant celui qui n'est pas conforme.

Mais l'ossature de l'ensemble (pour chacun et pour la société) est bien fournie par l'Éducation Nationale (c'est pour ça que les oligarques disent souvent que l'école est « leur bien le plus précieux » - ça te titille pas l'oreille ça ?! - car ils ne disent même pas la même chose de l'élection... ça devrait t'interpeller !
C'est la société toute entière qui est scolarisée (dans la mesure où chacun l'est et qu'il s'agit bien d'un mode d'être social global). C'est pourquoi, je pense depuis 3 ans que pour vraiment s'attaquer à la cause des causes de tous nos problèmes, il faut déscolariser la société.
Et pour déscolariser la société, il faut auto-instituer partout des écoles pour tous (je parle donc plutôt de skholè) villageoises, communales, gratuites, conviviales, libres et égalitaires, débarrassées de l'État, où chacun peut être tour à tour, librement, égalitairement, élèves et profs. N.B : pour devenir tour à tour : gouvernés et gouvernants selon le bon mot d'Aristote, il faut impérativement être tous, tour à tour : élèves et professeurs ! C'est totalement LIÉ !!!! Il y a analogie totale entre l'élève et l'électeur, et, le prof et l'élu.

Tu continues de faire le procès de l'Élection quand tous les jours, tes collègues profs enseignent dans toute la France rigoureusement le contraire (va au moins lire les manuels par exemple). 12 millions d'enfants continuent TOUS LES JOURS de manger les mêmes bêtises (parfois en pire) qu'on m'a fait manger et qu'on a aussi données à mes parents et grand-parents.
C'est quand que tu vas ENFIN t'en prendre régulièrement, intensément et avec sérieux, à ce système de propagande ultra-puissant et massif qui enseigne à tout le pays, exactement le contraire de ce que toi tu racontes dans tes conférences depuis plus de dix ans ?

Amicalement,

Sylvain

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Et un autre extrait de cours de classe de 3ème :

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12 citations de Castoriadis sur la passivité politique

Une série de 12 citations de Cornélius Castoriadis sur la passivité politique mortifère causée par le Régime

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1) « Il s'agit du cercle de la création : si le gouvernement démocratique présuppose des citoyens vigilants et courageux, cette vigilance et ce courage sont en même temps un résultat du gouvernement démocratique. Un peuple qui délègue constamment ses pouvoirs n'apprendra jamais les vertus de courage et de vigilance politiques qu'exige la démocratie ; il ne s'éduquera qu'aux facilités de la passivité et de la délégation. Une fois les élections passées, les citoyens s'empresseront de retourner à leur affaires privées. Tous les grands auteurs classiques étaient profondément conscients de ce lien essentiel, aujourd'hui oublié, entre éducation au sens fort, pas seulement scolaire, et institution politique — et du rôle de l'institution politique elle-même comme principal moyen de l'éducation politique. »

2) « Le reproche fondamental que l'on peut faire à la démocratie représentative, c'est qu'elle détruit la participation.»

3) « Pour que la société puisse effectivement être libre, être autonome, pour qu'elle puisse changer ses institutions, elle a besoin d'institutions qui lui permettent de se faire. Que veut dire, par exemple, la liberté ou la possibilité pour les citoyens de participer, le fait de s'élever contre l'anonymat d'une démocratie de masse, s'il n'y a pas dans la société dont nous parlons quelque chose qui est la paideia, l'éducation du citoyen ? Il ne s'agit pas de lui apprendre l'arithmétique, il s'agit de lui apprendre à être citoyen. Personne ne naît citoyen. Et comment le devient-on ? En apprenant à l'être. On l'apprend, d'abord, en regardant la cité dans laquelle on se trouve. Et certainement pas cette télévision qu'on regarde aujourd'hui. Or cela fait partie du régime. Il faut un régime d'éducation.»


4) « La population ne participe pas à la vie politique : ce n'est pas participer que de voter une fois tous les cinq ou sept ans pour une personne que l'on ne connaît pas et que le système fait tout pour vous empêcher de connaître. Mais pour qu'il y ait un changement, qu'il y ait vraiment autogouvernement, il faut certes changer les institutions pour les gens puissent participer à la direction des affaires communes ; mais il faut aussi et surtout que change l'attitude des individus à l'égard des institutions et de la chose publique, de la res publica, de ce que les Grecs appelaient ta koina (les affaires communes). Car aujourd'hui, domination d'une oligarchie et passivité et privatisation du peuple ne sont que les deux faces de la même médaille. »

5) « Je ne suis pas pessimiste, mais la situation est effectivement grave. Les gens veulent ce mode de consommation, ce type de vie, ils veulent passer tant d'heures par jour devant la télé et jouer sur les ordinateurs familiaux. Il y a là autre chose qu'une simple "manipulation" par le système et les industries qui en profitent. Il y a un énorme mouvement — glissement — où tout se tient : les gens se dépolitisent, se privatisent, se tournent vers leur petite sphère "privée" — et le système leur en fournit les moyens. Et ce qu'ils y trouvent, dans cette sphère "privée", les détourne encore plus de la responsabilité et de la participation politique. » 


6) « La passion pour les objets de consommation doit être remplacée par la passion pour les affaires communes.»

7) « Je ne pense pas que les hommes se mobiliseront jamais pour transformer la société, surtout dans les conditions du capitalisme moderne, et pour établir une société autonome, uniquement dans le but d'avoir une société autonome. Ils voudront vraiment et effectivement l'autonomie lorsqu'elle leur apparaîtra comme le porteur, la  condition, l'accompagnement presque, mais indispensable, de quelque chose de substantif qu'ils veulent vraiment réaliser, qui aura pour eux de la valeur et qu'ils n'arrivent pas à faire dans le monde actuel. Mais cela veut dire qu'il faudra que de nouvelles valeurs émergent dans la vie sociale-historique.»

8) « Dans la phase actuelle la population se trouve dans une apathie politique totale, dans la privatisation la plus complète. Chacun vaque à ses affaires, écrit ses poèmes, achète sa vidéo, part en vacances, etc. Je crois que pendant une période comme celle-ci le rôle de ceux qui pensent la politique et qui ont une passion politique (une passion pour la chose commune) est de dire à voix haute, même s'ils sont peu entendus, à la population ce qu'ils pensent. De critiquer ce qui est, de rappeler aussi au peuple qu'il y a eu des phases dans son histoire où il a lui-même été autrement, où il a agi d'une façon historiquement créative, où il a agi comme instituant.»

9) « On a ce que j'ai nommé depuis trente ans une privatisation sans précédent dans notre histoire. C'est-à-dire la poursuite de petites jouissances dans un monde qui est pour les gens sans aucun projet, sans aucune perspective, sauf leur petit bien-être individuel — ce que j'appelle l'onanisme consommationniste et télévisuel. Ça ne va pas plus loin. On vit dans une société de lobbies et de hobbies. Ça marche, mais jusqu'à quand ? Il ne faut pas oublier que l'énorme succès du capitalisme s'appuie, entre autres, sur une destruction irréversible des ressources biologiques que trois milliards d'années ont accumulées sur terre. Il y a là une sorte de barrière contre laquelle on est précipités à toute vitesse. La véritable démocratie naît en occident précisément comme la tentation du peuple de s'autogouverner, c'est-à-dire de faire sa propre loi. Mais pour cela, il faut que la société incorpore en elle-même une énorme dose de réflexivité, de réflexion sur soi-même. La vraie démocratie, c'est le régime de la réflexivité. Et la vraie démocratie est un régime réflexif parce que c'est un régime délibératif. Il implique la libération de l'activité collective, une passion pour la chose publique. Et l'instauration d'un régime vraiment démocratique exigerait le déploiement à grande échelle d'une telle activité et d'une telle passion. Or on n'en voit pas les signes. Phénomène d'autant plus angoissant qu'encore une fois, nous courons contre ce bloc de granit qu'est l'impasse écologique. À moins que l'humanité ne se ressaisisse, elle risque fort, alors, de se retrouver avec un régime totalitaire. »

10) « Les gens d'aujourd'hui n'ont aucune envie d'entendre, et de faire l'effort que réclame un discours qui appelle à la réflexion critique, à la responsabilité, au refus du laisser-aller. Il s'agit d'une époque de parasitisme et de pillage généralisé. Car que dit-on, au fond ? Que l'histoire s'est arrêtée, ou mieux, qu'elle est finie. Depuis l'antiquité grecque, l'Europe se définit aussi par la philosophie, et on nous dit : fin de la philosophie, il n'y a plus qu'à "déconstruire". Depuis 28 siècles, l'Europe se définit par ses luttes pour modifier l'institution de la société, ses luttes sociales et politiques, sa création de la politique, et on nous dit : la politique (la vraie, la grande), c'est terminé. La république parlementaire ou présidentielle (qu'on appelle aussi "démocratie", le respect des mots étant depuis longtemps perdu), voici la forme enfin trouvée de la société humaine. Certes il reste à faire quelques réformes : revoir, par exemple, les allocations familiales des gardes champêtres. Mais, pour l'essentiel, la tâche politique, la tâche instituante de la société est achevée : Reagan, Thatcher, Kohl, Mitterrand / Chirac pour les siècles à venir ! Non, la philosophie, la vraie pensée, n'est pas finie, on pourrait presque dire qu'elle commence. Et la grande politique est à recommencer. L'autonomie n'est pas simplement un projet, c'est une possibilité effective de l'être humain. On n'a pas à prévoir ou à décréter son avènement ou son effacement, on a à travailler pour elle. Nous traversons une basse époque, c'est tout. »

11) « Nous ne voulons pas le changement social pour le changement social. Nous voulons une transformation radicale de la société parce que nous voulons une société autonome faite par des individus autonomes ; et que la société capitaliste contemporaine est une société dominée par une oligarchie (économique, politique, étatique, culturelle) qui condamne à la passivité les citoyens, qui n'ont que des libertés négatives ou défensives. C'est ce que j'appelle le projet d'autonomie individuelle et sociale.»

12) « Les structures bureaucratiques-hiérarchiques détruisent les solidarités. La culture pousse frénétiquement vers une privatisation des individus, qui non seulement se désintéressent des affaires communes, mais voient les autres comme des objets ou des ennemis potentiels qui les empêchent d'avancer dans l'embouteillage général. Cela dit, l'instauration d'une vraie démocratie exige beaucoup de tout le monde. Elle suppose l'autonomie de l'individu, c'est-à-dire sa lucidité, sa réflexivité, sa responsabilité. Elle suppose aussi la compréhension par l'individu que, contrairement aux mystifications répandues par le libéralisme, son destin est radicalement solidaire de celui de tous les autres, qu'il appartient à la même planète que ses semblables et qu'avec ces semblables ils sont actuellement en train de la détruire. »

Les Élus ou l'Amitié, nous avons un choix à faire...

amitiéJe voudrais rebondir sur ce propos d'un ami concitoyen qui me disait qu'il se passe dans le monde entier chaque jour des choses beaucoup plus graves que notre vie de village empêchée par les Élus...

*****

Si on part des thèses du municipalisme ou du communalisme, le plus grave n'est pourtant jamais les décisions politiques et économiques (et leurs conséquences) de la Maison Blanche ou de la Chine. Le plus grave, c'est toujours cette impossibilité de vivre à l'échelon de la commune, qui est le seul échelon de la vie humaine et celui où tout commence : l'échelon de l'Espérance. L'échelon où on peut tout reprendre à zéro au niveau même de la place de l'homme dans l'univers si cela nous chante.

Nous sommes toujours tournés vers les spectacles de la grande échelle nationale ou mondiale et nous en oublions constamment l'échelon à notre mesure qui permet tout (justement parce qu'il est à la mesure de l'homme) : celui de la commune. Combien d'artistes vont se croire bouffons à la cour en épinglant quotidiennement sur youtube le Président des USA ou l'oligarchie française ou telles stars sans jamais un seul instant s'en prendre à leur Maire ou à la petite oligarchie qui tyrannise en continu leur petit village. L’échelon de la praxis (actions réelles transformatrices du réel) est pourtant uniquement celui de la commune (car à la mesure de chaque individu – y compris de « l'individu collectif »).

Le plus grave, c'est donc toute cette vie qui voudrait éclore dans les ruelles, les collines, les jardins, les communaux, les Églises, les places, auprès des fours à pains, dans les salles communales, qui est systématiquement et quotidiennement assassinée dans l’œuf par les Élus soi-disant «  de la Ré-publique ».

Le plus grave c'est toute cette Espérance contenue dans la possibilité de se rassembler, de se parler, de s'écouter, de s'entraider, de prendre soin ensemble, de créer ensemble, de jouer ensemble, d'apprendre ensemble, de festoyer, de mettre en commun qui est systématiquement et quotidiennement assassinée par les Élus.

Tuer l'espérance est le plus grand crime. C'est comme retirer à un mourant le dernier espoir de sa guérison (fut-il basé sur quelques irréalités, métaphysiques ou transcendances). En empêchant l'amitié au sens de la philia d'Aristote, les Élus réalisent ce que Cornélius Castoriadis n'a eu de cesse de nommer la clôture de l'imaginaire social et politique.

Le Chrétien que je suis baptise cela l'Espérance assassinée, et pourquoi pas : Jésus crucifié encore et toujours. Le monde va très très très mal, certes, mais donc pour continuer à vivre, le minimum est de laisser une ouverture sur de nouveaux possibles. Or les Élus ferment tout à double-tours (je le constate depuis 12 ans de mille et unes manières). Il est aisé d'observer les choses de façon purement physique et/ou biologique : les Élus travaillent à maintenir un milieu clôt sur lui-même alors que les processus ordonnateurs de la vie réclament en permanence un échange avec « le milieu extérieur ». Le christianisme rejoint plus souvent qu'on ne le croit la biologie.

Les Élus empêchent la rencontre avec l'Autre, avec l'Étranger, avec le Voisin : ils empêchent l'air de rentrer (ils haïssent le nouvel air - la nouvelle ère). Les Élus cadenassent la porte qui devrait pourtant rester ouverte, celle que nous pouvons tous pousser pour être accueillis en convive tel que nous sommes, avec notre pauvreté d'être humain égale à celle des autres, cette porte qui nous amène autour de la table avec une bougie au centre ou près du foyer. Prenez un peu le temps d'analyser ce qu'il reste d'en-commun dans votre commune (oui, commune !! nous osons encore dire "Commune" !!) [N.B : pour effectuer dignement cette analyse, merci de ne pas vous faire prendre au piège avec « les services publics » qui servent uniquement des logiques individualistes (eau, ordures, école, routes etc.) ou avec la forme associative qui est une forme privative ou avec les notions d'argents (l'amitié suppose la gratuité). Vous verrez qu'il ne reste plus rien de véritablement COMMUN]

Il y a en fait antinomie radicale entre la notion d'en-commun et la notion de délégataire du peuple.
Il faut donc bien comprendre pourquoi les Élus détruise systématiquement l'en-commun (et ils le font tous). Il le font car il y a antinomie radicale (au niveau éthique, symbolique et esthétique) entre un régime fondé sur la délégation et une démocratie véritable. Tout ceux qui cherchent à nous faire croire à longueur de prise de parole qu'on pourrait mixer les deux, que tel Élu sera enfin au service du bien commun, sont d'effroyables menteurs. C'est l'un ou l'autre : les Élus ou l'Amitié, nous avons un choix à faire.
Les Élus (tous les Élus) savent plus ou moins inconsciemment que si le peuple se rassemble et retrouvent les chemins d'un vivre ensemble dans la philia, cela ouvre directement la porte à des formes autogestionnaires et d'autonomie collective dans lesquels ils disparaissent immédiatement en tant qu'Élus.
Les Élus savent plus ou moins inconsciemment que leur pouvoir (comme tous les pouvoirs !) est mathématiquement fonction du degré de division à l'intérieur du peuple. Il s'agit donc bien là de deux forces antagonistes : la force de l'amitié ou celle de la délégation (concomitante des petites vies privatives).

Tout est affaire de symbolisme. Les Élus savent (encore une fois plus ou moins inconsciemment) à quelle vitesse le nouveau symbolisme de l'assemblée du peuple peut les mettre directement à terre. Imaginez que sur un seul mois, l'assemblée du peuple se tiennent ne serait-ce qu'une fois de plus que « le conseil municipal », c’en est déjà fini de ce dernier au niveau symbolique. L'oligarchie politique peut disparaître très rapidement en fait et cette disparition en fait la met en position de disparaître rapidement y compris en droit. Ce qui est réellement vécu comme partage régulier entre les membres du peuple développe toujours une force symbolique beaucoup plus grande que les petites réunions (ridicules) d'une oligarchie politique.

On peut bien me parler des heures de tels ou tels Élus qui seraient soi-disant tournés vers le bien commun et l'amitié dans le village, ces Élus fonctionneront toujours en fonction d'une limite franche constituée par la conservation de leur pouvoir issu de la délégation, et cette limite constituera toujours un mur immédiat pour qui veut faire progresser l'Amitié dans son village.

Donc, vous pouvez tous continuer de mener vos petites affaires privées en tentant d'oublier les Élus, en cultivant constamment des milliers d'excuses pour ne jamais vous frotter à eux. Pourtant, souffrant de solitude et de toute la peine à devoir mener sa barque seul : la flamme, le souvenir, de l'Amitié viendra toujours vous chercher. Et l'impossibilité de l'Amitié vous ramènera TOUJOURS à vos Élus.

Donc, autant vous frotter à eux tout de suite, ce serait vraiment gagner du temps et éviter beaucoup de temps gâché.

Autant œuvrer dès à présent pour la philia sans Élus, puisque le cas échéant cette question ne vous lâchera jamais totalement.

L'homme fait l'inverse de ce qu'il faut. Eh bien soit.

roi nu miroirHier soir encore (oui, encore ! et encore !!!), je tombe sur un court passage de Khalil Gibran, qui s'intitule « le moi suprême » : un roi tout juste couronné discute avec ce qui semble être son reflet nu.

Le roi dit avoir été couronné car il est le plus noble, le plus sage et le plus puissant. ...
Et vous connaissez la chute (c'est ça le problème, c'est que vous connaissez tous la chute... qui porte bien son nom de chute d'ailleurs.)

Le reflet nu, lui révèle que s'il était noble, sage et puissant, il aurait refusé d'être couronné, et que celui qui est le plus noble, le plus sage et le plus puissant est celui qui n'est pas roi.
C'est le plus vieux thème de philosophie.
Quiconque ouvre un livre de pensées ou même de poésies, quiconque prête l'oreille à la source des sources entend cette musique : celui qui veut trôner et/ou trône ici bas est le moins sage, le moins noble et le moins puissant. Celui qui gouverne les hommes ne peut pas se gouverner lui-même. Vérité chrétienne, vérité bouddhiste, vérité de toute la philosophie politique depuis la nuit des temps, vérité tout court, vérité ultime. Vérité des vérités.

Lorsque j'ai intensément repris ou parcouru les couloirs plus ou moins classiques de la philosophie politique à partir de 2010, c'est cette vérité qui m'a sans cesse inondé. Et j'ai pu mesurer combien cette vérité était formulée de façon identique dans toutes les pensées qui nous viennent du fond des âges.
Bien-sûr, on peut citer les pré-socratiques, Platon, des athéniens célèbres (Cléon entres autres), les stoïciens, des chrétiens, on peut parler des Bossuet, des Castoriadis, des Alain, des Rancière, des Sintomer et des centaines d'autres antiques ou contemporains que j'oublie (Gibran donc aussi, Saint Exupéry oui bien-sûr), on peut aussi parler de milliers de poètes, pamphlétaires, essayistes, ou dramaturges,... mais au final, ça ne sert à rien, cette vérité est tellement énorme, tellement en chacun de nous, tellement connu de l'homme, tellement martelée depuis l'aube des temps.
Mais je le crie quand même depuis 5 ou 6 ans : il ne faut jamais donner le pouvoir à ceux qui le veulent. J'ai diffusé des milliers de papiers, placardé des pancartes, réalisé des expériences politiques, donné du théâtre. Je l'ai dit aussi aux "rois" à chaque fois que j'ai pu. J'ai alerté à chaque fois que j'étais dans un groupe qui s’apprêtait à réitérer cette SEMPITERNELLE erreur.

Pourtant nous le savons tous (et les rois, comme Gibran finalement le suggère, le savent aussi). Nous savons tous que le moins apte d'entre-nous à gouverner est exactement celui qui désire le pouvoir. Nous le savons et partout, continuellement, des plus petites instances, au sommet des gouvernements nationaux, continentaux, mondiaux, partout, tout le temps, nous donnons le pouvoir à ceux qui le désirent. Nous confions le destin des hommes à ceux qui sont les moins sages : ceux qui seront les plus méchants, les plus cyniques, les plus égotiques. Nous donnons le pouvoir aux plus blessés d'entre-nous, aux plus malades d'entre-nous, aux Hitlers, : à ceux qui sont les plus enclins à REPRODUIRE LES VIOLENCES QU'ILS ONT SUBIS (Cf : Alice Miller et Cie).

Je dois donc ici avouer ma faiblesse, une honte et un échec : après tout ce temps passé à réfléchir à tout ça, je n'ai pas réussi à trouvé POURQUOI nous faisons ça et je m'en remets tout entier à vous et à tout le monde.

Je n'ai pas trouvé pourquoi nous ne tenons JAMAIS compte de millénaires de sagesses qui nous révèlent qu'il ne faut pas donner le pouvoir à ceux qui le veulent. Je n'ai pas trouvé POURQUOI les hommes sont si vides d'imagination et d'invention en face de cette ridicule aporie (qui n'en est pas une en fait).
J'ai longtemps réfléchi au problème du formatage et à la normalisation sociale, mais je me rends que ça ne suffit pas : car les hommes connaissent cette vérité peu importe le système de propagande idéologique aussi violent et profond soit-il.

Et demain, on va recommencer : telle élection de délégués, ici, là, partout ; en posant préalablement la question : QUI SE PRÉSENTE AU POSTE ? Qui signifie littéralement à chaque fois QUI VEUT LE POUVOIR ? Quand toute la philosophie depuis que le monde est monde nous hurle : ne donnez pas le pouvoir à ceux qui désirent le pouvoir.

Alors je m'en remets à vous. Je considère que j'ai plus qu'essayé de dire, de faire, pour respecter cette sagesse du fond des âges.
Je vais donc laisser les hommes inlassablement faire l'inverse de ce qu'il faudrait faire.
Je continue ma route avec cette conclusion sur l'homme :
Il est un animal craintif qui fait exactement l'inverse de ce qui recommandé par les Dieux, par la sagesse et le bon sens.

Les lois du pouvoir

N.B : Je fais constamment l'éloge du livre "Propos sur les pouvoirs" d'Alain, je peux pratiquement faire la même chose avec "Propos sur le bonheur" (qui concerne d'ailleurs plus la question du travail), en revanche, et c'est très intéressant, "Propos sur l'Éducation" est assez terrifiant. Alain serait d'ailleurs un de nos meilleurs contradicteurs. Le professorat (Alain était prof) abîme donc y compris les esprits les plus vifs (je dis ça car on sent bien dans "Propos sur l´Éducation" qu'il prêche continuellement pour sa paroisse).

Réponse courte et conjointe à Etienne Chouard et Frédéric Lordon

Courte, car je ne vais pas ré-écrire tout ce qu'il y a dans ce site et tout ce que j'écris depuis des années. Mais Etienne a marqué ceci récemment (20/11/15) sur son blog :

etienne chouard

Vous avez été des milliers (et des milliers), à aimer et à partager le précédent billet, qui résumait cette vérité, bien d’actualité : « Une constitution digne de ce nom (d’origine populaire) permettrait à un peuple digne de ce nom (composé de citoyens constituants) de s’opposer aux représentants qui veulent lui imposer la guerre. » POURTANT, malgré cet élan spontané (pour l’idée de nous auto-constituer), vous n’êtes PAS — pas encore — des milliers (et des milliers) à vous entraîner, pied à pied, « pour de vrai », à constituer :( Mais qu’est-ce qui vous retient donc ? Qu’est-ce qui vous empêche, vous personnellement, de passer à l’acte, massivement, puisque vous pouvez le faire librement (pour l’instant) ? Si vous trouvez (le frein qui nous gêne), soyez gentils de m’en parler.

Ce frein (qui est un mur) est explicité en long en large et en travers, via les idées de "Déscolarisation" présentes ici, et dans les têtes et papiers de Sylvain et Mathilde.

Un atelier constituant doit pouvoir se dérouler dans l'espace commun (l'espace public) ! Le cas échéant, il ne s'agira que d'une discussion privée, ésotérique (au sens étymologique de ce mot), vécue par une ou plusieurs hétairies philosophiques. Le fait d'être "constituant" doit être en lien avec l'espace public (espace commun, à vrai dire). Car c'est le peuple qui est constituant en démocratie, et non telles ou telles bandes privées.

Ce à quoi Etienne répondra certainement à peu près ceci ("l'antienne d'Étienne" disait-il lui-même) : "Non ! Vous pouvez le faire partout : chez vous, dans un ascenseur, au bistrot, au bureau et même aux chiottes ! Il suffit d'être au moins deux ! ". Je pense au plus profond de moi-même qu'Etienne se trompe cruellement sur ce point : un atelier constituant digne de ce nom, doit se tenir dans l'espace public ! Pourquoi ? Car la constitution concerne la chose publique et le peuple. Dans les lieux privés : il n'y aura jamais le peuple (l'Idée de peuple) et il ne s'agira jamais — c'est une lapalissade — d'espace public ! Pour que Mamie Josette, tante Ursule, le vieux Robert, Monsieur tout-le-monde, s'intéressent à la constitution, les ateliers constituants doivent se tenir dans l'espace public. Le cas échéant, Nico, Valentin, Sylvie, et Benoît (des gentils virus, des militants d'extrême gauche, de l'UPR et des alters permaculteurs, adeptes des couches lavables et du revenu de base, ou autres bobos cultivés) continueront tout seul dans leur coin, avec les membres de leur club philosophique, à s'intéresser à la constitution.

Or l'espace public est volé, actuellement, par l'oligarchie. Nous devons d'abord "arracher" nos espaces. Curieux, vraiment très curieux, qu'Etienne n'aille jamais sur ce point (je ne sous-entends rien de spécial, mais je trouve ça juste hallucinant que le sujet ne vienne jamais). Etienne répondrait sûrement : "nous devons d'abord ré-écrire la constitution pour que l'oligarchie nous restitue ce qui nous appartient". Comment ne pas voir ce bon vieux serpent qui se mord la queue ? Pourtant, nous savons très bien que le véritablement commencement c'est quand les gens se ré-approprient les espaces communs pour prendre la parole et faire de la politique ensemble.

lordonPour Frédéric Lordon, qui a fourni récemment une excellent tribune sur la situation (a)politique actuelle conclue, ÉVIDEMMENT, à la nécessité absolue de se rassembler dans l'espace public ! Mais, très grave erreur, pour lui, comme pour des milliards de cerveaux formatés, l'Espace public, c'est toujours sinistrement "LA RUE". Comment ne pas voir, ne pas entendre, le pathétique-larme-à-l'oeil teinté de religiosité, avec lequel la grande majorité des "militants gauchistes" prononce l'expression "LA RUE ! ". Ne nous laissons donc pas berner par ce puissant affect-triste !! (pour reprendre un concept pourtant si bien malaxé par Lordon). Nous devons trouver le chemin d'un affect doux et joyeux concernant "les communs", et "la rue" ne sera alors qu'une très maigre portion des "communs" (soit-dit en passant : la rue, de nos jours, est en prime un des territoires privilégiés du capitalisme : règne de la bagnole, du béton, de l'artificiel et des commerces (et du sécuritaire régalien). Voici les trois dernières phrases de sa tribune (qui sont sinistres contrairement au reste du billet)  :

Cette manière ne peut être posée qu’en actes, c’est-à-dire dans la rue. Donc il faut aller dans la rue. Et puis nous verrons bien.

C'est-à-dire que le programme selon Lordon, ça serait ENCORE de se geler les couilles au profit d'une pub massive sur l'usage urbain à rude épreuve des tentes Queshua de Décathon. Il s'agirait encore, selon Lordon, qu'on se regroupe sur le béton et dans le froid, comme des SDF, avec du vin chaud et des soupes au moins pour se rassurer, créer une illusion de fraternité retrouvée, et afin d'organiser la Révolution...  (??) Bizarre... ! Programme que nous connaissons par coeur : épuisement des motivations, situation qui ne permet absolument pas d'être efficaces collectivement sur tous les plans : matériellement et intellectuellement. Situation en forme de courbe de gauss (en cloche), qui monte agréablement, qui atteint son extremum (ce qui est autorisé) et qui redescend comme c'est monté. Oui, il faut conclure comme Lordon à la nécessité absolue de se rassembler dans l'espace public ! Mais à partir de là, il faudrait dire ce qu'est véritablement l'espace public et dire que c'est infiniment plus que "LA RUE", dire que toutes les salles municipales éclairées et chauffées c'est surtout cela l'espace-public, dire que c'est de cela dont nous avons besoin pour organiser notamment les "ateliers constituants" à la Chouard, mais pas seulement. Nous avons aussi besoin de ces espaces pour faire jaillir une égalité d'expression tous azimuts ! Des intellos comme Chouard ou Lordon devraient pourtant savoir que tous les vrais basculements social-historiques vertueux et constructifs sont toujours marqués par le jaillissement un peu partout de la parole de ceux qui en étaient privés, et précisément dans les lieux où ils étaient privés de parole.

Bref, c'est bien curieux... Chouard et Lordon, tout en allant comme d'hab dans le bon sens, demeurent conjointement en-deça d'une ligne symbolique qui m'apparaît bien nette, comme le nez au milieu de la figure !

Nous devons redevenir des hommes politiques au sens athénien de la chose, oui sieur Lordon et sieur Chouard ! Mais le premier nous dit que ça se peut se faire dans l'ascenceur ou au cinéma, et le deuxième, possédé par "un affect-triste" (rapport au monde qu'il dénonce pourtant dans des bouquins), que ça doit se faire dans "LA RUE ! " Non et non !! Ils se trompent, et peut-être sans le vouloir, ils nous trompent ! Le processus nécessaire doit se faire dans "LES COMMUNS", dans une culture retrouvée et actualisée du "commun", et leur reconquête culturelle et matérielle doit être la priorité des priorités !!!

Donc, tout ceci nous amène, ni dans l'ascenseur, ni sur le coin de table d'un restau, ni dans "La rue !!", mais dans des espaces municipaux : éclairés, conviviaux et chauffés (voir le récent billet Espacemelimelo.barre) ou bien encore : nos conseils pour aider la déscolarisation de la société ou même la totalité du site Déscolarisation)

Merci DONC à tous (Lordon et Chouard, y compris) de cesser avec L'INDIGNITÉ !!!! Nous valons mieux que ça !

Peut-être que Chouard et Lordon savent, plus ou moins inconsciemment que lorsque "L'insurrection qui vient" vient vraiment, "ceux qui parlent plus que les autres et/ou à la place des autres "(dont Chouard et Lordon font partie actuellement) , doivent s'effacer automatiquement au profit du Démos tout entier qui se met à parler... Ces deux-là veulent-il vraiment sacrifier leur statut actuel de tribun quelque-peu aristos, au profit d'une réelle et intense activité démo-cratique ? (Chouard, je pense, est tout enclin pour se diriger vers cette sagesse ; Lordon, je sais pas car je ne le connais pas du tout).

P.S : Ce billet n'est pas  ce qu'on appelle une "charge" contre Etienne pour qui je demeure dans l'amitié totale. Ce n'est point non plus une charge contre Lordon, chez qui j'apprécie la justesse des analyses, mais avec lequel je ne peux point parler d'amitié puisque nous ne sommes liés d'aucune façon. Gros bisous aux deux dans tous les cas.

Sylvain Rochex

Le mouvement des Bibliothèques

J'avais publié pendant quelques jours l'appel pour le mouvement du 14 juillet 2015 qui présentait la survenue d'une Révolution Française avec destitution des pouvoirs en place, gouvernement provisoir et établissement d'une vraie démocratie dans la Nation France. Ce mouvement parle d'une prise de tous les lieux officiels du pouvoir à Paris. J'ai retiré relativement rapidement ce billet qui n'est pas du tout sur notre ligne car nous pensons que la Révolution doit - très logiquement - venir d'en bas.

Je souhaite donc poser une série de questions simples à tous et en particulier à ce "mouvement du 14 juillet" :

a) Comment le peuple pourrait-il prendre l'Élysée quand ce dernier est absolument incapable de prendre ne serait-ce que sa petite bibliothèque de quartier ou la moindre pauvre salle municipale ??!

b) Comment le peuple pourrait-il prendre l'Élysée quand ce dernier est absolument incapable de dire merde à la moindre petite hiérarchie, à la moindre petite contrainte débile qui lui pourrit la vie ?

c) Comment le peuple pourrait-il prendre l'Élysée quand les membres de ce dernier tremblent physiquement à la moindre polémique qui les fait sortir du cadre de ce qui a été défini par la propagande et/ou par leurs chefs ?

d) Comment le peuple pourrait-il prendre l'Élysée quand chacun se soumet sans broncher quotidiennement aux propriétaires, Élus, Profs, Patron, bureaucrates et hiérarques en tout genre ?

e) Comment le peuple pourrait-il prendre l'Élysée quand chacun se soumet à la moindre demande débile des insitutions par peur des représailles, de la "justice", et d'une exclusion quelconque ?

f) Comment le peuple pourrait-il prendre l'Élysée quand chacun se soumet aux Lois, à toutes les Lois, sans se poser la question de qui fait les Lois et de la légitimité des Lois ?

Donc, à la place de prendre l'Élysée, nous proposons, nous, que chacun essaie D'ABORD, POUR COMMENCER, de "prendre" avec ses voisins et concitoyens, SA PETITE BIBLIOTHEQUE DE QUARTIER. C'est "le mouvement des bibliothèques".

Sur tout le territoire, dans des milliers de villages, vous avez un bâtiment public qui est géré par les Élus et confié à une tripotée de retraitées la plupart du temps anciennes institutrices ultra-scolarisées et qui s'appelle "la bibliothèque". Le but de cette gestion (Élu / vieilles-scolarisées-soumises-aux-Élus-de-la-Lumière-intersidérale) permet d'obtenir un lieu constitué de simples rayons de livres (avec une majorité de livres propagandistes), et trois contes Pierrot-La-Lune-Petite-Poule-Rousse-les-3-petits-cochons pour les zenfants et un-guitariste-qui-joue-"jeux-interdit", par mois. Dans cette configuration, chaque membre du peuple est donc invité à parler des milliards et milliards de sujets dont il aimerait s'entretenir avec ses concitoyens sur Internet. Le message est clair, pour apprendre, ll y a l'éducation Nationale de 3 à 20 ans et quand on est adulte, ben, on bosse, on fait des barbecues avec ses amis, et on emmène de temps en temps ses gosses à la bibliothèque, pour que Mireille-retraitée-ancienne-instit' leur conseille des livres sur "la citoyenneté", genre "La démocratie expliquée aux enfants"... ou "l'école, c'est obligatoire" (voir nos différentes publications sur la Propagande jeunesse sur le site Descolarisation).

De plus, depuis une dizaine d'années, les bibliothèques sont en train de se transformer un peu partout en "Médiathèque", histoire de bien finir l'oeuvre de stérilisation. Désormais, quand tu rentres dans ce qui était auparavant une bibliothèque, tu tombes sur des gens kéblo derrière des ordinateurs en train de consulter leurs Emails, Facebook, de réviser le code de la route ou d'apprendre l'Anglais, qui partiront du lieu après avoir emprunté 5 DVD (Harry Potter, Transformers, Titanic, Star Wars, Bienvenue chez les Chtis) et 4 CD et 6 BD, 1 livre de Marc Levy et 1 autre de Mathieu Ricard.

Je propose que nous luttions contre ces transformations en Médiathèque pour transformer en revanche les bibliothèques en Maison du peuple (comme nous en parlions dans le dialogue philosophique "des Bibliothèques d'un genre nouveau".) Mais à l'heure actuelle, il risque ne pas y'avoir grand monde puisque les gens préfèrent regarder des vidéos sur Internet avec des personnes qui leur racontent qu'on va aller prendre l'Élysée. ... Nous sommes donc toujours à la recherche du COURAGE qui a disparu.

Sylvain.

 

sensortird

Crédit Photo originale : Par Khoyobegenn