"Une éducation sans école" de Thierry Pardo


education sans ecoleUn nouvel ouvrage vient s'ajouter à notre bibliographie "déscolarisation" : Une éducation sans école, de Thierry Pardo, sorti en Europe au mois de février 2015 aux éditions Ecosociété, et préfacé par André Stern.

Thierry Pardo s'inspire de la pensée d'Ivan Illich et lui rend hommage dans son livre, et se propose de poursuivre le cheminement des idées laissées par ce cher bon vieux Ivan.

Visiblement, Thierry Pardo, comme tout « déscolarisateur » qui se respecte, n'attend plus rien de l'institution scolaire :

« Les quatre murs de la classe constituent une contrainte incompressible, résistants aux efforts successifs de « renouveaux pédagogiques ». Ils limitent aussi bien le déploiement de l'art de l'enseignant que les aspirations exploratoires des élèves. Au-delà des réformes et des discours d'ouverture, la classe demeure un espace qui dresse un mur entre l'enfant et son milieu familial, son environnement naturel, son réseau social, et qui le prive des multiples occasions éducatives émergeant d'un milieu diversifié et non contrôlé. »

Thierry Pardo explore dans son livre, en puisant dans les recherches de nombreux auteurs, la richesse de l'apprentissage libre, en insistant particulièrement sur l'importance du milieu naturel pour l'enfant pour son développement, du va-et-vient permanent entre les apprentissages solitaires d'un enfant qui explore une forêt et ceux qu'il acquiert en contact avec un groupe humain riche et diversifié. En pirate de l'éducation, son livre est aussi une ode au voyage comme élément essentiel à la multiformité des savoirs, par la rencontre foisonnante avec d'autres cultures et d'autres paysages.

J'aimerais maintenant mettre ce très chouette bouquin en parallèle aux travaux qu'on propose sur le site descolarisation.org :

Si, à mon sens, le voyage offre bien sûr un souffle d'air et apporte mille apprentissages, il peut aussi empêcher l'enracinement, ce qui manque cruellement à notre société aujourd'hui. Nous sommes tous expatriés, dispersés, géographiquement. On a du mal à créer des cohérences territoriales avec cet incessant va-et-vient, nous sommes une société sédentaire qui ne tient pas en place, paradoxalement, en habitant dans un espace donné nous parcourons en une vie des distances plus grandes qu'un nomade parcourant le monde à pied. Là dessus Ivan Illich aussi nous avait bien posé la notion de limite, et je trouve qu'il y a une limite à fixer dans nos déplacements. Je pense aussi que cette notion d'enracinement, bien qu'elle n'exclue pas le voyage, est important pour l'enfant. Surtout au niveau de la citoyenneté, de sa participation à la vie politique d'un lieu -pas au sens électeur mais bien en tant que personne qui porte sa propre parole-. Aujourd'hui, on s'investit peu dans la vie collective peut-être aussi parce qu'on manque d'enracinement dans un lieu précis. A ce sujet je renvoie à mon article "De l'indispensable convergence vers l'espace public" et aux travaux de Sylvain Rochex "La dispersion contre la démocratie."

Le livre de Thierry Pardo est un peu comme l'Oiseau lyre de Jacques Prévert, il nous tire loin de la classe ; mais, cette fois, pour ne plus jamais y rentrer...

Une fois libérés individuellement de la première des institutions qui nous prend en charge, reste à s'échapper des autres institutions desquelles nous dépendons encore, et de construire ensemble l'autonomie collective !