L'École contre la vie, par Edmond Gilliard - 1944

lecolecontrelavieJe viens d'OCRiser le livre d'Edmond Gilliard : « L'École contre la vie » qui reste relativement difficile à trouver et je l'ai mis à disposition ici.

Je choisis un extrait qui dit aussi bien la difficulté de notre mouvement que le caractère monstrueux du Léviathan Éducation Nationale.

« L'école ne bougera pas. On peut, à certains moments, croire qu'elle se met en marche. Elle tourne seulement sur son pivot et ramène sa face inchangée. Elle dispose d'une souveraine puissance : l'inertie. Je suis rendu ; j'ai mal aux articulations, comme si j'avais déchargé des bordées de coups de poing dans un sac de sable. Je suis dégoûté de frapper sur du sourd. Cela devient une impression de cauchemar.
Il y a des siècles que l'école bouffe des claques. Plus on la fouette, plus elle s'engraisse ; et des coups mêmes. Elle se nourrit impudemment de la substance des généreuses indignations quelle suscite. Elle plonge son gobelet dans le torrent des invectives, et se gargarise. Quelques coups de glotte suffisent, et l'amertume du tonique s'évapore, tout ce qu'elle avale est devenu guimauve. Ce qu'elle a ingurgité de vérités est inimaginable, ce qu'elle a rendu de sornettes est incalculable. Sa panse est une usine à avortements. Ce qui y pénètre en foudre en ressort en fumée. Le tonnerre y finit en vesse. Son pouvoir de communiquer l'impotence est quasi prodigieux ; il y a de quoi épouvanter toute bravoure de vie.
Sa faculté d'absorption désanimatrice et de regorgement désappétissant s'exerce de préférence sur les objets qui semblent doués de la virulence la plus hostile. Non seulement l'école se repaît béatement du mal qu'on dit d'elle, mais elle en fait une pâtée qu'elle offre avec un empressement marqué, sûre qu'elle est des effets anéantissants de son admiration calculée, et des mortelles conséquences de sa révérence.
Dès que son propos consent, le meilleur mot s'écœure.
Dire que c'est l'école qui enseigne Rabelais, Montaigne ou Rousseau !... Il n'y a pas (si de pareils mots peuvent se joindre) de plus triomphante démonstration de la monstrueuse puissance de sa fadeur infectieuse. Son trou à parlote est l'entrée du gouffre où l'univers s'abîme dans l'insignifiance.

(...) On ne renversera l'école qu'en soulevant et en retournant le monde. Seule une secousse universelle décollera de la peau des enfants ses mains grasses d'huile rance, et son suçoir à baisements pernicieux ; seul un déchaînement de l'ouragan cosmique des résurrections originelles pourra lutter contre le vent stupéfiant que, depuis des siècles, tant d'ailes de vampires entretiennent sur le front des élèves comateux. » Edmond Gilliard