L'homme fait l'inverse de ce qu'il faut. Eh bien soit.

roi nu miroirHier soir encore (oui, encore ! et encore !!!), je tombe sur un court passage de Khalil Gibran, qui s'intitule « le moi suprême » : un roi tout juste couronné discute avec ce qui semble être son reflet nu.

Le roi dit avoir été couronné car il est le plus noble, le plus sage et le plus puissant. ...
Et vous connaissez la chute (c'est ça le problème, c'est que vous connaissez tous la chute... qui porte bien son nom de chute d'ailleurs.)

Le reflet nu, lui révèle que s'il était noble, sage et puissant, il aurait refusé d'être couronné, et que celui qui est le plus noble, le plus sage et le plus puissant est celui qui n'est pas roi.
C'est le plus vieux thème de philosophie.
Quiconque ouvre un livre de pensées ou même de poésies, quiconque prête l'oreille à la source des sources entend cette musique : celui qui veut trôner et/ou trône ici bas est le moins sage, le moins noble et le moins puissant. Celui qui gouverne les hommes ne peut pas se gouverner lui-même. Vérité chrétienne, vérité bouddhiste, vérité de toute la philosophie politique depuis la nuit des temps, vérité tout court, vérité ultime. Vérité des vérités.

Lorsque j'ai intensément repris ou parcouru les couloirs plus ou moins classiques de la philosophie politique à partir de 2010, c'est cette vérité qui m'a sans cesse inondé. Et j'ai pu mesurer combien cette vérité était formulée de façon identique dans toutes les pensées qui nous viennent du fond des âges.
Bien-sûr, on peut citer les pré-socratiques, Platon, des athéniens célèbres (Cléon entres autres), les stoïciens, des chrétiens, on peut parler des Bossuet, des Castoriadis, des Alain, des Rancière, des Sintomer et des centaines d'autres antiques ou contemporains que j'oublie (Gibran donc aussi, Saint Exupéry oui bien-sûr), on peut aussi parler de milliers de poètes, pamphlétaires, essayistes, ou dramaturges,... mais au final, ça ne sert à rien, cette vérité est tellement énorme, tellement en chacun de nous, tellement connu de l'homme, tellement martelée depuis l'aube des temps.
Mais je le crie quand même depuis 5 ou 6 ans : il ne faut jamais donner le pouvoir à ceux qui le veulent. J'ai diffusé des milliers de papiers, placardé des pancartes, réalisé des expériences politiques, donné du théâtre. Je l'ai dit aussi aux "rois" à chaque fois que j'ai pu. J'ai alerté à chaque fois que j'étais dans un groupe qui s’apprêtait à réitérer cette SEMPITERNELLE erreur.

Pourtant nous le savons tous (et les rois, comme Gibran finalement le suggère, le savent aussi). Nous savons tous que le moins apte d'entre-nous à gouverner est exactement celui qui désire le pouvoir. Nous le savons et partout, continuellement, des plus petites instances, au sommet des gouvernements nationaux, continentaux, mondiaux, partout, tout le temps, nous donnons le pouvoir à ceux qui le désirent. Nous confions le destin des hommes à ceux qui sont les moins sages : ceux qui seront les plus méchants, les plus cyniques, les plus égotiques. Nous donnons le pouvoir aux plus blessés d'entre-nous, aux plus malades d'entre-nous, aux Hitlers, : à ceux qui sont les plus enclins à REPRODUIRE LES VIOLENCES QU'ILS ONT SUBIS (Cf : Alice Miller et Cie).

Je dois donc ici avouer ma faiblesse, une honte et un échec : après tout ce temps passé à réfléchir à tout ça, je n'ai pas réussi à trouvé POURQUOI nous faisons ça et je m'en remets tout entier à vous et à tout le monde.

Je n'ai pas trouvé pourquoi nous ne tenons JAMAIS compte de millénaires de sagesses qui nous révèlent qu'il ne faut pas donner le pouvoir à ceux qui le veulent. Je n'ai pas trouvé POURQUOI les hommes sont si vides d'imagination et d'invention en face de cette ridicule aporie (qui n'en est pas une en fait).
J'ai longtemps réfléchi au problème du formatage et à la normalisation sociale, mais je me rends que ça ne suffit pas : car les hommes connaissent cette vérité peu importe le système de propagande idéologique aussi violent et profond soit-il.

Et demain, on va recommencer : telle élection de délégués, ici, là, partout ; en posant préalablement la question : QUI SE PRÉSENTE AU POSTE ? Qui signifie littéralement à chaque fois QUI VEUT LE POUVOIR ? Quand toute la philosophie depuis que le monde est monde nous hurle : ne donnez pas le pouvoir à ceux qui désirent le pouvoir.

Alors je m'en remets à vous. Je considère que j'ai plus qu'essayé de dire, de faire, pour respecter cette sagesse du fond des âges.
Je vais donc laisser les hommes inlassablement faire l'inverse de ce qu'il faudrait faire.
Je continue ma route avec cette conclusion sur l'homme :
Il est un animal craintif qui fait exactement l'inverse de ce qui recommandé par les Dieux, par la sagesse et le bon sens.