6 objections classiques (à la « Déscolarisation ») :

Voici 6 objections qui reviennent souvent et nos réponses :

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« Oui, mais y'a quand même des bons profs, faut pas tout bazarder comme ça ! »

Notre réponse : La personne qui dit cela trouve en fait selon lui que sur terre, il y a des types chouettes et intéressants, des gens biens quoi, selon ses vues (moi aussi, je trouve qu'il y a des types chouettes partout, même dans les élus ;-) ). Avec un million de professeurs en France, c'est sûr qu'en fonction de la sensibilité et des goûts de chacun, ça fait un bon paquet de gens qu'on peut apprécier et qu'on peut trouver opportun de côtoyer. Mais pourquoi donc relier les qualités qu'on perçoit avec le statut officiel de cette personne ?! Les qualités qu'on perçoit sont en fait totalement indépendantes de ce statut de prof et de l'institution (cette belle rencontre a lieu MALGRÉ l'institution et non à GRÂCE À l'institution). Voire même, bien au contraire, ce statut de prof est justement ce qui aurait tendance à abîmer voire anéantir les qualités intrinsèques des êtres qui veulent enseigner (voir notre article : Le professorat, une tragédie). Ceux, dont on se dit : "il est quand même bon ce prof, y'a pas que de la merde dans cette institution", il s'agit la plupart du temps de ceux qui sont, soit les moins pervertis par le statut et le cadre (ils sont encore jeune souvent), c'est-à-dire des gens qui ont été capables (jusqu'ici !) de rester humains et responsables au lieu de se transformer en agents du système - voir Milgram), ou bien il s'agit de ceux qui ont les mêmes idées politiques, philosophiques, niveaux et modes de vie que nous (dans lesquels on se reconnaît avec PLAISIR).

« Il n'y' a de bons professeurs que ceux en qui subsiste la révolte de l'élève.» Edmond Gilliard (soit 21 en France, lors du dernier recensement de novembre 2014) 2

« Oui, mais vous, vous avez bien appris à lire à l'école et vous en faites d'ailleurs bon usage, notamment pour critiquer l'école, aujourd'hui »

Notre réponse : C'est vrai, on l'avoue benoîtement, nous avons appris à lire, en partie, à l'école de l'Éducation Nationale pour la bonne et simple raison que cette institution est TOTALITAIRE, qu'elle recouvre TOUT, et qu'elle force et contraint tout le monde. Pourtant c'est curieux, beaucoup de gens savent lire (et une infinité d'autres choses) sans être allés à l'école ! Mais bon sang, comment ont-il pu y arriver ?!! ;-). (Comment avez-vous fait pour apprendre à marcher ou à parler la langue de votre mère, sans l'Éducation Nationale, c'est fou !)

Et puis, de toute façon, comment ça l'école apprend à lire ??! Comment considérer et expliquer ce DÉGOÛT complet de LA LECTURE par la très grande majorité des adultes qui sont allés à l'école ?Est-ce bien utile d'apprendre techniquement à lire sans en apprendre le goût et l'intérêt ? Car la meilleure façon d'apprendre le dégoût de la lecture est évidemment la contrainte (qui est la principale méthode de lecture de l'Éducation Nationale depuis ses début).

Par contre, nous n'avons pas appris un pet d'esprit critique et de réflexivité à l'Éducation Nationale. Non, c'est longtemps après avoir quitté cet enfer, qu'une somme de "coups de bol" (ainsi qu'en parle Christiane Rochefort) a pu nous conduire à nous "régénérer" sur le plan de l'apprentissage pour qu'on se mette à chercher, à soulever les pierres, et à tenter de mettre de l'ordre dans ce bazar intégral qui constitue l'ensemble des connaissances (si tant est qu'on puisse parler de connaissances) apprises de force à l'éducation nationale. Mais il n'y a pas que les "coups de bol", notre classe sociale joue évidemment (et malheureusement) son rôle pour nous ramener à l'esprit critique et à une autodidaxie fertile.3

«Vous êtes dans la destruction et non dans la construction ! »

Notre réponse : Une classique objection du mouvement "Bobo-Bouddhiste" ou de tous les obéissants, ou tout simplement de nos adversaires politiques (dont nous menacons les intérêts et les identités qu'ils ont mis tant de peine à se forger), qui cherchent évidemment à nous disqualifier et à nous criminaliser par tous les moyens. Dire de quelqu'un qu'il veut uniquement détruire, c'est démagogique forcément, une sorte d'insulte. De deux choses l'une : d'abord, philosophiquement, ontologiquement, les deux démarches, constructives et destructives sont forcément intimement liées, ensuite, il y a le contexte : notre société est objectivement vieille, bureaucratisée de façon absurde, hiérarchisée à l'extrême, sclérosée, enbouteillée, asphyxiée, dense, bétonnée, avec des verrous partout. Il y a une quantité de lois hallucinantes et les citoyens sont impuissants politiquement. Nous sommes dans une situation où construire requiert donc bien souvent la destruction et la dénonciation en parallèle.

Mais dirons-nous demain à ceux qui n'ont plus d'autres choix que de détruire du béton ou du plastique pour pouvoir planter des radis et des choux, qu'ils sont des villains destructeurs ?! L'éducation nationale est une vieille dame suceptible, hystérique et obèse et encore je suis gentil de l'humaniser ; c'est un mammouth, un Léviathan. Elle est totalitaire. Pensez-vous vraiment que toutes ces années de stérilisation de la vie par l'Éducation Nationale rendent les choses aussi simples ? Tous les pouvoirs se renforcent avec le temps et nos institutions sont si vieilles. Enfin, que répondre, quand cela vient des agents de l'État qui nous foutent au tribunal pour simplement avoir cherché la discussion avec eux ? C'est destructeur, une discussion, une polémique ? C'est destructeur, de vouloir "ouvrir" les écoles, d'aérer un peu plus de 130 ans d'air vicié et vicieux ?

Enfin, tous nos développements, ici et ailleurs, concernant une skholè libre et égalitaire, dans l'espace public, ne sont rien d'autre que de la construction, fertile, collective, et enthousiaste.4

« Je ne suis pas d'accord avec vous ! Ma nièce, elle est en CP, elle a une instit' super ! Ils font des confitures et ils vont se promener en forêt. »

Notre réponse : Pour répondre à ce genre de remarque, deux images. La première, celle de l'entonnoir. La technique de l'Éducation Nationale repose sur la lenteur extrême du phénomène. C'est ultra-insidieux. Pour que ça marche, il faut un goutte à goutte quasi imperceptible. Au début oui, on fait peut-être des confitures, mais ce n'est qu'une amorce d'un mouvement beaucoup plus vaste. Et pour aller où, jour après jour ? On a fait des confitures ce matin, mais cela fait partie d'une trajectoire programmée(de l'Éden à Babylone, de la Vérité à la Matrice, du Soleil aux tréfonds de la caverne de Platon). On fait des confitures à la maternelle, un peu comme un vendeur de stages de Yoga vous caresse les pieds pendant la séance d'essai ou comme un banquier vous offre une tablette et un café lors d'une ouverture d'un compte-chèque.

grenouileAutre image donc, bien connue des écologistes, celle de la grenouille et l'eau bouillante. Si vous jetez une grenouille dans de l'eau bouillante, il y a une chance pour que d'un bond, elle tente de s'en sortir, mais à l'inverse, si vous la mettez à feu très doux pendant 5 heures, la même grenouille se laissera cuire sans broncher. Les industriels et les capitalistes passent commande à l'Éducation Nationale et celle-ci leur fournit ensuite le matériel humain adéquat (temps de programmation entre 13 et 20 ans). Expliquez-moi donc l'intérêt (par exemple) de tous bouffer des mathématiques dans le secondaire (jusqu'aux intégrales et cie...) si ce n'est pour raison industrielle et pour apologie, non pas du terrorisme, mais de la société technicienne ? Votre nièce qui fait des confitures va bientôt arrêter d'en faire. Votre nièce est mal partie. Votre nièce est trompée, abusée. 5

« Franchement, vous êtes vaches. Moi, je n'oublierai jamais mon prof d'histoire de 3ème ! Il était passionné et passionnant ! Des récits épiques racontés avec force et éclats, ils nous médusaient !! C'est grâce à lui si... »

Notre réponse : Je vous renvoie en partie à l'objection numéro une, mais j'ajoute que l'Éducation Nationale vit de cette confusion entretenue entre deux choses opposées, entre deux acceptions contradictoires de l'école (la skholè originelle que chacun désire, et son détournement autoritaire et obligatoire au service de la propagande). Si vous mettez des gens qui enseignent face à un auditoire - quand bien même cet auditoire est forcé - parfois, de guerre lasse, ça pourra coller. L'ennui cherche par tous les moyens comment mourir, pour ne pas mourir d'ennui. Oui, parfois, ça colle : il y a une rencontre pédagogique fertile. Mais, comme pour vos soi-disants "bons profs", expliquez-nous, s'il vous plaît, le lien de cause à effet entre l'institution Éducation Nationale, ce statut de "Prof" et la belle situation pédagogique que vous observez ? Avant que survienne le coup de bol que vous décrivez, ces deux choses (Institution scolaire et belle situation pédagogique) ne sont-elles pas au premier chef, antinomiques ?

La situation que vous observez, heureux hasard à l'Éducation Nationale, pourrait survenir constamment sans l'Éducation Nationale, mais avec une skholè libre partout dans la Cité. C'est simple : soit, les choses sont initiées par l'institution et les profs dans le cadre autoritaire que l'on connaît, et vous constaterez que, parfois, rarement, coup de bol : ça coincide avec tel élève à tel moment, soit, tout part de ceux qui veulent apprendre et là, ça coincide constamment. Que préférez-vous ?

Une image de physique pourrait illustrer cette confusion entretenue entre la skholè originelle et son milieu institutionnel qui la pervertit : celle de deux liquides non miscibles l'un dans l'autre qui forment deux phases distincts au repos, mais que l'on peut agiter très fort et constamment, afin qu'une myriade de micro-bulles des deux phases alternent à l'intérieur du volume, donnant l'illusion de la présence d'une seule phase.

Je pense que l'humanité a trop souffert de ces éternels mélanges de l'amour et du pouvoir (mélange pernicieux, dans les familles, à l'école et dans moult domaines). John Holt nous le dit si bien : « Il ne peut jamais y'avoir de rencontre réelle, vraie et sincère, lorsque l'une des personnes détient du pouvoir sur l'autre. ». Dans cet exemple du fameux prof d'histoire de 3ème (d'ailleurs, c'est drôle, le personnage du prof d'histoire gauchiste et orateur revient souvent dans ce genre de témoignage), il faut que l'élève parvienne à oublier par une sorte de mécanisme inconscient d'auto-persuasion, de mensonge à soi-même : le rapport de pouvoir et de domination réel qui demeure entre son prof et lui.6

« Et que faites-vous de la socialisation ?! C'est super important pour les enfants : la socialisation ! »

Notre réponse : Cette question démontre le caractère totalitaire de l'Éducation Nationale.

Tout d'abord, n'est-ce pas atroce d'échafauder aussi rapidement l'équation suivante : Déscolarisation = Désocialisation ? Si tu ne vas pas à l'école, tu n'as plus qu'à parler aux arbres, car tout le monde va à l'école ! C'est la loi de la grégarité qui est formulée sans honte.

Plutôt que de continuer à dire cela, ne devrait-on pas plutôt s'interroger sur cette étrangeté qui conduirait chacun d'entre-nous à la solitude s'il se refuse à participer à celle chose qu'on appelle "école" ? (Car l'école est bien, une chose, un outil, un pharmakon... La vie, elle, est normalement infiniment plus vaste qu'un pharmakon, sauf en régime totalitaire).

Il y a plusieurs façons de répondre à cette objection.

Dans la réponse à l'objection 5, je parlais d'un mélange malin, d'une confusion entretenue entre un bon concept recherché par chacun d'entre-nous et le milieu dans lequel cela se déroule (avec les objectifs réels qui sont visés par les Pouvoirs). Il en va de même pour la socialisation. "Voir les copains", fait partie des appâts. Cela crée d'ailleurs un écartèlement douloureux dans chaque enfant, un dilemme assez atroce : « Je ne veux pas aller à l'école, mais je veux voir les copains. Je ne veux pas aller à l'école mais je ne veux pas être rejeté, être seul ». Tout ceci repose sur un des plus vieux dilemme humain magnifiquement exprimé par R.W. Emerson au XIXème par la phrase suivante : « La solitude est impraticable, et la société fatale. » ... (La réponse concernant la socialisation sera développée davantage ultérieurement)