I) « Tout mouvement de libération de l'homme ne saurait plus passer maintenant que par une déscolarisation.»

Ivan Illich

II) « L'oppression des enfants est première, et fondamentale. Elle est le moule de toutes les autres. »

Christiane Rochefort

III) « Quels enfants allons-nous laisser à la planète ? »

Jaime Semprun

IV) « Non plus créer des écoles alternatives, mais des alternatives à l’école »

John Holt

V) « Notre principale menace aujourd'hui est le monopole mondial de domination scolaire sur l'esprit des hommes. »

Everett Reimer

VI) « Ce qui me paraît le plus insupportable, c'est que l'école me séparait de moi-même. »

Christian Bobin

VII) « Plus l’homme se connaît par la voie officielle, plus il s’aliène »

Raoul Vaneigem

VIII) « Je perçois l'école non pas comme une institution qu'il faut réformer et perfectionner, mais comme une prison qu'il faut détruire. »

Cornélius Castoriadis

IX) « Ce qui abrutit le peuple, ce n'est pas le défaut d'instruction mais la croyance en l'infériorité de son intelligence. »

Jacques Rancière

X) « Prisonnier de l'idéologie scolaire, l'être humain renonce à la responsabilité de sa propre croissance et, par cette abdication, l'école le conduit à une sorte de suicide intellectuel. » Ivan Illich

XI) « Les hommes qui s'en remettent à une unité de mesure définie par d'autres pour juger de leur développement personnel, ne savent bientôt plus que passer sous la toise.» Ivan Illich

Site connexe : débordelisation.

LOGO 1 coul inv

Nexus

COUV NEXUS 108 WEBOn parle de nous (interview) dans le numéro 108 de Nexus de Jan/Fév 2017

Dossier « Déscolariser la société »

moinsOn a participé au dossier sur la déscolarisation du numéro 24 (août/sept 2016) du journal romand d'écologie : - Moins

L'école de la peur (texte complet)

ecoledelapeur

Attention aux méprises !

Nous ne sommes pas pour l'Instruction En Famille (IEF) sauf comme solution temporaire, celle-ci est inégalitaire et faire la part belle à une autre institution de l'ordre adulte presqu'autant problématique que l'école (si ce n'est plus !) Pourquoi toujours penser les choses en terme de systèmes fermés ?

Notre revendication se situe sur les communs et un monde ouvert : établir des écoles libres (chacun est libre d'y aller quand il veut), égalitaires (chacun peut intervenir pour enseigner), communales, citoyennes, gratuites, débarrassées de l'État, dans les espaces publics et communs, autogérées.

Bibliographie déscolarisation

Une société sans école
Ivan Illich
Mort de l'école
Everett Reimer
Le maître ignorant
Jacques Rancière
Comme des invitées de marque
Léandre Bergeron
Les apprentissages autonomes
John Holt
Pour décoloniser l'enfant
Gérard Mendel
Avertissement aux écoliers et aux lycéens
Raoul Vaneigem
Apprendre sans l'école
John Holt
Et je ne suis jamais allé à l'école
André Stern
La fin de l'éducation ? Commencements.
Jean-Pierre Lepri
Insoumission à l'école obligatoire
Catherine Baker
L'école de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure
Jean Foucambert
De l'éducation
Jiddu Krishnamurti
Pour l'abolition de l'enfance
Shulamith Firestone
L'école mutuelle, une pédagogie trop efficace ?
Anne Querrien
L'enfant et la raison d'Etat
Philippe Meyer
Le pédagogue n'aime pas les enfants
Henri Roorda
Les enfants d'abord
Christiane Rochefort
Les cahiers au feu
Catherine Baker
La fabrique de l'impuissance 2, l'école entre domination et émancipation
Charlotte Nordmann
La fabrique scolaire de l'histoire
Laurence de Cock et Emmanuelle Picard
L'école contre la vie
Edmond Gilliard
Libres enfants de Summerhill
A.S. Neill
Soumission à l'autorité
Stanley Milgram
Si j'avais de l'argent, beaucoup d'argent, je quitterais l'école
Une éducation sans école
Thierry Pardo
La véritable nature de l'enfant
Jan Hunt
C'est pour ton bien
Alice Miller
L'herméneutique du sujet
Michel Foucault
Ni vieux ni maîtres
Yves Le Bonniec et Claude Guillon
L'individu et les diplômes
Abel Faure
La domination adulte
Yves Bonnardel
Encore heureux qu'on va vers l'été
Christiane Rochefort
S'évader de l'enfance
John Holt
Inévitablement (après l'école)
Julie Roux

Article en avant

mamandeserie

Global larcin

Le monde est un grand larcin, un grand accaparement très diversifié, chacun son butin :

Les Élus volent le pouvoir.

Les universitaires volent l'université.

Les professeurs volent l'apprendre.

Les bibliothécaires volent les bibliothèques.

Les propriétaires volent la terre.

Les patrons volent la force de travail.

Les médecins volent la médecine.

Les médias volent l'information. ... etc. (S.R.)

Scolarisation du monde (le film)

schooling the worldAvec sous-titres Fr (bouton CC)

Outil n°1 pour lever le voile

etymosvignette

Les deux faces de la même médaille

mairieecoled

Cliquez sur l'image pour l'agrandir dans un onglet

Article du 30/08/2015

Un document exceptionnel !

millecitations

Nos liens Illustrateurs

Émissions en direct sur une radio locale

LE MONDE ALLANT VERS..., un jeudi sur deux à 19h30, sur la petite radio locale : RADIO GRÉSIVAUDAN.

Vous pouvez écouter ces émissions en rejoignant le site internet de Radio Grésivaudan ou en ouvrant votre radio sur la bonne fréquence.

Générique de l'émission :

Participez en direct en appelant le :

04 76 08 91 91

Accéder aux archives des émissions sur le site de Radio Grésivaudan.

Et si la cause des causes était l'absence d'architecture spirituelle chez chacun ? --> Ecoutez l'émission sur "La Citadelle" :

Fallait oser...

« L'enfant a droit à une éducation gratuite et obligatoire. »

Charte des droits de l'enfant de l'UNESCO

Bossuet nous disait :

« Il n'y a point de plus grand obstacle à se commander soi-même que d'avoir autorité sur les autres. »

 Professeurs, déscolarisez-vous !

« Les enfants ne sont pas seulement extrêmement doués pour apprendre; ils sont bien plus doués pour cela que nous. En tant qu'enseignant, j'ai mis beaucoup de temps à le découvrir. J'étais un enseignant ingénieux et plein de ressources, habile à élaborer des séquences de cours, des démonstrations, des outils de motivation et tout ce galimatias. Et ce n'est que très lentement et douloureusement - croyez-moi, douloureusement ! - que j'ai réalisé que c'était quand je me mettais à enseigner le moins que les enfants se mettaient à apprendre le plus. »

John Holt

Corollaire ou conclusion de cette idée de Holt : si on enseigne à l'E.N., c'est donc pour propagander, détourner, aliéner.

Sur le refus de parvenir

« Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit. » Flaubert

*****

« Si nous voulons un monde nouveau, comment accepter de grimper, d'être reconnu par des institutions du vieux monde ? »
Marianne Enckell

Autres citations sur le refus de parvenir

Le corps enseignant ?

On parle toujours du « corps enseignant », mais jamais de son âme... C'est parce qu'il n'en a pas. Et s'il en avait une, ce serait évidemment celle, noire et vicieuse, de Jules Ferry.  S.R.

julesferryamenoireVoici le monsieur qui s'occupe de vos enfants !

descoetdroit

« L'éducation, avec son fer de lance qu'est le système de scolarité obligatoire, avec toutes ses carottes, ses bâtons, ses notes, ses diplômes et ses références, m'apparaît aujourd'hui comme la plus autoritaire et la plus dangereuse des inventions humaines. C'est la racine la plus profonde de l'état d'esclavage moderne et mondialisé dans lequel la plupart des gens ne se sentent rien d'autre que producteurs, consommateurs, spectateurs et fans, motivés de plus en plus, dans tous les aspects de leur vie, par l'appât du gain, l'envie et la peur. »

John Holt

Lien vers des centaines d'autres citations sur le sujet (mis à jour de teps en temps)

 

Lettre ouverte à l'attention d'Emmanuel Macron

Plaidoyer pour la créativité humaine dans toute son expression
Soutien à l'expérience de Notre Dame des Landes face aux menaces en vigueur,
Et plus largement à toutes les tentatives de maintien ou de création d'espaces de liberté…


chaumiereLes médias annoncent, dans le courant du mois d'avril, l'expulsion d'un certain nombre de personnes, habitantes de Notre Dame des Landes, et la destruction consécutive de leur habitat. Le propos de ma lettre, au-delà de l'intention de te faire part de mon incompréhension profonde face à ce choix, est d'envoyer dans le monde une immense question, pour qu'on se mette à chercher collectivement une réponse :


Comment encourager, respecter et permettre à toute la diversité, à toute la créativité humaine de se déployer et de se matérialiser ici, et là ?


Tu as été promu, via le suffrage universel, président de la République. Le postulat sur lequel repose toute la société française orne le fronton des mairies, des écoles, des manuels d'histoire : Liberté, Égalité, Fraternité. Ce précepte fondateur, si on lui accorde la confiance que réclament ces mots, est un appel à la paix et au développement harmonieux d'une société qui prendrait en compte chacun de ses éléments distincts pour permettre le bien-être commun. C'est cet emblème, cette devise qui porte chaque année des milliers de personnes à aller voter, car ils croient possible la réalisation de ce rêve. Ton mandat de président te rend garant de ces valeurs. Or, le choix aujourd'hui pris de déloger de leur maison plusieurs dizaines de personnes, me paraît incompatible avec cette devise…

Pour ma part, je pose dans cette lettre deux postulats : le premier, c'est qu'à ta manière, qui est fort différente de la mienne, tu souhaites toi aussi honorer cette maxime. Ainsi je m'adresse à toi en tant qu'égal, chacun explorant à sa façon et en fonction du système-monde qu'il a en tête le chemin le plus judicieux et le plus juste pour parvenir à construire une société agréable. Par cette lettre, j'espère croiser un peu ton chemin pour t'inviter à découvrir un autre point de vue, à envisager la réalité sous un autre angle, pour peut-être reconsidérer tes choix au regard de nouvelles données. La définition que nous donnons aux mots, aux choses, aux concepts varie en fonction de nos parcours de vie, de nos expériences, de nos rencontres, mais rien n'est jamais figé. Nous vivons dans une société qui repose sur des axiomes très puissants, dans lesquels nous avons tous les deux grandi et évolué. Cependant ces présupposés ne sont pas figés ni inaltérables. Ils demandent à être accolés à d'autres, à être évalués, soupesés et peut-être à se transformer au regard de notre époque si particulière.


Le second postulat sur lequel repose le contenu de mes réflexions et de la présente lettre, c'est que le choix aujourd'hui pris par le gouvernement de déloger certains habitants de la ZAD de Notre Dame des Lande, et par là même de nier l'originalité de la pensée et de l'action que ces personnes ancrent dans le monde, est un frein au développement d'une société ouverte et plurielle, et va à l'encontre des valeurs prônées par la République que tu représentes aux yeux de beaucoup de français : valeurs de respect, de tolérance, d'entraide. De liberté, d'égalité et de fraternité…


Cette lettre voudrait être une passerelle entre les mondes, le tien, qui dispose d'un pouvoir décisionnaire et d'un champ d'action beaucoup plus large que le mien, et mon propre monde, qui a peu d'écho mais il me semble que certaines des idées que je présente ici méritent d'être examinées par toi qui es au pouvoir, toujours en gardant pour postulat que toi aussi tu souhaites, en fonction de ta propre lecture du monde, cheminer vers une société belle pour chacun et chacune d'entre nous ... J'espère, avec humilité et arrogance à la fois, que mes vues pourront impacter un peu ton cœur, et t'aider à reconsidérer les choix du gouvernement au sujet du rôle à jouer face à l'expérience inédite, inclassable de Notre Dame des Landes, et bien au-delà, de toutes les tentatives originales et novatrices, les unes spontanées, les autres réfléchies, pour créer dans le monde de nouveaux chemins et ouvrir de nouveaux horizons.


Car on peut penser, aussi, que la vie est un poème à écrire et à raconter…


Depuis toujours, la vie déploie une ingéniosité grandiose pour créer et diffuser une infinie diversité dans ses formes et manifestations, dans l'objectif simple et pertinent de se maintenir et de continuer sa tranquille évolution malgré les innombrables incertitudes que présente l'existence.


Ainsi, à l'image de la Vie elle-même, une société dynamique, vivante, réactive, et prudente intègre en son sein les multiples manifestations de créativité, d'inventivité propre au genre humain, avec indulgence, patience et compréhension. Cette disposition à être ouverte à la nouveauté, à la vitalité de ses membres, cette facilité à se remettre éternellement en question face aux données sans cesse réactualisées d'un présent toujours en mouvement, permet à chacun, à chacune, et à l'ensemble de la société de faire preuve de souplesse et d'adaptabilité ; Ainsi, face à d'éventuelles complications, la sérénité de l'ensemble de la société dépendra du nombre de voies viables explorées par des éclaireurs, qui permettront de mettre le cap dans une toute autre direction si l'avenir semble bouché.


Même un lapin sait cela, et prévoit toujours plusieurs issues pour fuir son terrier si celui-ci ne lui procure plus la tranquillité et la paix dont il a besoin.


Or, chacun d'entre nous porte en lui une voie d'exploration unique. Il peut choisir de se rapprocher d'autres personnes avec qui son rêve résonne agréablement, ou de mener sa route en solitaire, à chacun son affaire. La difficulté arrive quand certaines aspirations sont admises et que d'autres, selon une appréciation aléatoire, sont dévalorisées, ou rejetées. Pourtant, lequel d'entre nous peut-il prédire avec exactitude si telle ou telle disposition, aujourd'hui jugée farfelue, inconvenable ou déplacée, ne sera pas demain porteuse d'une proposition fort judicieuse face à une situation inédite ? Il me semble qu'aujourd'hui, ce qu'expérimente le collectif de personnes installé sur les terres de Notre Dame des Landes, à la place d'un aéroport, est de cet ordre : l'expérience de vie collective est aujourd'hui incomprise par beaucoup, qui se réfèrent au modèle en vigueur, mais cette originalité n'est-elle pas porteuse d'un questionnement qu'on ne peut effacer sans risquer de perdre l'essence stimulante de cette tentative d’expérimenter un autre modèle de vie ? En tant qu'être infimes, particules d'un immense tout, pouvons-nous présager avec certitude de ce que sera demain ? Que l'on soit président, comme toi Emmanuel, ou membre du peuple, comme moi, ne sommes-nous pas au même niveau face à des considérations de cet ordre ?


Aucun d'entre nous ne le peut, c'est pourquoi la prudence nous incite à maintenir une diversité de pensées, de pratiques de tout ordre, lesquelles nous paraîtront peut-être étonnantes ou inutiles, voire gênantes, alors qu’elles s’avéreront d'une logique impeccable pour notre voisin direct.


Chacun porte en lui sa propre vérité, donc, en fonction de son expérience, de sa culture, du mystère de la vie. Et quel que soit le juge qui tentera de lui expliquer ou de lui faire comprendre que cette vérité n'est pas conforme, n'est pas légale, celui qui porte son trésor, sa conscience, son âme, le chérira et le protégera par-delà toute injonction extérieure. C'est le cas d'une personne, ou d'un collectif, ou d'une société, à l'image des irréductibles gaulois, qui défendent leur bonhomie, leurs banquets, leur organisation sociale face à l'empire romain qui cherche à les englober sans chercher à comprendre leur singularité et l'immense bienfait de leur présence au monde. Emmanuel, tu as dû, toi aussi, lire Astérix et Obélix ? T'identifiais-tu à César, ou plutôt au malicieux Astérix et à sa bande joyeuse de gaulois ???


Le fait est que, de nos jours, de nombreuses personnes ne se reconnaissent pas dans le système de valeurs que représente et propose (et souvent impose) le gouvernement français, relayés par toutes les institutions d'État. C'est un fait indiscutable ; gênant peut-être, car il soulève des questions philosophiques ardues quand il s'agit de concilier les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité avec la présence de ces individus, mais incontournable : ils existent, ils sont, ils vivent, ils aiment, comme chacun d'entre nous. Leur présence questionne l'évidence de notre monde, les rejeter ne fait que repousser le problème à un avenir plus lointain. La primauté du mode de société qui prévaut n'est pas acquise, puisque d'autres rêvent à un autre monde. Que faire avec eux, avec elles ???


Si certains se reconnaissent et prennent goût au système du travail, de la famille et de la propriété privée dans tu es aujourd'hui le garant pour la société française, si certains semblent s'épanouir dans ce paradigme, d'autres envisagent de déployer leur vie sous un autre soleil, avec une sincérité poignante.
Ma question, lancinante, est la suivante, Emmanuel : quelle place, pour ceux-là, au regard des préceptes de liberté, égalité, fraternité qui te sont chers ? J'aimerais que tu penses cette question avec franchise et honnêteté vis à vis de toi-même. Si tes concitoyens sont libres, sont tes égaux et tes frères, comment aménager au sein de l'espace social une place où chacun puisse s'épanouir ?


Car aujourd'hui, pour prendre l'exemple des habitants de Notre Dame des Landes que vous envisagez de déloger, le mot « rebelle » ou « opposant » n'est valable que depuis un certain point de vue que l'on juge conforme, tout comme les grecs nommaient barbares tous ceux qui vivaient sans respecter leurs us et coutumes. Or, ces barbares, eux, se considéraient comme normaux. Astérix et Obélix aussi, d'ailleurs, pensaient que c'étaient les romains, les fous. On est opposant que depuis un certain point de vue…


Depuis leur point de vue, les personnes qui se sont installées et vivent sur la ZAD de Notre Dame des Landes sont simplement ajustées aux préceptes qui les guident ; ils se sont installés pour protéger des terres menacées de destruction, pour prendre soin du vivant, se sont ancrés sur ce territoire pour mener à bien leur idée, ont bâti un logement car n’importe quel être humain a besoin d’un toit pour vivre dignement, mis en place des jardins, planté des arbres, ont pris part à la vie collective du lieu et l’ont enrichie de leur présence. Sans eux et sans elles, rappelons-le, les terres seraient aujourd’hui peut-être une vaste zone goudronnée et bétonnée. Depuis des années qu’ils se sont investis sur ce lieu, ils ont appris à l’aimer, et maintenant que le projet d’aéroport est abandonné, ils souhaitent rester pour continuer à prendre soin de tout ce qui s’est construit. Ils sont qualifiés d’opposants, de zadistes radicaux, de gauchistes extrémistes, quand eux-mêmes ne font qu’appliquer la logique de leur être. Si seulement l’on pouvait accéder à leur différence l’accepter comme richesse de notre monde, alors la ZAD ne serait plus exactement une Zone à Défendre. Car on défend quelque chose quand on nous refuse le droit d’exister librement, on le défend face à un empêchement. Sinon, tout simplement, on vit. La Zad, aujourd’hui, si elle était acceptée comme zone d’expérimentation du vivant, n’aurait plus lieu de s’appeler ZAD, mais pourrait devenir, tout simplement, une Zone à Vivre. Les antagonismes s’effaceraient, le conflit aussi, pour peu qu’on accepte la présence stimulante de personnes qui pensent et agissent de façon fort différentes que ce qui est communément admis.


Permettre une  « Zone à vivre » éviterait la colère, le ressentiment, pose la reconnaissance de la différence, transforme les opposants en membres d'une société élargie et cosmopolite. Dans les médias, ces derniers jours, une habitante de la ZAD disait qu’avant tout, une ZAD, c’était un espace dans le cœur, que personne ne pouvait détruire, et qui continuerait d’exister quoiqu’il arrive. Je me répète, mais si cet espace-là, en tant qu’originalité et spécificité de chaque être était respecté quel que soit la compréhension qu’on en ait, en partant du principe que chacun fait du mieux qu’il peut pour apporter au monde sa contribution, alors cet espace, au fond du cœur, ne serait plus « à défendre », mais pourrait s’épanouir librement.


Car la colère vient du fait qu’on n’est pas reconnu dans notre unicité, et que nos actes qui se veulent portés vers le vivant sont jugés dérangeants et mauvais. De cette incompréhension naît l’amertume et le sentiment de rejet. Tant que nous continuerons de procéder de cette façon avec ceux que l’on ne comprend pas et que l’on juge de manière hâtive sans prendre le temps de la considération et de l’échange mutuel, nous vivrons dans une société conflictuelle.


De plus ici j’insiste sur la colère, mais j’omets de parler de toutes ces personnes, qui, ayant compris la difficulté de la part de la société à intégrer leur différence, et la violence qui apparaît quand on trace un autre chemin, se résignent à prendre part au jeu social en vigueur, éteignent leurs rêves, ou les mettent en attente. Le fait que l’on n’entende pas parler de ces personnes ne signifie pas qu’ils n’existent pas. En réalité, à mon sens nous avons tous en nous un rêve enfoui qui ne demande qu’à se matérialiser si les conditions extérieures sont favorables. Allons-nous créer une société qui favorise l’éclosion de nos rêves, ou une société coercitive qui juge de la valeur de ceux-ci au regard d’une toise ?


En chassant ou en éliminant ceux qui dérangent, tu ne feras que décaler le problème. Car l'originalité de ces personnes ira se déployer ailleurs, titillant toujours la rigidité du corps social.


Et le but recherché étant le retour au calme ne sera pas atteint, puisque qui n'a pas été entendu dans sa singularité gardera en lui du ressentiment, de la colère, frein à la paix sociale. La paix  n'adviendra que lorsque toute la diversité des propositions seront examinées et entendues, évaluées et débattues, permettant à chacun et chacune d'exposer au monde ses potentiels…


Peut-on imaginer que tous ceux qui sont catégorisés comme déviants, inadaptés, rebelles au regard des institutions (qu'il s'agisse d'un enfant inadapté au système scolaire qui véhicule les valeurs de la république, d'une personne qui refuse d'aller voter car sa conception de la société humaine envisage d'autres modes d'organisation politique, de quelqu'un que fasse le choix d'expérimenter ou de pratiquer un autre type de médecine que celle admise, ou qui évolue hors de la sphère du travail, ou de la rationalité cartésienne…), peut-on imaginer que toutes ces personnes portent simplement en leur cœur une vérité autre, qui leur est propre, qu'ils aimeraient pouvoir offrir au monde ? Ils sont au monde d'une manière unique, inaliénable, et les qualifier d'opposant efface leur essence singulière, leur potentialité en dormance. Ne vois-tu pas qu'à bien des égards la société française se comporte en César vis à vis d'Astérix et Obélix, pour ne choisir que des exemples qui donnent le sourire, et en effaçant la tragédie de toutes ces personnes et de toutes ces cultures qu'on a anéanties par manque intrinsèque de curiosité de la part de notre société ???


Je repose encore une fois la question : peut-on seulement IMAGINER cela ? Que ces personnes portent en elles un fragment de la diversité humaine qui ne demande qu'à se déployer ? C'est un point essentiel de pouvoir concevoir cela, car nous sommes alors tous mis sur un pied d'égalité, chacun porteur d'une potentialité qui s'ajoute aux autres et qui participe à la vitalité d'une société curieuse et ouverte. Comment, alors, composer le monde de demain, en prenant en compte cette humanité bigarrée ?


Ainsi, le choix actuel du gouvernement de mettre fin à l'expérience de la ZAD de Notre Dame des Landes, face à une posture qu'il ne comprend pas, qu'il dévalorise depuis son référentiel de société, met en péril la liberté des modes d'être, en cherchant à effacer la présence de personnes qui cherchent à expérimenter une voie non coutumière ; et c'est cela qui dérange : la nouveauté, l'aspect inclassable de leurs propositions ; nous pourrions examiner leur démarche et en tirer de riches enseignements… S'il ne reste, sur la ZAD de Notre dame des Landes, que les personnes qui s'insèrent dans un modèle économique déjà existant, qui a montré ses qualités mais aussi ses limites, quelle place pour la nouveauté, la curiosité, l'expérimentation ?


Je répète avec ardeur le besoin vital, pour une société pérenne, de frayer d'autres chemins, d'accepter la diversité. Je pointe avec sérieux le danger d'une société qui nivelle les expériences en n'autorisant que celles qui ont déjà fait leur preuve. Toutes les niches en potentiel semblent représenter un danger, alors qu'elles ouvrent de nouvelles perspectives fort réjouissantes pour l'esprit aventureux qu'est celui de l'humain.


Au-delà de ma prise de position pour une imagination créative quant à l’issue à trouver pour intégrer l’expérience de Notre Dame des Landes, avec tous ses habitants, au sein de la société d’aujourd’hui, je souhaite aussi élargir les horizons bien au-delà, pour interroger sur les multiples envies individuelles et collectives, en latence, en germance, qui tentent de s’ancrer au monde, et qui pourraient s’épanouir pour peu qu’on leur offre un espace pour exister.


Je pense aussi aux innombrables personnes qui rêvent simplement d’avoir un lopin de terre, un jardin, quelques arbres. Combien de fois n’ai-je entendu cette phrase, en passant à côté de deux amis qui discutent, ou en confidence : « Moi, tu sais, mon rêve, c’est d’avoir un petit chalet en montagne et un troupeau de chèvre », ou encore « si seulement je pouvais arrêter de travailler j’irais m’installer dans une petite cabane dans la forêt, avec quelques arbres fruitiers. », ou « Je rêve simplement d’avoir un bout de jardin et des poules, et mettre les pieds dans l’herbe et les mains dans la terre quand je sors de chez moi ». Ces exemples sont pléthoriques.


Aujourd’hui, Emmanuel Macron, on ne peut pas dire que le modèle économique en vigueur contente une grande partie des citoyens. Des bribes de rêves subsistent, tenaces, profonds. À Notre Dame des Landes, certains ont décidé, quoiqu’il arrive, d’essayer de matérialiser les leurs dans le présent du monde.
Le but d’une société juste n’est-elle pas de favoriser toutes les initiatives que chacun porte en lui, tournées vers le vivant ? Aujourd’hui, les lois au contraire empêchent à ces rêves de simplicité de voir le jour, et nous mènent à un mode de vie qui souvent nous fatigue, et ne nous correspond pas. Pourquoi ne pas penser la société en terme de respect de l’humain, plutôt qu’en terme de croissance économique, qui est une chimère ? Les humains sont des êtres concrets, réels, vivants, uniques. La croissance économique et le PIB ne sont que des idées floues. Une être humain pense, souffre, rit pleure, joue, ressent. La croissance économique ne vit rien, nous pourrions traiter ce sujet avec plus d’indifférence et baser nos efforts sur la prise en considération et le respect profond de ce qui est vivant.


Nous pourrions prendre soin les uns des autres. Permettre à chacun d’habiter, en cohérence, là où il le souhaite, pour soigner la terre qu’il occupe, soigner les siens, prendre soin de lui-même. C’est à mon sens, d’une simplicité extrême, et c’est l’objectif de demain, ou plutôt de maintenant même, à chaque instant. L’homme sait marcher sur la lune, créer un ovaire artificiel avec une imprimante 3D, communiquer à l’autre bout du monde avec son interlocuteur en une fraction de seconde, mais ne sait pas prendre soin, avec amour, de son voisin, nous sommes paniqués face à la différence quand nous ne comprenons pas l’étrangeté de l’autre, plutôt que de nous réjouir de découvrir une nouvelle facette de l’existence incarnée par un être unique…


Ni la coercition, on le sait tous, ni le conflit ne conduiront jamais à la paix sociale à laquelle nous aspirons toi et moi, à laquelle nous aspirons tous. Aussi, je te demande de permettre à la société de s’ouvrir à la nouveauté, à l’aventure, et de permettre à des espaces de vie foisonnants et colorés de prendre place dans le réel …

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