Où est l'épure ?

bordelOù est l'épure ? Où est le vide qui, seul, permet à la grâce de venir ?

Le monde semble éternellement voué à n'être qu'un monstrueux et cataclysmique bordel rempli de merdes de milliards de milliards de sorte diffusées par chacun ! Nous sommes des tyrans les uns pour les autres et nous balançons à la gueule des autres nos merdes et nos pensées moisies et éculées (faisons-nous autre chose ?). Notre fumée de cigarette, nos alcools, nos outils technologiques, toutes nos drogues, nos folies, tous nos excès perpétuels... Tu n'en veux pas ? Ha mais j'en ai rien à foutre !! Tu prendras quand même dans la gueule tous mes vices, toutes mes déviances, toutes mes tentations, toutes mes prothèses, toutes mes productions, toutes mes drogues ! TOUTE CETTE CONFORMATION HIDEUSE DE MON CERVEAU SCOLARISÉ ! Tiens, prends ma bagnole dans ta tronche ! Prends ma sonnerie de téléphone ! Prends-moi en train de glisser mon doigt sur un écran ! Prends toutes mes poubelles ! Prends cette nouvelle invention et puis celle-ci et encore celle-ci ! Attends ! En voilà encore une ! Prends-la putain ! Mais surtout prends dans tes oreilles, toutes mes peurs, toute mon obsession de l'argent, toute ma résignation, toute mon absence de foi ! Tu ne veux pas tout ça ? Quoi ? Tu voudrais de l'épure ? De la sobriété ? Du vide ? De la grâce ? Tu rigoles ? Je suis l'inverse de ça ! Je ne suis que pesanteur ! Prends tout mes objets, tous mes doudous, tous mes gadgets, toutes mes collections, tous mes bibelots ! Tous mes vêtements ! Tous mes ACCESSOIRES ! Tous mes bijoux, tous mes trucs-à-la-con ! Tous mes trucs-marrants ! Tous mes trucs qui ont voyagé en conteneur aux quatre coins de la planète ! Et puis s'il te plaît (enfin, s'il ne te plaît pas c'est pareil !), viens consommer avec moi pour me justifier ! Viens au ciné, viens au restau, viens au magasin pour acheter ! Tiens prends tous mes emballages dans ta tronche ! Je suis bourré, j'ai trop bu ? Ben gère-moi ! Récupère-moi ! Ramène-moi chez moi et borde-moi. Je suis bourré, j'ai trop bu ? Eh bien, gère l'accident de la circulation et tous les morts ainsi provoqués ! Et puis au fait, prends aussi dans ta tronche tous mes médicaments, mes cachetons, mes additifs ! Ha mais j'ai pas fini, prends aussi tous mes petits crayons, tous les petits machins que je mâche, que je fume ou que je tripote ! Prends mon club-sandwish et son emballage sur le trottoir, prends mon Mc Do et mes cafés ! Prends mes bars, prends mes phrases toutes faites, prends mes lieux-communs ! Prends mon facebook, prends mes 4 545 789 456 habitudes indécrottables indéboulonnables dans ta putain de tronche, j'en ai rien à foutre. Prends tous mes désirs, toutes mes frustrations, prends tout mon mal-être, écoute-moi sans fin ! Regarde-moi déverser sur la tête de mes gosses des milliards de merdes en plastiques. Et puis, tiens, prends dans la tronche, la forteresse inviolable dans laquelle je vis (au sens propre et figuré), prends mon portail électrique, mes alarmes, mes écrans ! Prends-les je te dis !! Boufffe-les ! J'te dis ! Prends ce que je suis dans ta tronche ! De la peur ! Je ne suis que Peur, et je veux que tu la bouffes ! Je suis un petit animal craintif drogué et gorgés de prothèse ! Prends tout ça !

Putain, c'est beaucoup plus lourd qu'à l'époque de Jésus, non ?