Lexique de ce site

Voici le commencement d'un lexique personnalisé pour la déscolarisation.

 

Communaux : Il s'agit des espaces communs, ces terres qui n'appartiennent à personne et où les fruits sont à tous, pour reprendre la formule de Rousseau. Ce concept a été durement attaqué depuis au moins deux ou trois siècles si bien qu'il a pratiquement disparu des consciences (parallèlement à la destruction physique des communaux). Ivan Illich, heureusement, a beaucoup parlé des communaux. Non seulement les communaux auraient dû être protégés mais aussi augmentés et devenir le coeur de la vie citoyenne. Ils peuvent être l'âme d'une cité, tant ils peuvent représenter physiquement et spirituellement la charité, l'entraide et le vivre-ensemble. Celui qui n'a pas (de toit, de bois, de nourriture, d'ami) : le pauvre, l'étranger (et nous le sommes tous, un jour ou l'autre, puisque quand nous sommes perdus, nous sommes l'étranger de nous-même), peut trouver tout cela dans les communaux. Les communaux sont ce qui s'oppose d'une certaine manière à cette fausse charité institutionalisée qui nous dépossède et déresponsabilise tous de la charité naturelle, qui rend dépendant celui qui est assisté et qui le place dans un cercle vicieux. Avec les communaux, on a une charité naturelle où chacun peut se retrouver. Un des axes de la déscolarisation est d'organiser la protection ad vitam æternam (éternellement) de communaux permaculturels où la terre n'est à personne et les fruits à tous.

Théâtre : Le mot théâtre est régulièrement employé sur ce site dans son sens originel et littéral fort éloigné du sens dévoyé et corrompu d'aujourd'hui. A l'époque moderne, la propagande nomme  "théâtre" un certain type d'esthétique et de comportement scénique, une certaine façon de s'exprimer sur une scène (de théâtre). Cela permet aux Pouvoirs de circonscrire, de contrôler et de dissoudre un concept qui les menace lorsqu'il n'est pas dévoyé ainsi. Le théâtre, originellement, littéralement, c'est l'outil (pharmakon) de rassemblement. C'est ce cercle ou demi-cercle, le plus souvent agrémenté d'une construction qui permet de placer plusieurs cercles en étages, qui optimise la vue et l'acoustique pour qu'une communauté politique puisse observer ensemble le même objet noétique. On peut donc aussi définir le théâtre, comme la recherche de la convivialité et de tout ce qui va optimiser le rassemblement pour se concentrer ensemble sur un objet noétique. Theatron en Grec, c'est bien juste cet "immeuble" sur lequel prend place la communauté politique afin que tout le monde puisse être à son aise pour "voir" (ou embrasser) le même objet. La racine Thea correspond d'ailleurs directement à la vue. Les théâtres sont des communaux, les "communaux de la parole", leur gestion devrait donc être citoyenne et démocratique, c'est-à-dire bottum-up et non top-down comme aujourd'hui. Revenir à ce sens originel et littéral est très important puisque cela permet de mettre en évidence l'infini des possibles quant aux objets observés par la communauté politique à contrario du sens affreusement limité que la propagande et "la société du spectacle" a donné au théâtre depuis plusieurs siècles. L'histoire a montré que les hommes se sont majoritairement rassemblés pour voir ensemble du contenu méta-politique, poétique et/ou transcendantal. L'histoire a aussi montré que ce méta-politique avait une fonction politique de mise au jour (dans le sens de l'alèthéia), de régulation et d'autolimitation de premier-plan et constituait donc un pilier des régimes réellement démocratiques. Le méta-politique et le poétique des théâtres permettaient notamment via la catharsis et le tragique, de dénoncer, d'alerter, de mettre en garde, de créer des prises de consciences quant à des dérives autoritaires, tyranniques et/ou hubristiques au sein de la Cité. Ainsi tous les tyrans, les riches et oligarques du monde ont toujours craint le théâtre. Il est logique que les Pouvoirs royaux, puis capitalistes (et les classes dskholèominantes) aient tout fait pour lui faire perdre son sens originel, pour le circonscrire à une esthétique limitée, pour se l'approprier et pour le contrôler drastiquement. Pour retrouver ce sens originel, nous parlons fréquemment sur ce site d'une nécessaire pharmacologie et therapeia du théâtre. Si nous voulons la séparation de l'Éducation et de l'État, nous voulons évidemment aussi la séparation de la culture et de l'État. Ce contrôle actuel du théâtre par les Pouvoirs (et son sens corrompu) tue un des outils-premiers de réflexivité. "La clôture de l'imaginaire social et politique" dont parle Castoriadis est provoquée notamment par cette corruption du théâtre par les Pouvoirs. Notre époque est anti-théâtrale (comme elle est anti-philosophique) et donc cette société est fermée. Cette corruption du théâtre provient de la contre-révolution platonicienne. Platon serait le premier (dans La République vers -387 Av. JC) à avoir amorcé cette idée d'un contrôle et d'uneskholè définition par les Pouvoirs oligarchiques de ce qui est produit sur les scènes de théâtre (à contrario de l'Athènes du Vème siècle).

Skholè : (qui donna "école" en français), ce mot grec qui signifie pourtant le loisir, le temps-libre, que peuvent se donner les hommes à eux-mêmes pour apprendre. Il s’agit de ce temps qu’ils choisissent de prendre pour se cultiver et qu’ils peuvent prendre car (ou quand) ils ne sont pas harassés par un travail qui répond à la nécessité. Le mot skholè peut même incorporer également la notion de "repos" (les rêves étant riches en enseignements). Bref, il s'agit du "temps pour soi", du "temps-libre" par opposition au "temps-contraint". "L'école obligatoire" est donc un oxymore, une hérésie. On utilise énormément le mot skholè sur ce site en parlant notamment d'une skholè libre, citoyenne et égalitaire. Le mot "école" ayant été détourné, abimé, corrompu, l'emploi du mot d'origine nous permet de revenir au concept originel, débarassé de sa souillure, et de savoir (enfin) de quoi on parle.