On boit un coup ?!

on boit un coupOn refait le monde encore une fois ?

Une tisane ? Un café ? Du vin ? Et puis on mange ? Et puis on bavarde ? Ben oui, mais en fait, se demande-t-on seulement ce qu'on peut faire d'autres ensemble ??! Oups pardon ! C'est vrai, on pourrait aller consommer ensemble : restau, ciné, boutiques, théâtre, expos, oui, incorporer ensemble la position passive du consommateur de produits du système calibrés et inoffensifs (industries culturelles au service de la Propagande). Enfin, oui, on peut aussi aller se promener ensemble c'est vrai, ramasser des champignons ou autres (ça c'est sûrement le meilleur qu'on peut faire ensemble)... Mais aller !! Là, c'est l'hiver en plus, alors ? On boit un coup près du chauffage ? Et puis un autre !! Et encore un autre jusqu'à la fin, pour combler le vide de notre impuissance collective. Autour de la table ! Les enfants jouent dehors, ou en haut (oups pardons, ils sont sur la tablette ou l'ordi), et puis nous, on boit un coup et on bavarde... Et puis, nous buvons de l'alcool et éventuellement nous fumons (du tabac ou de l'herbe), pour « étouffer la voix de notre conscience » (Cf : Tolstoï sur l'alcool et le tabac), c'est plus pratique de pouvoir moins penser ou disons de penser dans la brume pour percevoir moins nettement l'horreur de notre situation. Partout ailleurs, des gens se retrouvent aussi (ou pas !!!), soit au bistro pour boire un verre et bavarder, soit chez eux pour... boire un verre et bavarder... Mais c'est quand que y'en a un qui va se lever de cette foule compacte qui ne peut rien faire d'autre que « boire un coup », pour au moins constater : qu'on ne peut rien faire d'autres que « boire un coup » ? (et démarrer évidement le raisonnement ad hoc : comment ça se fait qu'on ne peut jamais rien faire de RÉELLEMENT constructif et pérenne ensemble ???!).
Je rappelle au passage que « boire des coups » avec les autres, c'est bien le maximum, puisque ce qui prédomine dans cette non-société, ça reste la solitude derrière écran ou accompagnée d'autres drogues.

En fait, il y a d'un côté l'action individuelle et individualiste qui peut être parfois créatrice (mais toujours sous la forme de « ma petite entreprise » à moi moi moi moi moi). Mais comme on ne supporte pas la solitude et qu'en plus on a des besoins affectifs et sexuels, on se force quand même à mettre sur pied un individu-collectif bizarroïde en la personne du couple, le couple devenant pour chacun une sorte de compromis suprême pour tenter de régler à minima - mais ça marche pas - notre cruel dilemme entre société et solitude. Je rappelle qu'en mécanique un couple est constitué de « deux forces égales, parallèles et de direction opposée, agissant en sens inverse ». Alors ça semble efficace au départ, mais c'est jamais très diversifié comme application pour répondre à la densité de problèmes que pose la vie (le collectif est plus adapté) et le couple c'est toujours douloureux (parce que ça sclérose et s'entre-choque toujours) et c'est finalement infertile pour tout le monde. On fait des couples et on boit des coups avec des amis de passage, c'est en fait tout ce qu'on a le droit de faire dans cette non-société... (Quand la révolution cosmique prolétarienne arrivera-t-elle ??!!). Je rappelle que l'étymologie de "prolétaire" : c'est celui qui n'est bon qu'à faire des enfants et à bosser...de la chair à État quoi (Ce que nous sommes tous dans ce régime dictatorial).
De l'autre côté, il y a le collectif ("les autres", "tout le monde", "la communauté", "le village", "le pays", etc.), mais là, il n'est pas là, il n'ex-siste pas, et la seule chose qu'on peut faire avec « les autres » c'est de consommer « ensemble » notre impuissance politique en consommant des boissons ou autres consommations (« Des consommateurs consommaient des consommations »).
Ha oui, on a également le droit d'étendre son petit couple à une faction au service de ses petits intérêts (y compris les idées), qu'on appelle l'Association. Là, le concept va loin : il s'agit bien pourtant de ce que la philosophie politique nomme depuis le début : "faction", c'est-à-dire, normalement, la volonté claire et assumée de se séparer des autres, et de séparer, de marquer sa différence et des frontières, mais de nos jours la faction-association pour exister doit mentir en permanence sur son essence en faisant croire qu'elle est LE COLLECTIF manquant, tant désiré. C'est d'ailleurs vendu de cette manière : vous souffrez de vos scléroses individuelles ?! Et si vous vous mettiez au COLLECTIF en rejoignant une "ASSOCIATION" ??!
Dans la liste de tout ce que le diabolos (le diviseur, le diable) a inventé, l'association est largement dans le top ten (oui, le numéro un c'est l'argent).

Alors qu'est-ce qu'on peut faire ensemble ? Ben rien ! On le sait bien, mais on n'ose se l'avouer et encore moins le dire. Mais pourquoi on ne peut rien faire ensemble ? Là aussi, on n'ose point se l'avouer et encore moins le dire. On ne peut rien faire car la notion d'ensemble est déjà prise, elle n'est pas disponible. Elle est prise par l'État. Notre « ensemble » s'il devait naître, il détruirait l'État (pour naître, il doit détruire l'État). Et l'État, ce n'est pas l'Élysée, Matignon, la Tour Eiffel et tout ça, non l'État, c'est ce Pouvoir liquide (ou même gazeux) qui inonde le pays de part en part à travers tout ce qu'on pourra qualifier d' «institutionnel », d' « officiel » et d'administratif ou régalien, c'est également tous les FLUX. L'État, c'est aussi le Conseil Municipal de votre commune et de toutes les communes (qui n'en sont pas ! [des "communes"]). L'État c'est votre Maire. Alors, on sait tous très bien, inconsciemment ou pas, que si on fait croître le collectif, l'État se dresse toujours (pour nous dresser) de diverses manières en nous disant simplement (mais avec la plus crue des violences symboliques) - ou avec la plus extrême violence selon là où nous en sommes - « Mais que faites-vous ???! Vous vous croyez où ??! Le collectif c'est l'État ! Désolé, la place est prise, il ne peut y'avoir deux collectifs ». Ensuite, l'État-Papa nous dit à peu près toujours la même chose : 1. D'aller boire un coup ! 2. De rentrer chez nous 3. De monter une association 4. De faire un site Internet ... (« Mais si vous voulez vous exprimer Monsieur Rochex, pourquoi vous n'ouvrez pas un blog » m'avait dit une fois un policier).

Et nous obtempérons. Nous continuons de consommer notre impuissance à travers nos consommations... et de recommencer sans fin.
Aujourd'hui, 16 janvier 2017, et surtout ce soir (ben oui car les esclaves bossent), des gens vont se voir (car nous restons des animaux sociaux), et que vont-ils pouvoir construire, transformer ?!!? Ben rien du tout, et ils le savent, alors environ 5 minutes après le franchissement du paillasson : y'en a un qui va dire : « ON BOIT UN COUP ?! Qu'est-ce tu veux Bruno ? Et toi, Magalie ? » et puis, ils vont bavarder, à propos de tout ce qu'il faudrait changer dans ce monde et dans cette société. Ils parleront d'ailleurs de tout, oui, de tout !! Le lendemain, au taf, ils diront : « hier, on a encore refait le monde avec Bruno et Magalie ! » Eh oui, tous les soirs, le monde est refait en imagination, partout, par des millions de gens, mais JAMAIS en vrai (Quand, la Révolution cosmique prolétarienne ???!). Avec Bruno et Magalie, ils ont parlé de tout, et de toutes les solutions, même de l'écriture d'une nouvelle constitution, de la propriété foncière, de l'agriculture, de la santé, du transport, des outils techniques, de l'habitat, de l'eau, etc. etc. Ils ont eu des idées formidables, géniales, et ils ont fait montre d'un cerveau collectif des plus puissants ! Mais ils n'ont pas pu dépasser le fait de boire un coup et de bavarder car leur impuissance politique est inscrite au génome de la non-société dans laquelle ils vivent (ils ont conclu qu'ils se reverraient bientôt pour... boire encore un coup et.... et qu'ils feraient... un site Internet... pour présenter leurs idées, et ils étudieraient le fait de... de... monter une association !).
C'est une impuissance de régime, qu'ils consomment interminablement à coup de bière, de tisane, de vin, de kéfir, de cidre, de jus de fruit, de chocolat, de sirop, de liqueur, de laits, etc. (c'est en fait pour ça que nous sommes tellement ingénieux en matière de boissons).
Alors qu'est-ce que tu fais ce soir ? On boit un coup ? On refait le monde ? Qu'est-ce tu prends Didier ! Une p'tite association Loi 1901 ? Un site web ? Et toi Delphine ? Tu reprendras un peu du Festoche comme samedi dernier ? Bernard, tu veux un peu de ciné dans ton verre ? Non ? Carrément un cognac ? Lydie ? Un p'tit concert et un p'tit restau ? Avec de la glace ? Ha, ça,... c'est pas ce qui manque, la glace...